Aidez-moi à choisir la couverture de mon livre!!

Bonsoir à tous!!

J’ai besoin de votre avis pour la couverture du livre en format papier! Alors à vos votes!!! Pensez que seule la partie de droite sera visible au premier coup d’œil lorsque vous tiendrez le livre en main. Merci beaucoup!!!

Photo 1: la rose

couverture rose

Photo 2: la pleinecouverture pleine

 

Photo 3: la grisecouverture grise

Arrrrghhhh 😡

Quand les 150 étapes à respecter pour mettre mon livre à disposition en format papier sont ok, que je soumets le fichier et que l’étape 3 n’est pas bonne 😡😡😡😩😩😩😭😭😭

Allez on recommence (pour la 11eme fois) mais cette fois-ci c’est la bonne je le sens ou alors c’est la bière qui me fait rester optimiste!

Sortie du livre!!!

J’aimerais vous dire J-3, J-2, J avant la sortie de mon livre en format papier mais en fait je ne sais pas, ça va dépendre de mes capacités à utiliser un outil très compliqué avec un clavier, un écran, des images bizarres et comprendre un vocabulaire jusque là inconnu, PPP, liminaire, fond perdu, etc.

Alors c’est pour bientôt mais pour quand… suspense! (pour vous mais aussi pour moi)

Chapitre 3: Samedi 27 avril : Premier événement

 

Les semaines passent et se ressemblent depuis que Marie est partie. Je profite de l’accès à internet de mon bureau pour me connecter à Skype et discuter avec Laure. Quasiment tous les soirs vers 22 heures, je descends et me connecte. J’ai décidé de l’aider à finir nos dossiers.

— Tu devrais tenter de valider ton diplôme, après tout, nous sommes déjà en train de finir les dossiers. Tu auras une note pour chacun d’entre eux, il ne te reste que trois partiels écrits à passer, me conseille Laure.

— Tu sais bien que je ne peux pas m’absenter comme ça.

— Avec un peu de chance, ils seront tous les trois le même jour, tu ne serais absente qu’un seul jour complet.

— Tu ne comptes pas la route ! lui dis-je comme une excuse.

— Prends l’avion !

— Je vais y réfléchir, je tente en vain de couper court à cette conversation.

— Oui, tu devrais ! Ce boulot, c’est bien, mais le jour où tu arrêtes, tu fais quoi ensuite ? Au moins si tu valides ta licence, tu auras déjà ça à noter sur ton CV.

— J’ai l’impression d’entendre mes parents !

— Ils ont raison Allie ! Tu as des points d’avance avec le premier semestre, tu auras une note sur les dossiers que l’on fait ensemble. Ton nom est toujours dessus et c’est un travail collectif de toute façon, je ne peux pas les rendre seule. Concentre-toi sur les dossiers et je te passe mes cours pour les trois partiels. Révise-les comme tu peux, si tu limites la casse, tu peux l’avoir. Ça serait dommage de ne pas le tenter si proche de la fin, argumente-t-elle convaincue.

— OK, OK, je vais voir ça. Envoie-moi tes cours. Je le ferai si j’ai le temps, lui dis-je résignée. Je sais qu’elle a raison.

Le temps que je passe avec Laure à travailler sur nos dossiers est le moment de la journée que je préfère. Comme les échanges avec mes collègues se contentent du strict minimum nécessaire au bon déroulement de nos journées respectives, Laure est ma compagnie la plus agréable, malgré l’écran qui nous sépare. Je reste souvent, une, deux voire trois heures avec elle, selon l’avancée de notre travail et parfois selon les commérages palpitants qu’elle a à me donner sur nos anciens amis communs. Je lui raconte mes journées ici, ma solitude toujours, l’attitude glaciale de mon patron, que je ne croise que cinq minutes par jour, mais qui ne semble pas porter une grande importance aux informations que je lui transmets. Il est pourtant à l’initiative de ce résumé quotidien. Elle reste persuadée que je perds mon temps et je tente désespérément de lui prouver le contraire. Mes efforts semblent vains, je ne peux pas lui en vouloir, je ne parviens pas à me convaincre moi-même d’avoir fait le bon choix en arrivant ici. Chaque soir, je repars de mon bureau rapidement, je passe devant le grand salon et accélère dans l’escalier. Chaque soir, les craquements des murs, le vent et les ombres me donnent des frissons. Je me sens observée, suivie. Je dors souvent la lumière allumée, Laure m’envoie généralement un SMS pour me demander si le fantôme ne m’a pas attaquée sur mon trajet. Elle est très amusée à l’idée qu’il y ait un fantôme au manoir. D’après elle, je suis juste dans une vieille maison qui craque. Elle a sans doute raison, je n’ai moi-même jamais vraiment cru à toutes ces histoires d’épouvante.

Demain, nous recevrons une quarantaine de personnes au domaine. Tout est presque prêt. Les invitations étaient déjà parties quand je suis arrivée, le traiteur est réservé, l’équipe est au complet. Seuls les détails de dernière minute restent à régler. J’envisage un apéritif printanier à l’extérieur, j’espère que le temps nous le permettra.

J’entends la sonnette, les premiers invités arrivent. Claire frappe à ma porte, elle me tend un complément d’uniforme à revêtir lors des réceptions.

— Tiens, à la laverie, ils m’ont prévenue que tu n’avais pas récupéré ton uniforme pour ce soir.

— Je n’étais pas au courant, pourquoi personne ne m’a prévenue avant ?

