C’est l’heure du premier bilan!!

Et oui nous sommes le premier avril… Rassurez-vous pas de blague de prévue!

Pour ceux qui suivent les aventures d’Allie, je souhaitais partager avec vous quelques chiffres au 31 mars mais pas que!

Création du blog et de la page Facebook le 28 février et depuis 75 abonnés (les deux pages confondues)!

Sortie du livre en format Kindle (liseuse Amazon) le 11 mars 2018 et 39 exemplaires vendus par ce biais!

Sortie du livre broché (format papier), le 17 mars pour un « faux départ », que j’ai retiré de la publication le 18 mars pour changer la couverture: 1 exemplaire vendu.

Sortie officielle du livre broché (format papier) le 25 mars (avec la couverture définitive cette fois-ci 😉 )  et 9 exemplaires vendus.

Ouvrage disponible pour les abonnés Amazon depuis le 25 mars avec une lecture à la page et déjà 12 152 pages lues par ce biais soit plus de 51 exemplaires lus.

Vous avez fait le calcul??? Soit un total de 100 exemplaires lus en à peine une vingtaine de jours!!!!!! (Pour info, la maison d’édition qui souhaitait le publier, me proposait d’en imprimer 300 exemplaires maximum pour la première année).

Est-ce vraiment utile de vous exprimer ma joie?????

Je vous remercie infiniment pour votre soutien, vos encouragements et votre participation quelle qu’elle soit à ce rêve!

J’ai choisi l’auto-édition parce que cette solution me convient mieux à l’heure qu’il est et je suis donc en charge de tout y compris la communication, bien sûr je ne suis ni une pro du marketing (malgré d’excellents cours de Dominique KREZIAK 😉 ), ni suffisamment disponible pour pouvoir  y consacrer énormément de temps et soyons clairs ni crésus pour pouvoir y consacrer un budget.

Alors pour conclure, vous l’aurez compris, vos avis, commentaires, likes et autres sont essentiels à la poursuite de ce projet et à sa réussite. J’ai pris 4 ans à écrire ce livre, je vous demande 4 secondes pour écrire un petit commentaire (sincère avant tout) sur Amazon!

Encore merci à tous et à bientôt… Le programme de cette semaine, les premiers chapitres pour ceux qui seraient passés à côté!!!

 

 

Publicités

Chapitre 5: Juin Premier Ministre

Je n’ai jamais aimé le shopping, ça ne m’amuse pas. Je fais souvent le tour du magasin, regarde rapidement, frôle quelques tissus et repars, la plupart du temps sans essayer. Ce qui m’ennuie le plus, c’est justement l’essayage : se déshabiller, essayer, se rhabiller. Mais ce magasin est différent, les vendeuses sont à mon service. Je m’installe dans la cabine et elles m’apportent ce dont j’ai besoin. J’essaie plusieurs robes et repars avec LA robe qu’il me faut.

Un repas avec David Cameron, le Premier ministre mérite une robe à la hauteur. J’opte, sur les conseils de la vendeuse, pour une longue robe gris perle avec un bustier et une légère traîne. Ornée de lacets dans le dos, une fermeture éclair, dissimulée dans les coutures, la rend plus pratique. Je prends l’étole, les chaussures, la pochette pour compléter le tout et une guêpière pour affiner ma silhouette. Je dépasse les 300£, tant pis, le reste sera à mes frais. Je lui demande une facture séparée pour la guêpière.

Au moment où je règle la robe, la vendeuse me dit :

— Il sera content que vous ayez choisi celle-ci, elle marque une pause et poursuit, elle est très belle et vous va parfaitement !

Je souris et prends mes paquets.

Il y a déjà quasiment deux mois, j’ai décidé de me mettre au sport, non pas que je ne fais pas assez d’efforts avec le ménage et autres tâches physiques, mais courir me détend. J’y vais le matin ou le soir en fonction de mes journées, dans le jardin ou sur les tapis de la salle de sport en fonction de la météo. Je commence à voir les effets sur ma silhouette. J’ai déjà un peu plus de force dans les bras et les jambes, et j’ai perdu un peu de ventre. Pourtant, je mange plus qu’avant, mais rien dont mon corps n’ait pas besoin pour les longues journées de travail. Je peux maintenant me permettre de porter une robe claire sans avoir à rentrer le ventre, bien sûr la guêpière que j’ai achetée me permettra de gommer les petites imperfections restantes.

Ce jour-là, je rentre du magasin mes paquets à la main et vais les déposer dans ma chambre avant de reprendre le travail.

Mon téléphone vibre.

— Vous avez acheté votre robe ?

— Oui Monsieur.

— J’aimerais la voir.

— Voulez-vous que je la descende pour le rapport de ce soir ?

— Non, j’aimerais la voir sur vous.

— Maintenant ?

— Oui.

Je suis très surprise de sa demande et ne sais pas quoi en penser. Je ne réponds pas de suite. Il doit se douter de mon étonnement et continue.

— Vous comprenez, vous allez rencontrer le Premier ministre. Je veux m’assurer que votre tenue est adéquate.

— Très bien, laissez-moi le temps de la mettre et je vous rejoins dans votre bureau.

Je me déshabille et enfile cette magnifique robe, les chaussures, l’étole. J’hésite et prends finalement la pochette avec moi, j’y glisse le téléphone. Monsieur veut voir la tenue uniquement, mais je passe dans la salle de bain remonter mes cheveux en un joli chignon, et ajouter un trait de crayon gris sur mes paupières. Je sors ma boîte à bijoux et opte pour une paire de boucles d’oreilles longues et pour un joli collier ras de cou en or blanc.

Très stressée, je descends le grand escalier, tout en soulevant légèrement ma robe d’une main. Je me sens princesse, un instant. Cendrillon va au bal, ce soir. J’arrive devant le bureau de Monsieur et attends un instant. Une boule de stress a envahi mon estomac. Je prends une grande inspiration, à quoi bon être aussi stressée juste pour lui montrer une robe. Mes jambes tremblent légèrement, je suis plus angoissée que lors de l’entretien d’embauche.

— Je suis content que vous ayez choisi celle-ci !

Je me retourne, surprise, par sa voix d’abord. Depuis combien de temps m’observe-t-il ? Ensuite par cette phrase, la même que celle de la vendeuse. Il est adossé au mur du salon, un verre à la main, juste à quelques pas de moi. Je balbutie, timidement.

— Vous n’êtes pas dans votre bureau, Monsieur.

— Non, en effet ! Je disais, je suis content que vous ayez choisi cette robe. Elle vous va à ravir !

Il me sourit.

— Merci Monsieur. Est-ce qu’elle conviendra à l’événement ?

— Parfaitement.

— Puis-je aller me changer ?

— Vous pouvez.

Je pars maladroitement, je sens son regard me suivre et n’ose me retourner. Je monte les marches, je l’aperçois qui me fixe, toujours adossé au mur. Arrivée en haut de l’escalier, mon téléphone vibre.

— Vous avez pris une pochette pour votre téléphone ?

— Oui.

— Plus de secrets, alors ?

Secrets ? Parce que c’est moi qui ai des secrets ?

— Non, Monsieur.

— Vous devrez m’accompagner lors de l’apéritif. Mais promis je vous libère pour le repas. Je ne voudrais pas que vous soyez mal à l’aise.

— Vous accompagner ? En tant que votre « épouse parfaite » ?

Je reprends ses termes prononcés lors de notre thé sur la terrasse.

— Oui, j’en ai bien peur, mais juste pour l’apéritif.

Je n’ai pas le temps d’écrire une réponse.

— S’il vous plaît, Allie ?

Il enchaîne.

— Aucun contact, promis.

— Très bien, mais ce n’est toujours pas une bonne idée.

— Je vous revaudrai cela.

Je retourne travailler et le retrouve pour le rapport dans son bureau, quelques heures plus tard. Comme si rien ne s’était passé, il me regarde à peine et ne répond pas. Je prends congé.

Le lendemain, j’apprends que le mari d’Elizabeth est enfin remis sur pied. Je la convoque dans mon bureau.

— Comment va votre mari ?

— Mieux, bien mieux, merci.

— Et votre fils ?

— Il est retourné à l’école, la vie reprend son cours.

— Tant mieux, tant mieux. J’en suis ravie. Elizabeth, j’ai deux choses pour vous, la première, Monsieur aimerait proposer un emploi à votre mari. Il aimerait le rencontrer en entretien.

— Vraiment ? me demande-t-elle surprise.

— Oui vraiment. Ne vous emballez pas, il s’agit d’un entretien. Il aimerait savoir si nous sommes en mesure de proposer un poste correspondant aux compétences de votre époux. Ça ne signifie pas qu’il va forcément lui offrir une place.

— Je comprends, mais c’est déjà une chance inespérée. Je vais lui en parler, mais considérez qu’il est bien évidemment d’accord.

— Super, est-ce qu’il peut venir demain vers 10 heures ?

— Bien sûr, il sera là.

— La seconde chose que j’ai, c’est un petit cadeau d’anniversaire en retard pour votre fils.

Je lui tends une enveloppe. J’ai décidé de lui donner un peu d’argent, pour qu’elle puisse offrir à son fils, le vélo dont il rêve.

— Je ne peux pas accepter, proteste-t-elle les yeux rougis.

— Bien sûr que si, ça me fait plaisir, j’insiste, émue à mon tour.

— Merci, Allie, pour tout.

— Je compte sur votre mari demain matin, dis-je en reprenant mes esprits.