Elle s’en va, en haussant les épaules, sans même prendre la peine de me répondre. Je suis déjà prête et vêtue d’une robe de soirée. Tant pis pour l’uniforme, je soupçonne Elizabeth, l’une des blanchisseuses, qui ne semble pas m’apprécier beaucoup, d’avoir volontairement oublié de m’en informer. Je chausse mes talons aiguilles rapidement en tentant de garder l’équilibre et laisse sur le cintre la tenue qui m’était a priori destinée. Cela me vaudra certainement une remontrance de Monsieur, mais je n’ai plus le temps d’y penser. Je sors de ma chambre après un dernier regard dans le miroir. Je redresse ma silhouette, remonte les épaules ainsi que le menton et avance rapidement vers le grand escalier avec l’élégance nécessaire à l’événement. J’avais emporté avec moi une seule robe de soirée, classique et sexy à la fois. C’est une belle robe noire, avec de longues manches, sans décolleté sur le devant, mais un très beau dos nu. Proche du corps, elle descend jusqu’au sol et lorsque je marche, découvre ma jambe gauche jusqu’à mi-cuisses. Elle était vendue avec une jolie veste blanche ornée de trois boutons noirs au niveau des poignets, toutes les coutures sont également noires. Mon dos est ainsi complètement couvert et je ne risque pas de tomber malade, même si nous fêtons aujourd’hui le printemps, les températures sont encore bien loin d’être chaudes.

Je descends l’escalier, une main glissant sur la rampe dorée. Les invités sont reçus par Claire. Souriante, elle n’a pas oublié de s’adresser à eux avec les formules d’usage, réservées à leur titre. J’arrive à leur niveau et viens les accueillir en me présentant, « Appelez-moi Allie ». Je les accompagne jusqu’à la terrasse, le soleil nous fait l’honneur de sa visite. J’ai fait disposer le buffet sous les tonnelles, les parasols chauffants sont installés et nos convives pourront profiter des amuse-bouches sans craindre le rhume.

La ronde des arrivées ne se fait pas attendre. Charles, le majordome, les annonce les uns après les autres, non pas à leur entrée dans le salon, mais bien à leur sortie sur la terrasse. Je suis satisfaite de mon initiative. Marie m’avait dit qu’ils n’avaient jamais utilisé ces parasols chauffants, c’est maintenant chose faite. Nous pouvons ainsi profiter d’un apéritif printanier à l’extérieur.

Les premiers invités sont arrivés depuis bientôt quinze minutes et Monsieur ne devrait pas tarder. Je l’aperçois tandis que je discute avec le comte et la comtesse De Leicester ainsi que Monsieur Williamson, tous ces gens que je ne connaissais jusqu’alors que grâce à quelques mots écrits sur une fiche. Je sais que le comte et la comtesse connaissent Monsieur grâce aux matchs de polo, passion commune du comte et de mon patron. Le comte semble quelqu’un d’assez réservé en public et pourtant dynamique, il est élancé et sa beauté évidente s’est transformée en un séduisant charme avec les années qui avancent. Son épouse semble plus joviale. Elle paraît plus âgée que son âge et ses rides marquées ne lui font pas honneur. Je me souviens, bien entendu, de la fiche de Monsieur Williamson. Il y était indiqué « amis depuis l’Université ». Légèrement bedonnant, le sport ne semble pas être sa priorité, mais son visage montre un homme sympathique et honnête. Je leur propose une coupe de champagne. Alors qu’ils acquiescent et que nous plaisantons quelques instants, je sens le regard de Monsieur se poser sur moi. Il me dévisage, désapprobateur. Je baisse les yeux et me reconcentre sur la discussion. J’échange un sourire avec mes interlocuteurs et m’excuse afin d’aller chercher leurs coupes. Je m’avance alors vers le bar éphémère, installé là pour l’occasion. Monsieur est immobile derrière les verres en pleine vérification discrète auprès des serveuses que tout est en place. Il lève les yeux et fronce les sourcils. À mesure que j’avance, son regard perçant me trouble. J’imagine les reproches et baisse les épaules. Je prends finalement sur moi et me redresse. Il me scrute, avec un visage impassible. Une fois à sa hauteur, je prends délicatement les coupes, il s’adresse à moi.

— Vous ne portez pas votre uniforme.

— Non, Monsieur.

— Dois-je vous en demander la raison ?

— Non, Monsieur. Simplement, j’avais oublié qu’il y avait un uniforme spécial pour les événements et j’étais déjà apprêtée lorsque les premiers invités sont arrivés. J’ai préféré laisser l’uniforme et les accueillir comme il se doit.

— Vous appelez cela, comme il se doit ?

— Non, Monsieur, je vous prie de m’excuser, Monsieur.

Je baisse les yeux, honteuse. Il trouve ma tenue inappropriée. Moi qui étais fière de la porter.

— Ne les faites pas attendre, m’ordonne-t-il sèchement.

Je pars désorientée, avec mes trois coupes à la main. Je les apporte aux invités, en pleine conversation politique, et poursuis mon chemin parmi les autres convives. Les minutes passent, puis une première heure, les amis de Monsieur semblent passer un agréable moment sous le soleil timide des premiers jours de printemps. Je passe du temps avec tous, demandant des nouvelles d’enfants que je n’ai jamais vus, m’inquiétant des conflits au Mali ou encore en Syrie et tentant de répondre plusieurs fois aux interrogations sur la politique française.

Je passe moi-même un bon moment. Les invités, loin d’être hautains et froids, me posent beaucoup de questions sur mon pays natal, les coutumes, mes capacités culinaires, comme si être français impliquait d’être un grand chef. Pour la première fois depuis quasiment deux mois, j’échange avec plaisir avec des personnes agréables, j’en oublie presque ma solitude. Je croise parfois le regard de Monsieur en pleine conversation avec certains de ses amis. Je tente de l’éviter lors de mes déplacements, mais il est difficile d’échapper au maître des lieux.

Alors que je le pense en pleine argumentation sportive sur les derniers matchs de polo, il arrive derrière moi et m’attrape le bras. Je sursaute, ce contact heureusement très court me met mal à l’aise.

— Très bonne idée, cet apéritif printanier.

J’ai cru voir un sourire passer en une seconde sur ses lèvres et déjà il part rejoindre ses convives. Un compliment, c’est le premier depuis mon arrivée, il y a deux mois maintenant.

Claire me tire alors de mes pensées, une personne vient de se décommander. Il faut que j’en avertisse Monsieur. Je prends mon courage à deux mains et avance vers lui. Ses yeux se tournent vers moi et il comprend que je viens à sa rencontre, il s’excuse et prend congé.