— Aucun problème, il sera là !

— C’est parfait, excellente journée à vous, Elizabeth.

— À vous également, Allie, répond-elle un sourire radieux aux lèvres.

Comme convenu, son mari passe la porte à 9h45 le lendemain, je l’accueille personnellement. Je tente de le rassurer, mais suis moi-même très nerveuse. J’espère que l’entretien se passera bien. Je l’accompagne jusqu’au bureau de Monsieur et lorsqu’il nous invite à entrer, le présente et les laisse seuls comme prévu. Une vingtaine de minutes plus tard, mon téléphone vibre.

— Préparez un contrat pour Monsieur Haler, je vous prie.

— Bien, Monsieur.

— Il commencera dès le premier lundi de juillet, vous serez bien sûr en charge de sa formation.

— Bien entendu. À quel poste, Monsieur ?

— Monsieur Haler sera un homme à tout faire. Sa polyvalence nous permettra de pallier les absences ou surcharges de travail éventuelles.

— Parfait, je me charge du contrat dès aujourd’hui.

— Merci, Allie.

— Merci à vous, Monsieur.

Notre échange de messages s’arrête là, mais j’aimerais tellement lui dire à quel point je suis fière de lui. Je souris en me rendant compte de l’excentricité de ce sentiment.

Quelques jours plus tard, c’est le soir du dîner, tout est prêt. Je vais m’habiller. Il est l’heure, je descends l’escalier et le vois arriver depuis le couloir. Il me regarde, me sourit. Je lui réponds. Il m’attend en bas des escaliers et me propose son bras.

— En gage de paix, puis-je vous proposer mon bras ?

— Gage de paix ?

— Je ne veux plus que vous soyez fâchée comme la dernière fois.

— Vous l’aviez mérité, Monsieur.

— Très bien, je l’admets. Acceptez-vous mon bras ? Promis, ce sera le seul contact, ce soir.

— J’accepte, Monsieur.

David Cameron arrive. Je suis impressionnée. Monsieur me présente comme son « amie », nous discutons quelques instants. Je vis un rêve : une maison magnifique, des invités de la haute société, du champagne somptueux, une robe sublime et un cavalier plus qu’élégant.

Je profite de ce moment en essayant tant bien que mal de garder les pieds sur terre. Monsieur Williamson est également là. Il vient à ma rencontre. Je l’apprécie et je sens que c’est réciproque. Il est gentil avec moi. Je pense qu’il comprend que je suis intimidée par tout cela.

— Dorian a vraiment de la chance de vous avoir, je ne sais pas s’il en est conscient !

— Merci, je pense qu’il le sait.

Monsieur me regarde depuis le milieu du salon. Je me décale légèrement afin de ne plus croiser son regard, je ne veux pas me laisser déconcentrer.

— C’est merveilleux qu’il ait enfin trouvé quelqu’un. Et vous me semblez être une bonne personne, douce, attentive, aimante.

Je souris, les joues légèrement rouges, alors qu’il poursuit.

— C’est tout ce dont il a besoin. Vous savez après tout ce qu’il a traversé comme épreuves.

Je hoche la tête, je n’ose pas répondre, je ne voudrais pas qu’il s’aperçoive de notre supercherie. Il continue.

— Faites surtout bien attention de ne pas rencontrer son frère !

Il rit, je ne sais pas pourquoi. J’essaie depuis plusieurs semaines d’étoffer les fiches de ses amis, mais je n’ai jamais cherché Monsieur sur internet, je ne connais rien de sa vie. Mais maintenant que j’y pense, il n’y a eu aucun repas de famille, aucun anniversaire. Un frère, je ne savais pas. En fait, je ne sais rien de lui.

Charles ouvre la porte et invite les convives à avancer dans la salle de réception, pour le dîner. Monsieur me cherche du regard et me fait un signe de tête. C’est mon signal, je peux partir. Je m’excuse auprès de monsieur Williamson.

— Comment ça ? Vous ne restez pas dîner avec nous ?

— Non, je ne peux pas.

— Mais si, voyons. Déjà la dernière fois, vous nous avez manqué ! Restez Allie !

— Non, vraiment, excusez-moi, mais j’ai déjà pris un engagement.

— Annulez !

Il sourit.

— Dorian, Allie ne veut pas se joindre à nous !

Monsieur, en pleine discussion avec Samantha, l’épouse du Premier ministre, se retourne et me scrute. Je hausse les épaules à son attention, je ne suis pas responsable de ce qui se passe.

Monsieur se rapproche et s’adresse à moi en français, lentement comme pour être compris de ses convives anglophones.

— Mais oui, Allie, joins-toi à nous !

Il me tutoie, une nouveauté. Ah oui, c’est vrai, je suis sa compagne fictive. Il vient de me demander de rester, je suis coincée. Il me fixe, j’hésite. Il se retourne et indique à Claire, qui passe à proximité, de rajouter mon couvert.

— Voilà, problème résolu !

Ils partent en discutant, je m’approche maladroitement de la table, retrouve Monsieur, galant, il m’installe.

Le repas se passe sans encombre. J’écoute poliment leurs discussions politiques et me sens presque invisible, ce qui me convient parfaitement. Après tout, je ne devrais pas être là. Mais c’est sans compter sur la curiosité de monsieur Williamson pour la petite Française que je suis.

— Allie, que pensez-vous de la politique ? s’intéresse-t-il.

— Je n’en pense pas grand-chose, ce n’est pas un sujet qui me préoccupe énormément, je dois bien l’avouer. Ce n’est peut-être pas très bien, je devrais certainement étudier tous les programmes en détail lors des élections, écouter les débats entre les candidats à la télévision. Je vote, mais le reste m’intéresse peu. Pour moi, ils sont de toute façon, tous les mêmes, en tout cas, la plupart. Il faut être sacrément égocentrique et naïf pour se croire capable de diriger tout un pays. Qui peut prétendre avoir les compétences pour de telles responsabilités ? À combien de dilemmes et autres situations ingérables font-ils face ? Comment choisir la bonne solution pour résoudre une crise économique ou autre ? Bien sûr, ils doivent avoir des études qui leur sont fournies pour les éclairer, mais aucun recul, aucun moyen d’imaginer sur le long terme s’ils ont choisi la bonne option. Combien de millions de personnes dépendent de leur seule décision ? Je pense également qu’il n’est pas possible, lorsque l’on rentre dans ces hautes sphères, de rester honnête. Il est certainement nécessaire pour diverses raisons, pas toujours très louables, de faire des compromis et de passer des accords avec des personnes peu recommandables, des chefs d’État avec lesquels il n’est pas très bon de s’afficher, des hommes d’affaires peu intègres, des patrons de banques voyant surtout leurs intérêts, et j’en passe. Bref, pour les politiciens, je suis une voix parmi tant d’autres et pour moi, ils ne sont que des personnes comme les autres, juste un peu plus floues que les autres.

J’ai regardé chacun d’entre eux, tour à tour, durant mon petit monologue, excepté Monsieur assis à ma droite, certes cela m’aurait demandé un mouvement de tête important, mais pas infaisable. En réalité, je n’avais pas envie de croiser son regard, comprendre ses pensées, anticiper sa réaction à mes quelques mots sortis impulsivement devant l’homme politique le plus important du pays, actuellement. J’entends quelqu’un se racler légèrement la gorge, l’ambiance s’est refroidie soudainement.

— Je comprends votre point de vue. La politique et les politiciens peuvent en effet être très flous, perçus de l’extérieur, parfois même pour moi, je dois bien l’avouer, me répond simplement David Cameron, lui-même, comme pour me sauver d’une situation délicate, moi, qu’il ne connaissait pas, il y a encore deux heures de cela.

L’ambiance se détend et les hommes reprennent la main, sur le sujet politique. Je suis sauvée. Les épouses, en règle générale, ne parlent pas beaucoup durant cette partie du repas. Et puis, vient le sujet des enfants, leurs visages s’éclairent, Thomas est à Oxford, George part à Cambridge à la rentrée…

Le dîner se termine, nous restons à table pour le dessert et les cafés. Pas de départ vers les salons ce soir. Les convives quittent la maison. Monsieur et moi nous retrouvons finalement seuls dans l’entrée. Un silence plus long qu’à l’accoutumée change l’ambiance de la soirée en une sorte de gêne.

— Allez vous coucher, Allie. Vous finirez demain. Je ne voudrais pas que vous vous endormiez sur mon sofa.

Il sourit. Je rougis.

— Très bien. Bonne nuit, Monsieur.

— Bonne nuit, Allie.

Je m’éloigne et commence à monter l’escalier.

— Allie !

— Oui, Monsieur ?

— Inutile de fermer votre porte à clef, ce soir.

Il me sourit, les yeux pleins de malice et s’éloigne. Décidément, il joue avec mes nerfs. Il sait que j’ai fermé la porte la dernière fois. Il devait être encore dans le couloir. C’est peut-être comme cela qu’il a su que je ne dormais pas.

Je me couche et m’endors la tête pleine d’images. Je vois Cendrillon et ses souris. Je vois Monsieur qui me porte jusqu’à ma chambre.

Je suis réveillée par mon téléphone qui vibre sur ma table de chevet. J’ai oublié de l’éteindre, ma ligne directe avec le prince charmant.

— Vous étiez parfaite ce soir.

3h14, il ne dort pas. J’ouvre difficilement les yeux, hésite et réponds.

— Merci, Monsieur.

— Vous ne dormez pas ?

— Plus.

— Excusez-moi. Je pensais que votre téléphone serait éteint.

— Ce n’est pas grave.

— Cette robe vous allait à la perfection. Vous étiez très élégante.

— Merci. Je vais finir par m’habituer à vos compliments, Monsieur.

— Vous les méritez.

— Vous m’avez encore mise dans une position délicate, ce soir. Monsieur Williamson me parlait de votre vie. Je ne savais pas quoi répondre.

— Que vous a-t-il dit ?

— Rien de précis, mais s’il m’avait posé des questions, je n’aurais pas su quoi répondre et nous aurions été démasqués.

— Très bien, je vous dirai ce dont vous avez besoin.

— Non, ce n’est pas ce que je demande. Ces soirées sont agréables, mais je n’y ai pas ma place, Monsieur.

— Au contraire, vous êtes comme un poisson dans l’eau.

— Je ne crois pas, non.

— Vous vous sous-estimez.

— Tôt ou tard, nous serons démasqués, ce n’est pas la solution.

— Ne pensez pas à ça.

— Il faut que nous rediscutions mon contrat, mon rôle dans cette maison.

— D’accord, retrouvez-moi lundi à l’heure habituelle sur la terrasse.

— Très bien. Bonne nuit, Monsieur.

— Bonne nuit, Allie.

Impossible de me rendormir. Je me lève et descends l’escalier. Je me dirige vers les cuisines, je n’ai pas faim, mais je n’ai pas sommeil non plus. J’ouvre la porte et vais chercher un peu de pain, j’y étale de la pâte à tartiner. Tant pis, j’irai courir plus longtemps demain. Je repars, la tartine à la main. Cette fois-ci encore, pas de fantôme. Je remonte dans ma chambre et m’installe sur la chaise, j’ouvre le journal que j’ai commencé en arrivant. J’y note quelques phrases concernant la soirée. Mon téléphone vibre.

— Un petit creux ?

— Vous m’espionnez, Monsieur ?

— Non, je vous ai vue, c’est tout.

— Non, je n’ai pas faim, juste une gourmandise, puisque j’ai été réveillée et ne parviens pas à me rendormir.

— Je m’en excuse, encore.

— Ce n’est rien, je ferai attention à bien éteindre mon téléphone la nuit, à l’avenir.

— Rejoignez-moi.

— Pardon ?

— Rejoignez-moi, vous ne dormez pas, moi non plus. Nous pouvons avoir maintenant la discussion prévue lundi.

— Je ne suis pas certaine que ce soit le meilleur moment.

— Comme vous voulez. Je suis dans le petit salon, si vous changez d’avis.

Je ne réponds pas. Je pose le téléphone, me réinstalle sous ma couette. Ce n’est pas une bonne idée. Rendors-toi.

4h06, je ne dors toujours pas. J’allume et d’un bond, sors de mon lit. Je vais dans la salle de bain. Je me recoiffe, me brosse les dents, mets un peu de fond de teint. Je passe devant mon armoire, je ne peux pas descendre habillée comme ça. C’est mon patron, je ne veux pas qu’il me voie en pyjama. Même s’il m’a surprise, il y a moins d’une heure, dans cette tenue. Je chasse cette pensée et enfile un Jean bleu, mets un soutien-gorge et un t-shirt, je prends mon gilet noir et glisse mes pieds dans mes ballerines. Je sors discrètement de ma chambre, je ferme la porte sans faire de bruit et descends l’escalier. Je m’approche du petit salon, j’aperçois un rai de lumière. La porte est entrouverte. J’hésite.

— Je savais que vous viendriez. Installez-vous.

Je sursaute, décidément, il aime me surprendre.

— Je vous sers un whisky ? propose-t-il debout près de l’étagère, la bouteille à la main.

— Non, merci, Monsieur. Je ne bois pas de whisky, dis-je en m’asseyant sur le sofa.

Il prend son verre, me rejoint sur le sofa et me regarde de ses yeux magnétiques.

— Vous avez tort, celui-ci est particulièrement bon. Trop bon d’ailleurs, il m’aide à me détendre lorsque les nuits sont longues. Vous voulez autre chose ? Une coupe de Champagne ?

— Vu l’heure, ce n’est pas raisonnable, Monsieur.

— Un thé ?

— Non, merci, je n’ai besoin de rien.

— Comme vous voudrez.

Il se tait, fixe le fond de son verre, le pose sur la table basse, s’approche, me prend la main et se lève.

— Venez, je vais vous faire visiter.

Je vis ici depuis presque quatre mois, mais je ne dis rien, je le suis. Je laisse ma main dans la sienne. Nous passons de pièce en pièce, il m’explique les peintures, les vases, l’origine des meubles. Il a l’air détendu, presque heureux, nous marchons depuis bientôt trente minutes. Nous passons devant la peinture de ses parents. Marie m’avait fait la même visite, avec moins de détails sur la décoration, mais elle m’avait présenté les membres de la famille.

— Ce sont mes parents. Ils sont décédés, il y a une vingtaine d’années.

Son air joyeux, si rare, a maintenant disparu pour laisser place au masque glacial de l’Iceberg.

— Nous avions été à ma remise de diplôme à Oxford. Je voulais surprendre quelqu’un, ils ont fait un détour avec notre jet pour me déposer. Quand ils sont repartis, un orage a éclaté, ils n’ont pas pu se poser de suite. L’orage est devenu plus fort, ils n’avaient plus assez d’essence, alors le pilote a tenté un atterrissage. Mes grands-parents étaient déjà partis depuis plusieurs années. Nous n’étions plus que deux avec Edward, mon frère. Il ne voulait pas vivre ici. Je suis resté. Les employés sont tous partis, au fur et à mesure du temps, sauf Charles qui me reste fidèle depuis toutes ces années.

— Comme Alfred pour Bruce Wayne.

— Oui, mais Batman n’a pas de frère.

— C’est la seule différence entre vous et Batman ?

— Non, je n’ai pas encore trouvé ma Rachel, dit-il sa main toujours dans la mienne.

— Où est votre frère, maintenant ?

— Aux dernières nouvelles, il vivait au Pays de Galles.

— Dernières nouvelles ?

— Il y a dix ans environ. Nous ne sommes pas très proches.

— Est-ce pour cela que Monsieur Williamson m’a conseillé de ne pas le rencontrer ?

Son regard se perd dans le vague. Il lâche ma main.

— Il est temps d’aller vous coucher. Bonne nuit, Allie.

Sans que je n’aie le temps de répondre, il s’éloigne déjà.

Le reste de la nuit se passe ainsi que le dimanche. Le lundi, à l’heure habituelle, je me rends sur la terrasse : lieu de notre rendez-vous du jour. Monsieur n’y est pas. J’arrive devant son bureau. Il m’invite à entrer.

— Vous êtes en retard.

— Je pensais que nous avions rendez-vous sur la terrasse, Monsieur.

— Notre discussion, prévue sur la terrasse aujourd’hui, a déjà eu lieu. Vous avez oublié ?

— Non, mais…

— Faites votre rapport.

Je m’exécute. Il me congédie sans un mot de plus. Je me retourne, je sors et reviens. Ses humeurs m’exaspèrent.

— Je suis un être humain, vous savez ?

Il lève la tête, surpris.

— Je comprends que vous ne soyez pas tous les jours de bonne humeur, ou occupé, peu importe. Mais arrêtez de changer d’humeur plus souvent que je ne change de chemise. C’est agaçant.

Il sourit. Je ne sais pas si je le fais rire. Est-ce qu’il se moque de moi ?

— Je vous amuse ?

— Non, Allie, enfin si parfois. Vous êtes difficile à cerner. Excusez-moi, je ferai des efforts, c’est promis. Ça vous va ?

— Oui, Monsieur, ça me va. Même si vous êtes bien plus difficile à cerner que moi. Je voulais aussi vous remercier pour la visite de l’autre nuit.

Je quitte le bureau et referme la porte, fière de moi. Je souris. J’ai réussi à m’imposer, je sais que je peux maintenant. Mon téléphone vibre.

— Merci de m’avoir fait le plaisir de votre présence. Cette insomnie fut meilleure que les précédentes.

— Vous en avez souvent ?

— Très.

— Alors j’espère que vous en avez bien profité. Je ne le ferai pas à chaque fois.

— Dommage.

— Faites-moi penser à mettre des somnifères dans votre whisky.

— C’est une idée. Et ne vous habituez pas à me parler sur le même ton que ce soir.

— C’était pour la bonne cause, Monsieur.

— Qu’entendez-vous par là ?

— Ça vous a fait sourire. 🙂

— C’est mignon, ce petit visage. Qu’est-ce que c’est ?

— Un smiley. Vous ne connaissez pas ? Il en existe des tonnes.

— Vous m’apprendrez ?

— Je n’en connais que quelques-uns, mais oui, si vous voulez. 🙂

La semaine qui suit est sans surprise. Et puis le lundi d’après, en arrivant devant le bureau, je vois un mot sur la porte. Je sais déjà ce qui y est inscrit.

Je me dirige vers la terrasse. Il est là, debout, comme la première fois. Je m’approche, il me propose un thé. Nous nous asseyons et je commence le rapport du jour. Nous échangeons quelques banalités et je retourne travailler.