— Monsieur, je viens vous informer que monsieur Taylor ne sera pas présent au dîner de ce soir, il vous prie de l’en excuser.

— D’accord.

— Je vais faire retirer un couvert, Monsieur.

— Très bien.

Il me fait un signe de tête pour me congédier, fait un pas puis se retourne et m’attrape à nouveau le bras.

— N’en faites rien, décalez monsieur et madame Williamson vers le comte et la comtesse De Leicester et laissez la place vacante à ma gauche, je ne veux pas qu’elle soit à côté du comte. Nous aurons certainement une invitée supplémentaire.

— À votre guise Monsieur.

« Elle », « Une invitée supplémentaire »? Mais qui ? Pourquoi ne suis-je pas au courant ? Comment vais-je l’accueillir, quel est son nom, son rang ? Je me retrouve submergée de questions et la réponse me parvient d’un seul coup : une invitée, il s’agit certainement d’une amie de Monsieur, ou plutôt de la future Madame. Il ne m’en a pas fait part, je sens comme un malaise s’emparer de moi. Je me raisonne, je ne suis que sa gouvernante, pas sa confidente.

J’arrive à la table et exécute les ordres. Je ne mets pas de nom, ne sachant pas quoi y inscrire. Je vérifie que tout est en ordre et retourne sur la terrasse. J’aperçois Monsieur discutant avec Monsieur Williamson, ils me scrutent, son ami lui glisse quelque chose à l’oreille, Monsieur me déshabille du regard et lui sourit.

Je frissonne, un courant d’air frais vient de passer sur mes reins. J’accélère le pas et me rends vers le bar pour m’assurer que tout se déroule parfaitement, me retrouvant ainsi à l’opposé de Monsieur et de ses regards qui me déstabilisent tant.

Charles, le majordome, vient à ma rencontre, le dîner est prêt. Je vais avertir l’hôte et sens un stress m’envahir comme je m’approche de lui. Il acquiesce avant de se retourner vers ses amis et de leur proposer de passer dans la salle de réception. Guidés par Charles, ils entrent peu à peu et se placent autour de l’immense table.

Les convives avancent, Monsieur m’attrape une fois encore le bras tandis que je m’éloigne en cuisine.

— Allie, vous avez impressionné mes invités.

« Allie », c’est la première fois qu’il utilise mon prénom lorsqu’il s’adresse à moi. Et un second compliment ! Je baisse la tête alors que mes joues rougissent légèrement.

— Merci, Monsieur, je dois aller voir en cuisine.

Je fais mine de m’éloigner, toujours aussi mal à l’aise de ce contact entre nous, mais il ne lâche pas mon bras et continue de marcher. Me voilà forcée de le suivre.

— Allie, vous ne pouvez pas aller en cuisine maintenant.

Alors que ma veste blanche avait jusque-là, bien caché le dos nu de ma robe, Monsieur pose sa seconde main sur mon dos, son pouce et son index se déposent sur ma veste, mais ses trois doigts suivants se retrouvent directement en contact avec ma peau dans le creux de mes reins. Il hausse les sourcils.

— Votre robe est décidément pleine de surprises.

Je sens une bouffée de chaleur envahir mon visage, je suis écarlate et très embarrassée. Il sourit, amusé par ma timidité. Je ne peux soutenir son regard pénétrant et reste bêtement immobile.

— Comme je vous le disais, vous ne pouvez pas aller en cuisine maintenant. Vous allez devoir faire quelque chose pour moi. Mes invités vous ont prise, comment dire, pour une amie. Enfin, ils pensent que vous êtes, ou plutôt que vous n’êtes pas que la gouvernante.

— Je ne comprends pas, Monsieur, dis-je toujours rouge de honte.

— Ils vous prennent pour mon amie.

— Quelle amie, Monsieur ?

Tandis que je pose la question, je vois son regard encore plus intense se plonger dans le mien avec ce petit air interrogateur. Il veut que je comprenne par moi-même, mais je n’ose pas formuler la pensée qui me traverse l’esprit.

— Ils pensent que vous et moi, nous sommes ensemble. Alors, installez-vous à table à ma gauche et faites semblant. Si vous restez discrète, tout se passera bien.

— Excusez-moi Monsieur, mais je ne pense pas que j’en sois capable. Ce n’est pas une bonne idée.

— S’il vous plaît, Allie…

Je le contredis et il me répond par un « s’il vous plaît ». Il me sourit et ce regard ! Comment refuser ? Comme s’il comprenait mes pensées, ses yeux se font encore plus insistants et il ne me laisse pas le temps de dire non à nouveau.

— Très bien, mais je dois prévenir Claire qu’elle est en charge du repas.

Il fait un signe à Charles et lui demande d’avertir Claire que je dîne à la table. Il garde sa main dans mon dos, sans même essayer de la mettre intégralement sur ma veste. Je suis comme prise au piège, la petite brebis égarée face au loup.

Il m’indique le chemin, tire ma chaise avec galanterie, s’assied à mes côtés et lève le verre de Champagne que lui tend la serveuse. Je suis gênée et mal à l’aise alors qu’il porte son toast.

Contrairement à ce qu’avait dit Monsieur, il m’est difficile de me faire discrète pendant le repas. Tous les regards sont tournés vers moi. Madame Rushmore, une dame légèrement forte et un peu trop maquillée, commence la première question de l’interrogatoire.

— Allie, vous êtes consciente, que vous faites beaucoup d’envieuses ?! Un homme beau et riche comme Dorian, nous en rêvons toutes !

Je balbutie une réponse aussi claire que ridicule, espérant que l’intérêt général change de victime. Mais après un léger rire collectif, la seconde question arrive déjà.

— Depuis quand vous connaissez-vous ? interroge la comtesse De Leicester.

— Quelques semaines.

Je reste vague, ils vont se lasser.

— Je sais que c’est indiscret, mais vous avez au moins dix ans d’écart, c’est beaucoup, non ? intervient, à nouveau, madame Rushmore.

L’audience acquiesce, Monsieur baisse les yeux. Je n’ai pas le temps de réfléchir à une réponse qu’une autre question arrive déjà.

— Imaginez si Dorian avait des enfants, vous auriez presque leur âge ! Non ? se moque-t-elle dans un rire hautain, presque vulgaire.

— Qu’est-ce qui vous amène en Angleterre ? Vous avez des terres dans le secteur ? Quel est le nom de votre père, je le connais peut-être ? s’intéresse Monsieur Williamson.

— Delonnay, mais je n’ai pas de famille en Angleterre.

De Lonnay, ah oui, les Français disent « De » comme nous disons Sir, n’est-ce pas ? Lonnay est une région ? renchérit-il semblant essayer de me sortir d’un faux pas, un sourire aimable aux lèvres.

— Non, pas du tout, c’est en un seul mot, dis-je simplement.

— Et comment vous êtes-vous rencontrés ? me questionne son épouse, madame Williamson.

Monsieur vient à mon secours.

— Je cherchais une gouvernante.

Il boit une gorgée de champagne.

— J’en cherche toujours une, dit-il en reposant sa coupe.

Les invités rient. Il répond encore à quelques questions à « notre » sujet et dirige la conversation vers quelqu’un d’autre. La suite du repas se passe plutôt bien.

Après le dessert, alors que les hommes se retirent dans le petit salon pour des discussions qui leur sont réservées, les femmes, elles, se dirigent vers le grand salon. Je m’excuse en prétextant devoir vérifier les cuisines. Elles hochent la tête d’approbation et me félicitent d’avoir déjà obtenu le respect du personnel de Monsieur. À peine ai-je fait quelques pas, que je les entends ricaner comme des hyènes après un bon repas. Je m’attarde un instant, une première voix s’exclame.

— Il va se lasser, ces petites jeunes sont mignonnes, mais c’est tout ce qu’elles ont et la fraîcheur ne dure pas éternellement !

— Vous avez bien raison ma chère, les hommes sont faibles dès qu’il s’agit de leur agiter un joli petit bout de viande bien frais devant le nez, mais ça ne durera pas ! rajoute une seconde invitée que je ne reconnais pas.

— Tout à fait, tant qu’il ne se fait pas avoir ! Après tout, elle débarque d’on ne sait où, qui nous dit qu’elle n’est pas là pour l’argent ! Heureusement, Dorian n’est pas né de la dernière pluie ! claironne une troisième dame, qu’il me semble être madame Rushmore. J’aperçois Charles arrivant dans le couloir à ce moment-là et je m’éclipse aux cuisines, espérant que les conversations soient toutes autres dans le petit salon de ces messieurs, mais j’ai l’intime conviction que si la présence de Monsieur les en empêche, ces gentlemen n’en pensent pas moins. Qu’importe, je n’ai fait que jouer un rôle ce soir, mais je comprends mieux l’une des raisons, peut-être, du célibat de Monsieur.

Peu à peu, les invités quittent les lieux. Je les accompagne à la porte. Tandis que les derniers partent, Monsieur Williamson complimente Monsieur sur « sa trouvaille ». Ce dernier passe alors son bras autour de moi et vient poser sa main sur ma hanche.

— Ne la laisse pas filer, Dorian, lui recommande Monsieur Williamson, son plus vieil ami à en croire les fiches.

— Je n’en ai pas l’intention, répond simplement Monsieur.

Aussitôt la porte fermée, il me fixe.

— Merci, Allie, vous vous en êtes très bien sortie. Ne vous y habituez pas.

Il retire sa main et s’en va sans un autre mot. Décidément, Monsieur a ses humeurs. Il me dit de ne pas m’y habituer, mais il oublie que je n’ai rien demandé. Je n’ai pas le temps de m’attarder davantage, je suis éreintée, mais il me reste encore beaucoup de choses à faire. L’équipe a bien travaillé, les lieux sont propres, la table est débarrassée, la terrasse est rangée. Je les ai congédiés, c’est à moi de finir, après tout, je suis restée assise à profiter du repas pendant qu’eux travaillaient. Je vais ouvrir les fenêtres et vider les cendriers du petit salon occupé par ces messieurs, l’odeur du cigare empeste le rez-de-chaussée. Ensuite, je vais ranger le salon des dames, je débarrasse les tasses, remets les coussins, nettoie les tables, passe un coup d’aspirateur, tire les rideaux. Une bonne chose de faite. Je retourne dans le premier salon, l’air frais du soir est entré. Je ferme les fenêtres, l’odeur de cigare a presque disparu. Je pose ma veste sur l’accoudoir du sofa et effectue les mêmes gestes que précédemment. Je m’assieds un instant afin de retirer mes chaussures, mes jambes sont lourdes. Je les relève sur le sofa et ferme les yeux une seconde. Mon corps se relâche et mon inconscient s’évade, la fatigue a raison de moi et je plonge dans mes rêves, accompagnée comme souvent par Anthony. J’entends au loin une porte qui s’ouvre, des pas s’approchent, je sens sa présence juste derrière moi, mon visage fait face au dossier et je garde les yeux fermés. Délicatement, sa main frôle mon dos. Ses doigts me caressent doucement de bas en haut. Après quelques secondes, le bout de ses doigts vient effleurer ma hanche dépassant légèrement les limites du tissu de ma robe. Je remue légèrement, comme dérangée dans mon sommeil. Sa main s’immobilise et quitte ma peau. Il soulève ma veste tombée sur le sol et la dépose sur mon dos. En une seconde, je me retrouve dans ses bras. Je sens son odeur, mélange d’eau de parfum et de cigare. Il monte l’escalier, je reste la tête sur son épaule, les yeux clos. Il ouvre la porte de ma chambre et me dépose doucement sur mon lit. Je me niche contre lui, apaisée dans ses bras, comme toujours.