Cette nuit-là, affamée, je descends chercher quelque chose à manger. Une fois sortie des cuisines, d’humeur légère et débarrassée du fantôme depuis quelque temps, je me surprends à avancer vers le grand escalier pour rejoindre ma chambre, poser ma main sur la rampe et changer d’avis. Je continue finalement mon chemin, éclairée par la torche de mon portable, en direction du bureau de Monsieur, passe devant le petit salon qu’il occupe souvent la nuit, et continue en direction de la salle de réception, laissant la porte de son bureau à ma gauche. D’un seul coup, j’aperçois un rai de lumière qui apparaît et disparaît rapidement derrière moi. Je sursaute et me retourne d’un seul coup. Dans mon affolement, je lâche mon téléphone qui tombe la torche face au sol, noyée dans la moquette. Le peu de lumière encore visible me permet seulement de le repérer. Je sens une présence, juste là, à quelques centimètres de moi. Le temps s’arrête, mon cœur s’accélère, je l’entends battre de plus en plus fort. Je suis immobile, pétrifiée. Je sens un souffle chaud frôler ma joue, puis se poser sur mes lèvres. Je me ressaisis et m’abaisse pour récupérer mon téléphone, je sens alors une main effleurer la mienne, le fantôme glisse délicatement ses doigts entre les miens, et de son autre main, s’empare de mon téléphone, vient le déposer entre sa main et la mienne, referme mes doigts dessus et au fur et à mesure qu’il retire ses mains, caresse ma peau. Ma poitrine se soulève à chacun des battements de mon cœur comme trop à l’étroit, ma tête me dit de fuir et mon corps reste là, impuissant, paralysé, ensorcelé. Alors que ses doigts quittent ma peau, le sort se rompt et j’avance spontanément vers l’escalier. Arrivée sur les dernières marches, j’aperçois dans un coin de mon champ de vision, baigné dans la pénombre, la même lumière que tout à l’heure, apparaître et disparaître dans le couloir.

Aussitôt dans ma chambre, je ferme la porte à clef et allume toutes les lumières. J’envoie un SMS à Laure.

— J’ai vu le fantôme !!!!

Il est trois heures du matin, pas de réponse, elle dort, je tente moi-même de résister, mais succombe une heure plus tard aux charmes de Morphée.

Je me réveille au son de mon téléphone qui vibre.

— Ahahah ! Tu as bu quoi ma poulette !

Laure n’en croit pas un mot. J’aurais dû m’en douter. Je me lève, épuisée, un poids sur les épaules, les paupières lourdes. Ce fantôme, je l’ai vu, ou plutôt ressenti, je n’aurais pas pu reconnaître ma mère dans cette pénombre. Il ne m’a pas fait de mal, au contraire, il m’a rendu mon téléphone et a disparu. Comment a-t-il fait ? Les fantômes ne sont pas censés pouvoir toucher d’objets ? Et ses caresses, personne n’a jamais été aussi doux avec moi. Peut-être est-ce une femme ? L’instinct maternel serait encore présent dans l’au-delà. La mère de Monsieur, peut-être. Après tout, elle est décédée tragiquement, peut-être veille-t-elle encore sur son fils ?

Rassurée par cette pensée, je poursuis ma journée, l’air de rien. Nos partiels passés, Laure étant moins disponible, car prise par son job d’été, je n’ai plus besoin de rejoindre mon bureau le soir pour me connecter sur Skype, je décide, dorénavant, d’éviter les couloirs, la nuit.

 

A suivre….

 

Ceci est un extrait du roman L’Iceberg et la Rose, vous pouvez le découvrir en entier sur Amazon, cliquez-là:

Mon premier roman est disponible!

Et voilà mon premier roman est disponible en format kindle ou broché!

Un petit résumé:

L’Iceberg et la Rose est le premier volet d’une trilogie. Dans ce premier opus, découvrez mois après mois, les aventures d’Allie, jeune étudiante française fraîche et spontanée qui après un chagrin d’amour a tout plaqué pour partir vivre en Angleterre.  Elle y a trouvé un emploi en tant que gouvernante dans le manoir sombre d’un quarantenaire froid, mystérieux et lunatique. Malgré une arrivée bien moins agréable que ce qu’elle aurait souhaitée,  elle s’accroche et reste coûte que coûte pour ne pas perdre la face devant ses proches. Les semaines passent et contre toutes attentes, le maître des lieux l’attire de ses charmes. Leurs différences rendent cette relation compliquée, ils vont s’apprivoiser, s’éviter, et finalement se rapprocher, mais un imprévu va venir tout bouleverser…

C’est par ici, suivez le lien!

 

J’ai encore besoin de votre aide!!! Juste pour quelques mots…

Bonjour à tous!!

Je suis ravie de voir qu’en 11 jours seulement, déjà 16 lecteurs (dont la plupart ne me connaissent pas du tout) m’ont fait confiance et se sont procuré L’Iceberg et la Rose au format Kindle actuellement disponible.

Je suis également ravie de voir les statistiques de mon blog et de ma page Facebook et constater qu’elles comptent à elle deux déjà plus de 1000 vues en seulement 3 semaines! Je vous en remercie!! Chaque jour, de nouveaux abonnés arrivent sur ces deux pages, des têtes connues avec qui je suis très heureuse de partager ce rêve mais aussi des têtes totalement inconnues qui ont eu la curiosité de pousser la porte et à qui je suis enchantée de faire découvrir mon petit monde imaginaire.

Je reçois tous les jours des commentaires (sur le blog ou sur Facebook) mais aussi beaucoup de sms et de mp très gentils de votre part, pour me féliciter, m’encourager et corriger quelques fautes tenaces! Ce serait génial que vous puissiez guider mes futurs lecteurs et laisser ces commentaires sur la page d’Amazon.

Voici le lien vers la page Amazon où vous pourrez laisser les commentaires :  http://www.amazon.fr/dp/B07BCST6WR

(Il suffit de cliquer sur « Ecrire un commentaire client »)

Commentaires client

Il n’y a pour l’instant aucun commentaire client.
Partagez votre opinion avec les autres clients

Encore merci d’avoir pris la route avec moi en avant vers mes rêves…

Chapitre 4: Mai : Premier retour

Une dizaine de jours se sont écoulés. J’avoue que la maison est plus détendue quand Monsieur n’est pas là. Chacun s’affaire à sa tâche, ses employés sont disciplinés et honnêtes, malgré notre mésentente, ils restent fidèles à eux-mêmes. Je les trouve même trop sérieux. Pourquoi devrais-je me lever à 5 heures du matin quand je sais qu’il y a moins de travail que d’habitude, car le maître des lieux n’est pas là ? Il n’y a pas de visites, de dîners et de repas à préparer autres que pour le personnel. Je décide, dès le mercredi, d’instaurer un rythme de travail plus léger, en musique, et d’octroyer davantage de pauses à chacun, sous les rayons timides du soleil. Marie m’avait laissé un mode d’emploi des périodes d’absence de Monsieur. Elle y décrit ce que j’ai pu constater, des semaines plus calmes, mais en insistant sur le fait que le travail doit être impeccable. Et comme chaque jour, je dois faire mon rapport à Monsieur. Je laisse donc une petite note sur son bureau, chaque soir. Elle me demande d’y inclure tous les détails. Monsieur souhaite tout savoir. J’y note les libertés que j’ai instaurées et comme d’habitude, les informations du jour. L’absence de Monsieur me permet de me consacrer à la révision de mes partiels. Je ne lui ai pas encore demandé l’autorisation de m’absenter, mais j’espère qu’il acceptera. Je révise chaque soir, pendant une bonne heure, et également, quasiment deux heures durant la journée, bien installée dans mon bureau. Je n’ai, bien sûr, pas le droit, mais la distance qu’ont instaurée mes collègues entre eux et moi, me permet de le faire sans risquer d’être démasquée. Les cours de Laure sont bien pris et vont à l’essentiel, malgré mon absence, je comprends presque tout et lui demande assez peu d’éclaircissements.

Mes collègues ont d’abord été surpris du nouveau rythme de travail que je leur proposais, voire sceptiques, mais ils semblent y prendre goût. Peut-être même, commencent-ils à apprécier ma façon de gérer la maison ? Pour le leur annoncer, j’ai provoqué une réunion improvisée à l’heure du déjeuner. Alors qu’ils étaient tous attablés, je suis arrivée, et me suis adressée à eux.

— Je vous propose, lorsque Monsieur n’est pas là, de commencer deux heures plus tard. Le travail devra, bien sûr, être d’aussi bonne qualité que d’habitude, mais j’estime qu’il y a moins de ménage à faire, pas de dîners ou autres à préparer, moins de linge à changer, donc moins de lessives. Je reste cependant à votre écoute si certains estiment que leurs tâches quotidiennes ne peuvent pas être faites en moins de temps. Bien entendu, ces aménagements ne concernent pas les gardes qui continuent à se relayer sur 24 heures. Je vous propose également de mettre un peu de musique, je me chargerai d’allumer et d’éteindre chaque jour la chaîne Hi-Fi. J’ai pensé à une radio locale, qui diffuse à la fois de la musique moderne, mais aussi de grands classiques du répertoire anglophone ou encore des informations, mais je reste ouverte à d’autres propositions. Avez-vous des remarques, des questions, des suggestions ?

Le silence habituel est brisé par de légers murmures.

— Mais on devra mentir à Monsieur à son retour ? m’interpelle Claire.

— Non, je vais l’en avertir.

— Mais tu as son autorisation ? me demande Charles.

— Non, j’ai pris l’initiative de cette décision, dont je vais lui faire part, mais ça reste un aménagement ne concernant que ses périodes d’absence. Si le travail est bien fait et qu’il est satisfait de retrouver une maison impeccable à son retour, je suis convaincue que ça ne posera pas de problème.

— Et si ça en pose, c’est nous qui prendrons ! s’exclame Elizabeth, la blanchisseuse.

— Mais non, pas du tout, je prends l’entière responsabilité de cette décision. Sauf si vous préférez continuer sur le même rythme que d’habitude ?

Pas de réponse, ils échangent des regards, des chuchotements. Je poursuis dans ma lancée.

— Et pour la musique, est-ce que ça vous convient ?

Encore des marmonnements.

— Très bien, je prends ça pour un oui. Je mets en route la musique dès maintenant. Pour les horaires, le changement sera effectif dès demain, merci d’avertir vos collègues qui ne travaillent pas aujourd’hui. Demain, nous commençons donc tous deux heures plus tard par rapport à nos horaires habituels. Pour les cuisiniers, ça signifie 7 heures du matin, pour les autres, 8 heures du matin. Des questions ?

Je patiente quelques secondes, passe mon regard sur chaque visage, même s’ils m’ignorent les uns après les autres.

— Très bien, bon appétit à tous.

Je quitte la pièce et retourne dans mon bureau. J’irai déjeuner dans une heure lorsqu’ils seront tous partis.

Je rejoins toujours Laure, plusieurs soirs par semaine sur Skype, nous continuons les dossiers que nous devions rendre ensemble. Je n’ai presque plus la sensation d’être suivie ou observée. Je dois m’habituer aux lieux et la météo s’améliore avec le printemps, il pleut moins et il y a moins de vent. Mon fantôme n’était certainement qu’un peu de mauvais temps et de bruits d’une vieille demeure. Malgré tout, je ne m’attarde jamais, les couloirs sombres de ce vieux manoir ne me rassurent quand même pas dans la pénombre de la nuit.

Un jour, alors que je dépose le rapport de la journée sur le bureau de Monsieur, je me surprends à fermer la porte derrière moi. Je déambule, regarde les étagères, frôle le bois de son bureau. Il n’y a aucune photo, pas d’objet personnel. Bien sûr, il est chez lui, ces meubles sont les siens, ces livres sont les siens, mais je pense plus à un souvenir, une chose plus intime qu’une bibliothèque. Je m’approche des livres : Hugo, Verne, Maupassant, Perrault, De La Fontaine. Monsieur aime la littérature française, ceci explique sa maîtrise parfaite de cette langue. Il y a aussi quelques auteurs que je ne connais pas et Shakespeare, bien sûr.

Je continue ma visite, j’observe les tableaux. Ce bureau ressemble à un vieux musée, sombre et peu accueillant. Je ne pourrais pas passer mes journées ici. Au fond de la pièce, j’aperçois une poignée, derrière un rideau vert en velours. J’hésite et y pose la main. La porte est fermée. Il ne s’agit pas d’un placard, mais bien de l’entrée d’une pièce. La seule pièce que je ne connais pas. Je ne me souviens pas l’avoir vue sur les plans non plus. Monsieur est un cachotier. Qu’a-t-il de si personnel à cacher et qui ne nécessite pas d’entretien. Un trésor ? Une garçonnière ? Un cachot ? Ou pire, est-ce qu’il y enferme les corps de ses amantes décédées, tel Barbe Bleue ?

J’ai passé assez de temps dans ce bureau vert, j’en pars rapidement. Monsieur sera de retour dans quatre jours. Demain, je dois m’assurer que tout est en ordre. Je n’ai eu aucune nouvelle, pas d’appel, pas d’email, rien. Je connais la date et l’heure de son arrivée grâce à son chauffeur qui a priori a eu des nouvelles, lui. J’aimerais éclaircir tout cela lorsqu’il reviendra, si je suis sa gouvernante, ne dois-je pas tout savoir ? Les nuits suivantes sont agitées, je suis anxieuse.

Dernier jour sans le maître des lieux, le stress monte. Je vérifie tout, pièce après pièce. Il faut qu’il soit satisfait de retrouver sa maison comme il l’a laissée, qu’il ait confiance en moi lors de son prochain départ. Je vais me coucher, nerveuse. Son retour signifie que je vais devoir lui parler tous les jours. Les souvenirs de notre dernière soirée passée ensemble remontent à la surface. J’ignore quelle attitude je vais devoir adopter avec lui. Il va quand même falloir que je lui fasse comprendre que je ne suis pas à sa disposition pour tout. Mon rôle n’est pas de jouer à être sa compagne. Il ne faut pas que cela se reproduise.

Nous sommes vendredi. Jour J. Je me lève et vaque à mes occupations matinales comme chaque jour, la maison est silencieuse, je n’ai pas mis de musique aujourd’hui. Chacun est à son poste, comme s’il n’était pas parti. 13 heures, il ne devrait plus tarder, dois-je l’accueillir à son retour ?

Je vais à la porte, une boule au ventre. Charles arrive, valises à la main. Je vois son ombre avancer sur la terrasse, je lève les yeux et croise son regard.

— Bonjour, Monsieur. Avez-vous fait bon voyage ?

— Oui, merci.

Il passe devant moi et part s’enfermer dans son bureau.

L’Iceberg est de retour. Ma journée se poursuit avec un sentiment étrange, je ne sais pas quoi en penser. J’arrête de me torturer, Monsieur est lunatique, ça ne doit pas m’affecter. Par contre, je décide que ça ne m’empêchera pas de mettre les points sur les i.

L’heure de mon rapport arrive. Je me présente devant le bureau, il m’autorise à entrer. Je fais mon laïus, il ne lève pas la tête de ses dossiers. Une fois terminé, il me congédie. Finalement, cette situation va être plus facile à gérer que je ne l’imaginais.

Le lendemain, même scénario, je prends mon courage à deux mains et lui demande l’autorisation de m’absenter pour mes partiels.

— Monsieur, puis-je vous demander une faveur ?

Il lève la tête, enfin !

— De quoi s’agit-il ? m’interroge-t-il froidement.

— J’ai besoin de rentrer en France dans une semaine, j’aimerais partir le dimanche et rentrer le mercredi dans la journée. Est-ce possible ?

— Si ça reste exceptionnel, pourquoi pas. Ça sera décompté de vos congés annuels, me précise-t-il sans me poser la moindre question sur la raison de l’absence.

— Merci Monsieur. Soulagée, je quitte son bureau avant qu’il ne change d’avis.

Plusieurs jours passent et se ressemblent. À la fin de la semaine, comme convenu, je pars pour la France. J’ai décidé de prendre l’avion. Je me rends à l’aéroport avec ma voiture et la laisse là-bas. J’atterris à l’aéroport de Roissy où mes parents m’attendent. Nous passons la soirée ensemble. Le lundi matin, après avoir fait la route avec leur voiture, je retrouve Laure sur le parking de la Faculté. Je suis ravie de la retrouver, mais le stress des partiels gâche un peu notre plaisir. Les deux premiers sont aujourd’hui et le troisième est demain matin. Je dors chez elle le soir et repars le lendemain, en fin d’après-midi. Nous avons déjeuné ensemble après l’examen et profité du soleil pour nous promener en ville. Nous nous quittons difficilement, mais je lui promets de revenir vite. Je passe la dernière soirée avec mes parents, leur raconte ma vie au château, en évitant les histoires de fantôme, de patron irritable et de collègues distants. Finalement, je ne leur parle que de banalités pour ne pas les inquiéter. Ils sont ravis de ma décision de passer mes partiels et mon départ le mercredi matin est encore plus difficile qu’avec Laure, la veille. Je me sens ressourcée. Passer du temps avec les gens que j’aime m’a fait du bien, et je retrouve, sous la pluie, les grilles sombres du domaine avec appréhension.

Le jeudi, Monsieur est toujours aussi peu loquace que jovial. Chaque jour, j’ai droit à quelques formules de politesse qui arrivent comme une obligation et j’ai l’impression de le déranger à chacun de mes passages. Je crois que je vais garder le petit surnom d’Iceberg. Il lui va parfaitement, glacial, impénétrable, avec une petite partie visible et une énorme, cachée de tous, changeant d’humeur en fonction des courants. Il n’aborde même pas le sujet des libertés que j’ai instaurées durant son absence. Peut-être n’a-t-il même pas lu les notes que j’avais laissées sur son bureau.

Je m’habitue à son attitude et ne m’en offense plus. Je pense qu’il s’en rend compte. Un soir, alors que j’ai terminé mon rapport, ma main sur la poignée, je m’apprête à partir.

— Souhaiteriez-vous emprunter un de mes livres ?

Surprise par la question, je lui réponds que non.

— Très bien, je pensais que vous aviez une curiosité littéraire. Il appuie sur les derniers mots.

— J’aime lire, en effet.

Ses yeux me fixent avec insistance. Il sourit. Un sourire entendu comme si j’étais dans la confidence de quelque chose. Il sait ! Il sait, je ne sais pas comment, mais il sait que j’ai fait le tour de son bureau. Il a accentué le mot « curiosité ».

Je lui souhaite une bonne soirée et en partant, lui tourne le dos, gênée.

— Vous ne dormiez pas ?

— Pardon, Monsieur ?

— Le soir du dîner, quand je vous ai trouvée dans le salon, vous ne dormiez pas.