Réveillée en sursaut par un bruit de porte, j’ouvre les yeux. Perdue, je cherche un repère, une lueur, la forme d’un meuble qui puisse m’indiquer où je suis. Avec mes mains, je tâtonne et soupçonne une couette. D’un bond, je tente d’atteindre ma lampe de chevet. La lumière s’allume, je suis, en effet, sur mon lit, le côté resté libre de ma couette est posé sur moi. Je suis pieds nus et ma veste est sur le fauteuil. Une sensation étrange m’envahit. Je ne me souviens pas être montée me coucher. Je ne sais absolument pas comment je suis arrivée là. J’ai dû me réveiller, aller me coucher, me rendormir aussitôt et mon cerveau embué par la fatigue ne s’en souvient plus.

Je me lève et vais vers la salle de bain. Je me démaquille, me décoiffe et me déshabille. Je vais déposer ma robe sur la chaise. Je me recouche et éteins la lumière. Finalement, je me relève et vais fermer ma porte à clef, je ne voudrais pas me retrouver hors de ma chambre demain matin. Je m’allonge et reprends mon rêve là où il avait été interrompu. Je me blottis dans les bras d’Anthony. Anthony, qui m’a prise dans ses bras pour me porter jusqu’à ma chambre, a monté l’escalier. Et si ce n’était pas un rêve ? Qui alors ? Charles, le majordome ? Non, il m’aurait réveillée. Monsieur ? Non, il se serait indigné de mon attitude. Le fantôme ? Je repasse le rêve dans ma tête, la main qui me caresse, l’odeur de cigare, les bras qui me portent. Où s’arrête le rêve et où commence la réalité ? Non, je suis juste montée seule et endormie.

Je me réveille d’un sommeil agité et peu réparateur. J’ai des cernes et je bâille devant le miroir. Je me prépare, m’habille, prête à descendre, je pose la main sur la porte. Une appréhension m’envahit, je vais devoir croiser le regard de Monsieur. Il me déstabilisait déjà, mais après notre jeu de rôle d’hier, le dîner, sa main sur ma hanche, ses doigts qui me frôlent sous ma veste, je ne vais plus oser me retrouver dans la même pièce et me sens incapable de soutenir ses deux yeux bleus qui me fixent tant.

Je descends, passe par le salon récupérer mes chaussures restées sur place et rejoins les cuisines pour un petit-déjeuner bien mérité. Elles sont presque vides, beaucoup d’employés sont en congé aujourd’hui. Je me sers, choisis du pain et de la confiture avec un bol de lait chaud. C’est le petit-déjeuner que je prenais enfant. Seule à ma table, toujours embuée, je pose mes mains sur le bol qui les réchauffe, ferme les yeux et me revois un instant à la table familiale. Je ne peux m’empêcher de repenser à cette nuit et à ce rêve étrange. Comment ai-je rejoint mon lit ?

Je fais le tour de la maison, tout est normal. Les gardes sont à leur place, pas de courrier aujourd’hui, nous sommes dimanche. Je suis moi-même en congé, mais je ne peux m’empêcher de faire le parcours habituel, de me lever tôt et de vérifier que tout va bien comme chaque matin. Je passe à mon bureau sans raison particulière, cette fois-ci. J’entre et m’assieds, je prends le planning des choses à faire cette semaine et m’aperçois que plusieurs ont été rayées. Des rendez-vous de Monsieur à préparer, des dîners et un Post-it sur lequel il est noté : À ANNULER.

Claire ne m’en a pas parlé, peut-être que Monsieur le lui a demandé hier soir. Quelqu’un frappe à ma porte, mon cœur s’emballe. Charles apparaît.

— Bonjour, Allie. Je voulais te prévenir, je vais chez ma mère, je serai de retour mardi.

— Mais, tu ne peux pas. Monsieur aura besoin de toi demain !

— Non, c’est bon lorsqu’il est à l’étranger, nous pouvons partir quelques jours à tour de rôle.

— Quoi ? Mais il n’est pas à l’étranger ?

— Bien sûr que si, il me l’a dit ce matin en partant à l’aéroport. Il va au Japon pour deux semaines. Tu n’étais pas au courant ?

— Non, je dois dire que non. Mais il est parti à quelle heure ?

— Vers 7h45, je sortais les chiens. J’ai laissé un mot dans la cuisine. Tu ne l’as pas vu ?

— Non. Il a laissé un message pour moi ?

— Non, il était très pressé.

— Bon, très bien merci Charles, bon week-end.

Charles referme la porte. Au Japon pour quinze jours, mais ce n’était pas prévu. Il est parti ce matin à 7h45, je descends chaque dimanche à 8 heures. Il aurait pu m’attendre. Il aurait aussi pu me prévenir ou me laisser un mot. Mes yeux retombent sur le planning. Le voilà son mot : À ANNULER. Décidément, il est difficile à suivre.

Partager mais pas n’importe quoi…

Je voulais vous partager le troisième chapitre ce soir (enfin hier soir) mais entre la négociation avec le premier pour qu’il accepte qu’on lui mette la fusée (suppositoire) et le second qui a finalement succombé à Morphée vers minuit et tout ça avec ma petite fièvre personnelle… je n’ai pas eu le temps. Je fais en sorte de relire avec attention entièrement chaque chapitre au moment de la publication sur le blog pour éviter les fautes même s’il en reste certainement malgré les maintes corrections, également modifier quelques détails et ainsi améliorer encore et toujours mes écrits.

L’écriture c’est comme la grippe ça se partage, on le fait bien ou on le fait pas…

Bonne nuit enfin j’espère 😉

Le long chemin vers la publication…

Je ne vous ai pas tout dit…

J’ai décidé de soumettre mon ouvrage aux maisons d’éditions. Il y a environ deux mois je l’ai adressé à deux maisons d’édition, les deux m’ont répondu. La seconde m’a gentiment remercié mais je ne correspond pas… en gros c’est non.