Ce n’est plus une question, c’est une affirmation. C’était lui. Je suis bouche bée, muette, mon esprit reste bloqué sur cette information. Déboussolée, je baisse la tête et ferme la porte derrière moi en partant. Je ne lui ai pas répondu. Je dois toujours répondre à Monsieur. Je sais maintenant que ce n’était pas un rêve. Monsieur m’a portée jusqu’à ma chambre. Qu’en est-il des caresses sur ma peau ? Est-ce que je rêvais ? Moi qui voulais mettre les choses au clair avec lui sur mon rôle ici, me voilà maintenant à soupçonner mon patron d’avoir eu des gestes plus que déplacés envers moi. Et je suis partie comme une enfant vexée, sans même avoir saisi l’occasion d’en savoir plus, de comprendre ce qui s’était passé, ce soir-là.

Je peine à m’endormir, je me repasse le rêve encore et encore. Je me souviens maintenant avoir rêvé du bruit de la porte du salon qui s’ouvre et des pas d’Anthony qui s’approchent. Je suppose qu’il s’agissait en réalité de ceux de Monsieur, mais ai-je rêvé des mains sur ma peau ? Je comprends aussi cette odeur de cigare et d’eau de parfum lorsqu’Anthony me prenait dans ses bras. Monsieur avait passé la fin de soirée à fumer le cigare avec ses amis. J’aurais dû faire le lien plus tôt. Pourtant, je me souviens avoir rêvé me blottir dans ses bras, une fois couchée dans mon lit et c’est totalement impossible puisque j’étais juste contre mon oreiller, alors ses doigts sur ma peau, étaient certainement aussi un rêve. Je me torture l’esprit, mais ne parviens pas à en être absolument certaine. Rêve, réalité. Je préfère me dire qu’il m’a juste raccompagnée dans ma chambre. En dehors de ce jour-là, il n’a jamais eu d’autres gestes déplacés envers moi, c’est la preuve la plus crédible pour étayer mes pensées. Et pour plus de sérénité, je préfère m’en tenir à cette version.

Deux jours plus tard, je suis décidée à tout de même mettre les choses au clair. Peut-être essayait-il de me parler de ce soir-là, de s’excuser, et je suis partie sans lui laisser la chance de le faire. J’arrive devant son bureau à l’heure habituelle. Il m’invite à entrer. Je fais mon rapport, une fois terminé, j’inspire à fond et remonte les épaules. Il lève le nez de ses dossiers.

— Oui ?

— Je dois vous parler.

Il hausse les sourcils.

— Je voulais dire, puis-je vous parler, Monsieur ?

— Bien sûr, je vous écoute.

— Pourriez-vous me prévenir lorsque vous partez ? Je suis votre gouvernante, il me semble que je devrais tout savoir sur vos déplacements.

Il pose son stylo, se redresse puis s’adosse à son fauteuil. Il me fixe les bras croisés, je me déconcentre.

— Enfin, je veux dire, je devrais être en mesure d’informer mes collègues quant à vos déplacements et non l’inverse.

— Vous avez raison. Je ne le ferai plus. Autre chose ?

— Euh… Non, enfin, si. Je ne jouerai plus à être votre amie lors de vos soirées, je suis là en tant que gouvernante uniquement. Tout autre rôle me semble déplacé.

— C’est noté.

— Et j’aimerais être tenue informée des changements de dernière minute avec autre chose qu’un Post-it sur lequel serait inscrit : « À ANNULER ».

Il fronce les sourcils.

— Vous avez terminé ? J’ai du travail.

— Oui, Monsieur, pardonnez-moi.

Je quitte la pièce, à la fois fière et prête à subir le retour de bâton. Je m’éloigne rapidement. Le jour suivant, nos échanges se réduisent de nouveau au minimum.

Un matin, alors que chacun s’affaire à sa tâche, Claire frappe à la porte de mon bureau.

— Monsieur te demande.

— Très bien, j’y vais, merci, Claire.

— Je ne sais pas ce que tu as fait, mais il semble très en colère. Je ne l’ai jamais vu comme ça du temps de Marie ! rit-elle l’air moqueur, avant de quitter la pièce.

J’arrive, tremblante, devant le bureau. Je sonne.

— Entrez ! Le ton ferme et agacé de sa voix me rend encore plus nerveuse.

— Vous m’avez fait demander, Monsieur ? Je baisse les yeux et rougis malgré moi, honteuse d’une faute commise que j’ignore encore à ce moment-là.

— Suivez-moi.

Il se lève et avance vers la porte de sa chambre, l’ouvre et me fait signe d’entrer. Je pense à mon rêve, dois-je accepter ? Pourquoi m’emmène-t-il dans sa chambre ? J’entre, les épaules basses, comme un oiseau blessé tombé du nid lors de son premier vol, espérant que sa mère arrive à temps pour le sauver du chat témoin de la scène, perché sur sa branche, prêt à bondir tel un félin affamé.

— Regardez !

Debout juste derrière moi, il pointe de son doigt la commode de sa chambre.

— Vous ne remarquez rien ? poursuit-il fâché.

Je tente de comprendre, me repasse en boucle les images de la chambre de Monsieur. Habituée à y entrer seule, je me sens toujours comme une touriste dans les appartements d’un roi, ayant jadis existé. Être là, à ses côtés, me ramène à ma réalité et au fait que ce roi-là est bel et bien contemporain, vivant et exigeant.

— Le hibou, Monsieur. Il n’y est plus, je réponds, sûre de moi.

— La chouette, exactement. Elle a disparu, c’est une chouette en or, avec deux émeraudes à la place des yeux. Trouvez qui a fait ça, je veux la récupérer, elle appartenait à ma mère, m’informe-t-il sèchement, avant de sortir de sa chambre d’un pas décidé.

Il s’assied et se plonge dans ses dossiers. J’en déduis que notre entretien est terminé. Je quitte la pièce sans un mot de plus.

Je retourne à mon bureau, vérifie qui était de service ces deux derniers jours, et commence à réfléchir à qui pourrait être l’auteur de cette disparation. Mon esprit se fixe sur Elizabeth. Je vérifie sa fiche, dix ans d’ancienneté, 45 ans, elle est blanchisseuse. Elle est venue ce matin, dans la chambre de Monsieur, récupérer le linge à laver. Particulièrement froide avec moi depuis mon arrivée, j’espère ne pas me focaliser sur elle à cause de cette attitude. J’ai remarqué, depuis quelques jours, un changement dans sa façon d’être. Suspicieuse, je lui demande de me rejoindre dans mon bureau.

— Elizabeth, est-ce que vous allez bien ?

— Qu’est-ce que ça peut vous faire ?

— OK, pour une raison que j’ignore, je pense que vous ne m’appréciez pas, mais là n’est pas la question. Je m’interroge sur vous, vous semblez préoccupée ces derniers jours et je trouve que cela a des répercussions sur votre travail. Vous n’avez peut-être pas envie d’en parler, je comprends, mais si vous en avez besoin, je suis là aussi pour vous écouter.

— Si vous le dîtes.

— J’ai aussi une question délicate à vous poser. Il manque une chouette dans la chambre de Monsieur, est-ce que vous sauriez ce qu’il en est advenu ?

Elle me fixe du regard et je vois que ses yeux se brouillent, ils se teintent de rouge et les larmes refoulées inondent ses pupilles.

— Mon mari et mon fils ont eu un accident de voiture, ils sont tous les deux hospitalisés. Ils sont sortis d’affaire, mais j’ai eu très peur. Mon fils aimerait un vélo pour son anniversaire, il a eu 10 ans hier et il l’a fêté sur son lit d’hôpital. Je voulais juste lui faire plaisir. Mon mari conduisait trop vite et c’est à cause de lui s’ils ont eu un accident. Il était chauffeur routier, mais il n’a plus de permis maintenant et son employeur l’a licencié. Je voulais juste lui faire plaisir, répète-t-elle à bout de souffle.

Elizabeth s’effondre devant moi et je ne peux qu’avoir pitié de cette maman affolée, et ne cherchant qu’à réconforter son fils, mais malheureusement je ne peux pas laisser passer ce vol.

— Je comprends, mais vous devez la rendre à Monsieur.

— S’il apprend que c’est moi, il me licenciera, et qu’est-ce qu’il se passera ? Comment je vais nourrir mon fils si je perds aussi mon travail ?

— Vous ne pouvez pas la garder, et puis faute avouée à demi pardonnée. Monsieur saura faire preuve de clémence si vous vous excusez. Je suis certaine qu’il comprendra. Et puis, il ne l’apprendra peut-être pas aujourd’hui ou dans quelques jours, mais s’il l’apprend par lui-même dans quelques mois, ce sera pire. C’est un homme bon, j’en suis certaine.

— Vous avez raison, je la lui rapporterai demain.

— C’est une sage décision. Vous savez, je ne suis pas là pour vous rendre la vie difficile. Je fais mon travail. Je sais que l’équipe ne m’apprécie pas beaucoup et je ne cherche pas à me faire des amis. Nous sommes collègues, et il se trouve que je suis votre supérieure. Je ne compte pas devenir votre meilleure amie, mais je sais écouter et comprendre si vous en avez besoin. N’hésitez jamais à pousser la porte de mon bureau.

— Merci.

Elle quitte la pièce, le regard bas, mais un léger sourire de soulagement sur les lèvres et je me vois investie de la mission de la protéger.

Pour le rapport du jour, je me rends dans le bureau de Monsieur, anxieuse et coupable du secret que je détiens et choisis de ne pas le lui révéler.

— Alors, vous avez découvert qui a fait ça ? me questionne-t-il le regard noir.

— Non, pas encore Monsieur, mais j’y travaille. Je sens mes joues rougir malgré moi.