Par contre, il y a un mois j’ai reçu une toute première réponse:                              img_6780

Après avoir fait les montagnes russes devant leur courrier, je suis redescendue et j’ai étudié le contrat qu’ils me proposaient. Il ne me convient pas, mais la motivation a redoublé et c’est notamment grâce à ce courrier que j’ai décidé de vous faire découvrir mes écrits via Facebook:  https://www.facebook.com/licebergetlarose  et ce Blog. Je poursuis le travail de fourmi auprès des maisons d’édition. Je croise les doigts et avance petit à petit dans ce monde vaste et inconnu pour moi.

D’autres surprises à venir bientôt…

 

 

Chapitre 2: Mars : Premières semaines

 

5 heures du matin, mes yeux s’ouvrent sans mal. Je n’ai pas beaucoup dormi. Je n’entends aucun bruit, tout est calme. Le léger rai de lumière des lampes du jardin est visible à travers le rideau. Il ne fait pas encore jour. Je soulève la couette épaisse et pose mes deux pieds sur le sol. Je reste assise un instant, prends une grande inspiration et aidée de mes deux bras, me lève. Je passe par la douche, bien chaude, je profite et prolonge cet instant de détente en prévision d’une journée certainement fatigante. Je sors enfin, me sèche les cheveux, les coiffe en chignon, me maquille légèrement, juste un peu de fond de teint, du fard à paupières pâle et du mascara.

Je sors de la salle de bain et vais m’habiller, un pantalon noir et un chemisier blanc, je passe un gilet noir par-dessus. Je n’ai pas encore mon uniforme.

5h30, j’hésite à mettre mes chaussures ou descendre en chausson, voire pieds nus. Je reste prudente et mets mes ballerines noires. Je regarde le plan des pièces de la maison pour vérifier le chemin et descends pour le petit-déjeuner. Je traverse les couloirs encore plongés dans la pénombre, tout est calme. Je ne croise personne. Je fais appel à ma mémoire et retrouve la salle à manger des employés. Certains sont installés, je leur adresse un bonjour, pas de réponse. Une tasse de thé, des tranches de pain de mie grillées, du beurre et de la confiture de fraises, j’ai toujours adoré le thé et le pain de mie en Angleterre, croustillant, fondant. Je m’installe à l’immense table et croise le regard de mes nouveaux collègues, je leur adresse un sourire timide, mais encore une fois, ils ne me répondent pas. Ils sont très calmes, plus calmes qu’au dîner, l’heure matinale a eu raison de leur dynamisme. Je finis rapidement mon petit-déjeuner. Bien tentée par les céréales et le jus d’orange frais, je préfère m’abstenir pour aujourd’hui. Je quitte la pièce et entends l’un d’eux s’adresser aux autres.

— On pourrait être plus sympa avec elle.

— Pourquoi faire ? Dans une semaine, elle est partie !

Je m’attarde un instant dans le couloir.

— Peut-être pas !

— Mais si, elle fera comme les autres ! Et puis Claire veut le poste, on a dit qu’on l’aiderait !

— OK, j’ai rien dit. À tout à l’heure.

J’entends des pas s’approcher de la porte, j’avance rapidement, mais je ne me suis pas suffisamment éloignée pour ne pas éveiller les soupçons sur le fait que j’ai entendu leur conversation. Mon collègue me fixe, méfiant, je baisse les yeux et rougis, coupable.

De retour dans ma chambre, 5h50, je me brosse les dents, vérifie mes cheveux, mon maquillage et ma tenue. Je n’ai pas le temps de m’attarder sur ce que je viens d’entendre. 5h56, je m’assieds sur le lit et attends Marie qui doit venir me chercher à 6 heures.

Mon réveil affiche 5h59, quelqu’un frappe à la porte, je sursaute et mon cœur s’accélère. Je me lève, ouvre la porte, une dame d’une soixantaine d’années se tient debout devant moi. Elle se présente en anglais comme étant la gouvernante. Elle est vêtue d’une jupe noire descendant un peu en dessous des genoux, d’un chemisier blanc et d’une veste noire. Ses cheveux sont remontés en un chignon soigné, son maquillage est discret. Je me félicite d’avoir opté pour quelque chose d’assez similaire.

Nous descendons et allons dans un petit bureau. Pas d’insigne sur la porte, j’entre et découvre une pièce ornée d’une tapisserie crème, d’une moquette sombre, vert et rouge, d’une grande fenêtre et devant elle un bureau en bois, certainement du chêne. Les autres meubles sont également en bois. Ils ont tous le même motif floral incrusté. Deux fauteuils se font face de chaque côté du bureau. Elle m’invite à m’installer et commence à m’expliquer en quoi vont consister mon poste et ma formation durant le prochain mois.

— Comme je vous l’avais mentionné lors de notre entretien téléphonique, votre rôle principal sera d’assister Monsieur : gérer le personnel, les plannings, la vérification de leur travail, etc. Assurer une maison et des jardins propres et entretenus en tout temps et enfin organiser, préparer et veiller au bon déroulement de chaque événement. Vous devez savoir absolument tout faire dans cette maison. Le ménage, la cuisine, le jardin, connaître les points sensibles de la surveillance du domaine, intérieurs et extérieurs, connaître le personnel, les invités et surtout connaître et anticiper les besoins et demandes de Monsieur. Nous allons débuter votre formation par l’entretien. Je vais commencer par prendre vos mesures pour votre uniforme. Préférez-vous une jupe ou un pantalon?

— Je préfère un pantalon.

— Très bien, je vous ferai quand même préparer les deux, l’été vous pourriez apprécier une jupe. Vous aurez du rechange, surtout en chemisier, afin que vous puissiez vous changer plusieurs fois par jour si besoin. Il faut garder une tenue convenable en toutes circonstances.

— Merci.

— Aujourd’hui, nous allons principalement visiter la maison et les jardins, rencontrer le personnel présent et commencer par l’aspect technique du ménage. Vous savez certainement passer l’aspirateur et le balai, mais il vous faut apprendre quel produit utiliser pour quelle surface, faire les vitres sans laisser aucune trace, et ainsi de suite.

— Très bien.

— Lorsque nous aurons terminé l’entretien, nous passerons à la cuisine, vous devez connaître où se situe chaque chose, établir la liste des courses avec les cuisiniers, gérer le budget, et le plus important être capable de cuisiner parfaitement quelques plats au cas où il y aurait un besoin en cuisine. J’allais oublier et bien sûr servir les plats. Avez-vous l’habitude de cuisiner ?

— Pas énormément, non.

— Nous verrons cela ensemble, ensuite, je vous apprendrai l’essentiel du jardinage. Les jardiniers finiront votre formation après mon départ si nous n’avons pas tout vu.

Je hoche la tête.

— Et enfin, nous passerons la plus grande partie du mois à organiser l’événement prévu le samedi 27 avril. Ainsi vous apprendrez à prendre en charge la mise en place et connaître vos invités. Dans ces armoires, vous avez les fiches de chacune des personnes amenées à venir ici, elles sont à tenir à jour, et à compléter à chaque nouvel invité. Monsieur souhaite que nous connaissions bien nos convives. Vous ne pouvez pas accueillir un chef d’entreprise comme un comte.

— Non, évidemment.

— Vous devrez connaître toutes ces fiches par cœur, vous pourrez en emmener dans votre chambre, dès ce soir. Commencez par ceux prévus ce mois-ci et lors du prochain gala. Ensuite, vous complèterez votre formation au fur et à mesure. Rassurez-vous, ce sont souvent les mêmes qui reviennent. Monsieur a peu d’amis, mais les mondanités imposent d’inviter certaines personnes, que vous les appréciiez ou non. Monsieur aime que tout soit fait dans les règles.

— Je comprends.

— Le dernier aspect de votre formation, que nous verrons ensemble, concerne Monsieur. Je vous expliquerai au fur et à mesure, les points importants à connaître, ses habitudes, ses besoins, ses souhaits, ses demandes fréquentes, et également les interdictions. Monsieur souhaite avoir un résumé chaque soir de la journée écoulée. Pour l’instant, je le ferai moi-même et seule. Les dernières semaines, vous serez présente et enfin le ferez vous-même. Avez-vous des questions ?

— Non pas pour l’instant, mais je n’hésiterai pas à vous les poser lorsque j’en aurai.

— Parfait, alors allons-y, il est déjà 6h30, nous n’avons pas de temps à perdre, je vais prendre vos mesures, ensuite nous irons visiter le domaine.

Pendant que Marie prend mes mesures, je laisse mes pensées divaguer. Je n’aurai pas le temps de m’ennuyer ici. C’est exactement ce qu’il me faut.

Les mesures prises, nous partons visiter la maison. Le ciel s’éclaircit doucement derrière les nuages. Les femmes de ménage sont déjà en plein travail. Marie regarde sa montre en permanence. La visite nous prend presque une heure. Elle me détaille chaque pièce, m’explique où mène chaque porte, sur quel côté de la maison donnent les fenêtres et me présente chaque personne que nous rencontrons, le personnel comme les quelques portraits sur les murs. Nous arrivons près des portes qui donnent sur le jardin. Marie regarde sa montre : 7h45.

— Monsieur commence son jogging, actuellement il doit avoir avancé sur la partie droite du jardin, nous allons emprunter le même chemin.

Nous avançons, elle m’explique les garages, en réalité d’anciennes écuries. Nous entrons dans celui des invités qui est vide, celui des employés où de nombreuses voitures modestes et plusieurs motos sont entreposées.

— Votre voiture va être nettoyée aujourd’hui.

En effet, elles sont toutes brillantes sauf la mienne. Les nombreux kilomètres sous la pluie auront eu raison de la propreté de ma carrosserie.

Et enfin, le garage de Monsieur, de magnifiques voitures les unes à côté des autres, une Ferrari rouge, une Porsche grise, une limousine et quelques-unes dont je ne reconnais pas la marque.

— Monsieur n’a que quelques véhicules, il n’est pas collectionneur.

J’aimerais connaître le prix de ces « quelques véhicules ». Nous ressortons, Marie regarde sa montre. Nous traversons les chemins, je vois les pelouses impeccables, les fleurs magnifiques tandis que le printemps n’est pas encore là. Nous approchons une petite maison, une première dépendance pour les invités, plus loin, une seconde, les jardiniers et femmes de ménage dorment là-bas. Nous continuons, et entrons dans les écuries, deux chevaux y habitent à temps plein.

— Ce sont deux pur-sang, Miss Wendy et Millésime. Monsieur fait du polo et parfois de la chasse à courre, me précise-t-elle.

Nous arrivons à l’orée d’une petite forêt, nous suivons la courbe du chemin et laissons le bois derrière nous. Le domaine s’étend sur plusieurs hectares. Nous voilà finalement face au château. Maintenant, il fait jour et un rayon de soleil perce les nuages, il tombe sur le toit. J’observe ce domaine immense, les pelouses magnifiquement vertes et profite du paysage, je laisse mon regard aller à sa guise. C’est alors que j’aperçois une silhouette au loin qui nous précède, il court faisant face à sa demeure. Monsieur est sportif. Un petit vent frais me caresse la joue. Je frissonne et rejoins Marie qui est déjà quelques mètres devant moi. Nous continuons et finissons par longer les murs afin d’arriver sur le devant du château, nous rencontrons le garde à l’entrée. Marie m’explique que même s’il n’y a jamais eu d’incident, Monsieur préfère que les portes soient gardées.

Nous finissons le tour du terrain et rentrons par la petite porte de la buanderie sur le côté du grand escalier de pierre. Marie nettoie ses chaussures et m’invite à faire de même. Elles ne sont pas très sales grâce au sentier orné de petits cailloux gris, mais le « parfaitement propre » est de rigueur ici.

Je regarde ma montre, il est 8h45. Nous avons mis une heure à faire le tour du jardin et autant pour la maison. Marie me propose un thé, j’accepte volontiers. Le vent est frais et l’air est humide, j’ai les doigts gelés. Nous arrivons dans les cuisines et dix minutes plus tard, nous repartons.