— Dépêchez-vous. Je n’aime pas la malhonnêteté, encore moins entre mes murs !

Son regard est pénétrant, je me sens percée à jour. Je bombe le torse, je ne veux pas éveiller ses soupçons et puis j’ai réglé cette affaire. Sa chouette lui sera rendue demain. Je dois être fière de moi et non honteuse de lui mentir. Je quitte la pièce rapidement, je ne suis vraiment pas à l’aise, je suis pressée qu’Elizabeth remplisse sa part du marché maintenant que j’ai rempli la mienne.

Vers 11 heures le lendemain matin, Elizabeth vient frapper à la porte de mon bureau.

— Entrez !

— Bonjour, Allie, je vais au bureau de Monsieur. J’ai pensé que peut-être vous pourriez m’accompagner ?

— Bien sûr, je vous suis. Ça va bien se passer, rassurez-vous.

Je prononce cette phrase comme pour m’en convaincre, mais les mots de Monsieur résonnent encore dans ma tête. « Je n’aime pas la malhonnêteté encore moins dans mes murs. »

Nous avançons d’un pas hésitant. Elizabeth semble épuisée ce matin. Des cernes sous ses yeux gonflés montrent les épreuves difficiles qu’elle traverse depuis quelques jours.

Arrivées devant le bureau, je frappe.

— Entrez ! Ah ! Vous avez du nouveau ? me demande-t-il impatient.

— Monsieur, pouvons-nous entrer ? Nous aimerions vous parler ? dis-je m’adressant à lui en anglais, le ton hésitant.

Nous ? Je vous écoute, répond-il également en anglais en s’adossant à son fauteuil, les bras croisés, les sourcils froncés.

Elizabeth entre dans la pièce, le regard baissé, les épaules rentrées, la chouette visible entre ses mains. Elle s’approche doucement sans dire un mot puis sous le regard agacé de Monsieur, dépose l’objet du délit sur son bureau et dans un murmure, s’adresse à lui.

— Je suis désolée.

— Vous êtes renvoyée. Sortez de mon bureau, ordonne-t-il sans un mot de plus.

Comme frappée en plein vol, elle s’effondre en larmes et s’éloigne sans un regard. Je reste plantée, stupéfaite. Je comprends qu’il soit déçu d’avoir été trahi par l’une de ses employées, mais il n’a même pas cherché à comprendre son acte.

— Merci pour votre aide. Ce sera tout, me dit-il.

J’avance vers la porte bouche bée, ahurie par la scène dont je suis témoin. Je fais appel au peu de courage qu’il me reste et relève les épaules.

— Vous ne pouvez pas faire ça.

Je le fixe droit dans les yeux et poursuis en anglais.

— Pardon ? Il me regarde, abasourdi.

— Vous ne pouvez pas virer quelqu’un comme ça ! C’est insensé !

— Et pourquoi donc, je vous prie ? Elle m’a dérobé un objet, je ne vais quand même pas la garder. Je vous rappelle qu’elle travaille pour moi, travaillait, sous mon toit, sous mes règles, elle vit grâce à mon argent. Elle me doit le respect, l’obéissance et je ne peux tolérer un voleur parmi mes équipes.

— Je vois. Dès que quelqu’un fait un pas de travers, vous vous en séparez. Vous ne faites jamais d’erreur, je suppose ! Si vous me le permettez, Monsieur, je vais vous dire le fond de ma pensée, même si ça doit me coûter ma place. Vous vous croyez fort, parce que vous avez tout, mais n’oubliez pas que votre personnel vous permet d’être celui que vous êtes. Ils s’occupent de vous comme de petites mains invisibles. Je ne connais pas de personnel plus dévoué que le vôtre et pour une raison que j’ignore, ils vous sont fidèles et vous respectent comme je ne l’ai jamais vu ailleurs. Sans eux, Monsieur, votre vie serait bien différente, bien moins agréable, et ils ne le font pas parce que c’est grâce à votre argent qu’ils vivent, mais parce que, une fois de plus, pour une raison que j’ignore, ils vous apprécient. C’est pour tout cela que vous ne pouvez pas renvoyer Elizabeth comme une simple voleuse. Que savez-vous d’elle ? Que savez-vous de votre personnel en général ? Les connaissez-vous seulement ? Pourquoi a-t-elle pris la décision de vous dérober cette chouette ? Vous êtes-vous seulement posé la question ? Ou êtes-vous sans cœur au point de vous en moquer complètement ? La vie des autres ne vous intéresse pas, seule votre vie et votre argent semblent vous importer réellement. Sur ce, excusez-moi, j’ai des documents administratifs à élaborer pour qu’elle puisse au moins prétendre à ses droits.

— Vous avez dit « permettez-moi », et bien non, je ne vous permets pas de me parler sur ce ton, mais a priori, vous ne me respectez pas autant que le reste de mon personnel.

— Quand vous me donnez la possibilité de le faire, je vous respecte autant que je le peux, malheureusement aujourd’hui, vous ne m’en avez pas donné l’occasion.

Je quitte la pièce aussitôt ma phrase terminée. Je baisse les yeux au sol, la main encore sur la poignée. Je fixe la moquette du couloir, les yeux dans le vague. J’inspire puis expire à fond. Je lève les yeux et aperçois Claire, quelques mètres plus loin, son regard en dit long. Elle a tout entendu.

— Où est Elizabeth ?

— Elle est partie. Elle a quitté le domaine très vite après votre entrevue, elle a juste récupéré ses affaires, me répond-elle.

— Merci, Claire.

— Merci à toi de l’avoir défendue comme tu l’as fait. À ta place, je n’en aurais pas eu le courage.

— J’ai simplement tenté d’être en adéquation avec les valeurs qui sont les miennes.

Monsieur sort de son bureau, juste à temps pour surprendre ma dernière phrase.

— Claire, j’ai à vous parler, lui dit-il.

Elle croise mon regard. Nous pensons la même chose, elle va peut-être enfin obtenir la place qu’elle convoite depuis si longtemps.

Je rejoins mon bureau et m’affaire à effectuer rapidement les documents nécessaires à Elizabeth, après son licenciement. La situation est déjà assez délicate pour elle, j’aimerais lui faciliter les choses au maximum et c’est certainement la dernière tâche que je vais effectuer ici. L’envie me prend d’en préparer d’identiques pour moi, mais je m’abstiens. Mon esprit s’évade et je reviens aux raisons de ma venue ici, ma rupture avec Anthony. Laure sera ravie de me voir revenir, mes parents aussi. Je suis coupée dans mes pensées alors que quelqu’un frappe à ma porte.

— Entrez !

Je m’attends à voir Claire, porteuse de mauvaises nouvelles me concernant.

— Allie, excuse-moi de te déranger, me dit Claire avec une gentillesse que je ne lui connaissais pas encore.

— Non, je t’en prie.

— Je voulais juste te prévenir. Monsieur est en entretien dans son bureau avec Elizabeth. Il m’a demandé de la rappeler. Je ne sais pas ce qu’il s’y passe, mais j’ai supposé que tu aimerais le savoir.

— Merci de m’avoir prévenue, Claire.

Elle quitte mon bureau. Je ne sais pas quoi penser de cette nouvelle, mais ne peux m’empêcher d’esquisser un léger sourire. Quelques minutes plus tard, elle frappe à nouveau.

— Monsieur aimerait te voir, me dit-elle le regard complice.

Je me rends de nouveau à son bureau, j’ai les mains moites et le cœur qui bat très vite. Je frappe à la porte, j’ai comme une impression de déjà-vu. Contre toute attente, alors que je m’apprête à l’ouvrir, celle-ci s’ouvre d’elle-même. Monsieur se tient debout devant moi, nos corps se font face, nos regards se croisent et notre proximité me met mal à l’aise.

— Entrez, Allie.

— Que puis-je pour vous, Monsieur ?

Mon ton inquisiteur a disparu et a laissé la place à une voix bien plus douce, presque fébrile, malgré moi.

— J’ai réintégré Elizabeth à l’équipe, je voulais que vous le sachiez. J’aimerais vous confier une nouvelle mission, dès que son mari sera de nouveau sur pied nous l’intégrerons également à l’équipe. Je vous fais confiance pour lui trouver un poste correspondant à ses compétences. Je n’en ai pas parlé à Elizabeth, mais je pense que c’est la meilleure chose à faire. Qu’en pensez-vous ?

— Merci, Monsieur.

— Merci ? me demande-t-il surpris.

— Oui, merci. Je m’assurerai personnellement que vous ne soyez plus déçu par l’un des membres de votre personnel.

— Je n’en attendais pas moins de vous, Allie. Vous pouvez disposer.

Un sentiment de légèreté m’envahit lorsque je quitte le bureau. Le sourire aux lèvres, sans me soucier de l’heure, je marche vers les cuisines, tout cet épisode m’a mise en appétit. Je pousse les portes et me rends compte que mes collègues sont encore à table. Ils se taisent comme à leur habitude lorsque je passe la porte. Elizabeth se lève et s’approche de moi, elle me prend les mains.

— Merci infiniment, Allie. Sans vous, je n’aurais plus de travail à l’heure qu’il est. Vous avez risqué votre place pour moi. Je vous dois beaucoup.

— Je vous en prie, Elizabeth.

Elle retourne s’asseoir et je pars me servir au buffet. Je rejoins ma place habituelle à la table opposée à la leur.

— Allie, viens donc t’asseoir avec nous, me lance Claire.

Elle me sourit généreusement et j’accepte, apaisée, enfin admise dans leur équipe.

— Avec plaisir.

Le lendemain après-midi, au moment où j’arrive devant le bureau de Monsieur, je vois un mot scotché sur la porte. Il m’est adressé :

« Rendez-vous pour le rapport, sur la terrasse sud. SVP »

Surprise, je le rejoins. Il est debout face au jardin. Au bruit de mes pas, il se retourne. Un rayon de soleil sur son visage donne à ses yeux un bleu éclatant.

— Allie, asseyez-vous, je vous en prie.

Je m’exécute. L’Iceberg n’a pas oublié mon prénom.

— J’ai réfléchi à ce que vous m’avez dit. Du thé ?

— Oui, s’il vous plaît. À quel sujet, Monsieur ?

Il remplit les deux tasses posées sur la table, repose la théière, boit une gorgée. Je suis mal à l’aise. Claire ne m’a pas avertie de sa demande d’avoir son thé servi sur la terrasse.

— Je disais donc, j’ai réfléchi et je souhaite vous proposer quelque chose. Voici un téléphone portable, il est pour vous, vous ne l’utiliserez que pour nos conversations. Peut-être qu’ensuite, j’équiperai le reste des employés, nous verrons bien. J’ai pensé que je pourrai ainsi plus facilement vous tenir informée de mes déplacements et des mises à jour de mon planning. Qu’en pensez-vous ?

Il me regarde, fier de lui.

— Très bien, en effet, ce sera plus simple.

— Buvez votre thé, il va être froid.

Je prends ma tasse et l’observe, son regard est tourné vers le jardin. Il m’a fait venir ici juste pour ça ?

— Il fait bon, non ?

— Oui, Monsieur.

L’Iceberg fond. Je l’imagine, un sourire aux lèvres, se liquéfier sur la terrasse.

— Autre chose, Allie.

— Oui, Monsieur ?

— Vous savez que j’ai un dîner dans trois jours avec quelques messieurs dont certains étaient présents la dernière fois. J’ai bien compris que vous ne souhaitiez plus jouer à la parfaite épouse. Mais je ne veux pas qu’ils sachent que vous n’êtes que la gouvernante. Je ne veux pas qu’ils vous voient en uniforme. Pourriez-vous remettre une robe ?

Je pense qu’il comprend mon air désapprobateur.

— Vous ne participerez pas au dîner, il se fera entre hommes de toute façon, comme vous le savez leurs femmes ne sont pas conviées donc vous non plus. Je veux dire, vous ne le seriez pas si vous étiez, enfin si nous étions, bref vous n’êtes pas conviée.

Monsieur Iceberg perd pied, je suis amusée de sa maladresse soudaine. Il m’observe, interrogateur, alors que ma tête me crie de refuser, j’accepte presque malgré moi, sans vraiment savoir pourquoi.

— Très bien, je mettrai une robe, mais je ne veux pas de contact, quel qu’il soit entre vous et moi.

Il acquiesce, je décèle un léger air gêné. Je pense à mon rêve. Je prends le contrôle quelques secondes et je les savoure ! Je finis mon thé, et quitte avec sa permission la table. C’est seulement en y repensant le soir, que je m’aperçois que je n’ai pas fait le rapport de la journée. Je regarde le téléphone, allumé et silencieux, posé sur ma table de chevet. J’ouvre le répertoire, aucun numéro n’est enregistré. Je ne peux pas le contacter, pas avant qu’il l’ait décidé, en espérant qu’il ait enregistré celui-ci. Demain, j’irai en ville m’acheter une nouvelle robe.

Je pars en fin de matinée et me rends dans un magasin de vêtements chics et commence à essayer plusieurs tenues. La vendeuse me conseille, très souriante. Elle me tend une très jolie robe de soirée bleue, avec un bustier en forme de cœur. Elle est décorée de dentelle et de sequins. Vêtue d’un tissu opaque jusqu’à mi-cuisses, un joli drapé en tulle bleuté transparente vient terminer la robe jusqu’au sol. Elle est magnifique, mais j’indique à la vendeuse que je cherche quelque chose de plus classique, voire austère. Elle m’apporte une robe longue, noire, manche jusqu’aux coudes, proche du corps, mais sans artifice. Elle est élégante, classique et ne risque pas d’envoyer un mauvais message à Monsieur. 200 £, je fais la grimace, il me faut une robe, je la prends.

Nous préparons le dîner prévu avec les amis de Monsieur pendant les deux jours suivants. La table est dressée, le salon est prêt pour la fin de soirée. Le premier invité sonne, Charles l’accueille. Je descends l’escalier, le bas de la robe frotte délicatement chaque marche derrière moi.

Au fur et à mesure de leur arrivée, j’accompagne nos visiteurs dans le premier salon, discute avec chacun d’entre eux. Monsieur Williamson m’offre un verre, je cherche Monsieur du regard, il hoche la tête. J’accepte le verre. Quelques minutes plus tard, je m’excuse poliment, les laissant entre hommes. Je passe la porte et m’éloigne. Mon portable vibre pour la première fois depuis le thé sur la terrasse, je sursaute.

— Très jolie robe.

— Merci, jolie cravate.

Le champagne, bu rapidement, me fait répondre sans réfléchir et regretter aussitôt ma réponse.

— Vous avez votre portable avec vous ?

— En effet.

— Mais où l’aviez-vous mis ?

— Secret de femmes.

— Je préfère quand même votre première robe.

— J’aime celle-ci.

Je me dirige vers les cuisines, prends quelques restes dans le réfrigérateur, me fais un plateau-repas et m’éclipse dans mon bureau.

Je pose le portable et allume l’ordinateur. Depuis que Marie m’a donné les fiches sur les invités, j’ai décidé de les étoffer un peu. Je note les dates où ils sont venus et à quelles occasions. J’y note également tout ce que je peux trouver sur eux sur internet, métier, famille, à côté de qui les placer ou non lors des repas, etc. Rien de secret et aucune remarque déplacée, je veux juste être certaine de réellement bien les connaître. Le téléphone vibre à nouveau.

— Prochain dîner dans quinze jours. Il faudra changer de robe.

— Il va falloir augmenter mon salaire si vous voulez que je change de tenue aussi souvent.

Décidément, je suis plus douée pour la discussion via téléphone qu’en face à face.

— Très bien, je vous rembourse toutes vos robes, à hauteur de 250£ maximum, à commencer par celle-ci.

— C’est très gentil. Merci. Mais ce soir était la dernière fois, il me semble.

— C’est normal, vous les achetez pour moi.

— Pour vous ? Souhaitez-vous que je vous les prête ?

Je vais peut-être un peu loin, mais il semble de bonne humeur ce soir.

— Je veux dire dans le cadre de votre emploi. Et non, elles vous vont bien mieux qu’elles ne m’iraient !

— Je serais curieuse de voir ça.

— Jamais.

— Vos invités ne s’ennuient pas trop ?

— Vous avez raison, ce n’est pas correct. Bonne soirée.

— À vous également, Monsieur.

Je travaille depuis trois heures dans mon bureau, lorsque mon téléphone professionnel vibre sur mes dossiers.

— Nos invités s’en vont. Où êtes-vous ?

Je lis le message, me lève et avance vers l’entrée. Il m’aperçoit, et sourit.

Je souhaite une bonne nuit à chacun des invités et échange avec eux les politesses d’usage. Monsieur Williamson me prend la main.

— Votre présence nous a manqué, très chère.

— Je ne voudrais pas m’imposer lors de vos réunions, cher monsieur Williamson.

— Mademoiselle, Dorian, bonne soirée à vous, nous dit-il amicalement.

Charles ferme la porte sur le dernier invité et s’en va. Monsieur entre dans le salon et me fait comprendre qu’il m’invite à le suivre. Je m’exécute.

— J’avais peur que vous ne soyez couchée.

— Non, Monsieur, pas tant qu’il y a du monde dans la maison.

— Tant mieux, lors du prochain dîner le Premier ministre sera présent. Il va vous falloir une très jolie robe.

— J’ai trouvé le bon magasin pour cela en ville. Mais nous avions dit que…

Il me coupe la parole.

— Parfait. Vous pouvez aller vous coucher Allie.

— Très bien, bonne nuit Monsieur.

— Bonne nuit, Allie.

Je quitte la pièce.

— Allie ?

— Oui, Monsieur ?

— Vous étiez très élégante ce soir.

Je ne réponds pas et m’éloigne vers l’escalier, les joues rouges.

Résultats des votes!

Alors après étude de toutes vos réponses, voici les résultats:

Sur 25 votes depuis hier soir:

La photo 1 : la rose a remporté 14 voix

La photo 2: la pleine a remporté 2 voix

La photo 3: la grise a remporté 9 voix

The winner is (bon ok vous savez compter) la rose! Je vous avoue que c’était aussi ma préférée!!

                                                                         couverture rose

Mention spéciale à Divine pour le retour complet, malheureusement je ne peux pas ajuster les couvertures comme je le souhaite, je dois m’adapter aux modifications possibles sur le site.  

Arrrrghhhh 😡

Quand les 150 étapes à respecter pour mettre mon livre à disposition en format papier sont ok, que je soumets le fichier et que l’étape 3 n’est pas bonne 😡😡😡😩😩😩😭😭😭

Allez on recommence (pour la 11eme fois) mais cette fois-ci c’est la bonne je le sens ou alors c’est la bière qui me fait rester optimiste!