Il est 9 heures, nous commençons le ménage. Marie me montre où se situe l’aspirateur de cette pièce. Avec une telle maison, des placards dissimulés un peu partout renferment les ustensiles nécessaires à l’entretien. Nous commençons par un des salons. Marie m’indique que chaque salle est nettoyée de la même manière et avec les mêmes produits. Elle m’explique les horaires à respecter en fonction des habitudes de Monsieur, il ne faut pas le déranger et s’adapter à son emploi du temps comme de petites mains invisibles.

L’heure du déjeuner arrive. Mes genoux sont rouges, mon dos me fait souffrir, j’ai mal aux bras. Marie quant à elle, semble en pleine forme. Quelque part, cela me rassure, je m’y habituerai certainement. Nous prenons notre repas rapidement et seules, dans une salle à manger encore vide et poursuivons ensuite ma formation. Encore plus de moquettes à aspirer, de vitres à nettoyer, de meubles à dépoussiérer, de bois à cirer et de lustres à faire briller.

Je remarque que nous ne sommes que deux à chaque moment de la journée. Comme si ma formation était secrète. Pas une seule fois, nous ne croisons Monsieur. Le soir venu, Marie m’annonce que notre journée de ménage s’arrête là. Il est 17 heures. Elle m’invite à aller me reposer si je le souhaite et à aller dîner. Elle me donne rendez-vous à 18h30 dans son bureau.

De retour dans ma chambre, j’ai l’impression de l’avoir quittée depuis une semaine. Je vais dans la salle de bain, me rafraichis un peu et ne peux m’empêcher de m’allonger quelques instants sur mon lit. Je ferme les yeux, et les rouvre en sursaut, 17h45, je dois aller dîner. Je me lève difficilement et retrouve mon chemin vers les cuisines. Marie n’est pas là. Personne ne répond à mon « bonsoir ». Je décide de m’installer seule à une table. Ils m’ignorent, très bien, autant leur rendre la tâche plus facile. Une soupe bien chaude réchauffe mon cœur et mon esprit fatigués. 18h25, je pars rejoindre Marie dans son bureau. Fière d’avoir trouvé sans m’être égarée. Souriante, je frappe à la porte.

Marie vient m’ouvrir, m’offre de m’installer face à elle et m’explique le programme du lendemain. Mon cerveau ne retient qu’un mot : Ménage.

Elle me confie des fiches, j’y vois des noms : Mr Adams, Mrs Bradford,… Je dois commencer à les étudier ce soir. Marie me les donne dans leurs boîtes, il y en a environ deux cents, « seulement », d’après Marie.

19h30, je sors de son bureau, mon futur bureau, et me dirige vers ma chambre, les mains pleines de boîtes, elles-mêmes pleines de noms. Je m’installe sur le fauteuil à côté des fenêtres, pose les boîtes et en ouvre une. Elle m’a donné la liste des invités du prochain événement. Je prends la fiche correspondante au premier nom.

Mr Hadrien Williamson : friends since college

CEO of a Telecom Company

Married to Diana

Two children: Eleonore (1999) and Henry (2002)

 

Je lis quelques fiches, tente de retenir les informations annotées sur chacune d’entre elles. Je remarque que seuls titres, fonctions et situations familiales sont indiqués, ainsi que quelques brèves informations sur les enfants. Je suis soulagée, elles devraient prendre peu de temps à apprendre, mais je ne connaîtrai pas réellement les invités avec ces descriptions sommaires.

20h30, la fatigue commence à se faire sentir, je décide de me faire couler un bain. J’ai vu ce matin, en ouvrant un placard, des billes de savon ainsi que du bain moussant. Deux parfums sont à ma disposition, pêche et fraise. Je choisis fraise. L’odeur de la pêche me rappelle trop de souvenirs avec Anthony que j’essaie d’oublier. L’arbre magique pendu à son rétroviseur avait cette odeur, ses habits en étaient parfumés. Je chasse cette pensée et ouvre les robinets. Je laisse l’eau couler. J’éteins le plafonnier et ne laisse que les petites lumières au-dessus des deux vasques. Quelques minutes plus tard, je me glisse dans l’eau très chaude comme sous une couette. Je ferme les yeux et laisse mes muscles se relâcher. Mes douleurs s’amenuisent peu à peu, je me détends.

Mes idées s’échappent et je me vois descendre l’escalier majestueux, pieds nus et vêtue d’une robe somptueuse. Il est là, à la porte d’entrée, m’attend les yeux pleins d’étoiles. Il me manque, je sais que j’ai pris la bonne décision, mais je ne peux m’empêcher de penser encore à lui. Une larme rejoint l’eau chaude de mon bain et je décide qu’un petit rêve ne peut pas me faire de mal. Cette robe est magnifique, Anthony est lui-même très beau dans un costume noir. La limousine nous attend dehors, il m’ouvre la portière, je m’assieds avec élégance. Le chauffeur nous conduit, je déguste une coupe de champagne et me tourne vers mon compagnon de rêve. Mais il ne s’agit plus de l’homme que j’aime, mais de Monsieur. Il me regarde, il s’approche, ses yeux bleu-gris me fixent puis se ferment et je sens ses lèvres chaudes se poser sur les miennes. D’un bond, j’ouvre les yeux, les lèvres chaudes n’étaient autre que l’eau venue recouvrir les miennes, au fur et à mesure que mon corps glissait. Je décide de sortir du bain, je m’endors, ce n’est pas prudent. Je sors de l’eau et vide la baignoire, j’y laisse mes douleurs et mes rêves, aussi étranges soient-ils.

Quelques minutes plus tard, je suis dans mon lit. Je ferme les yeux, le même rêve revient à mon esprit, je le chasse et m’endors après quelques instants.

Je me réveille vers 2 heures, j’ai faim. J’hésite et finalement me décide à sortir de mon lit et à me rendre aux cuisines. Mon estomac de Française n’est pas encore habitué à dîner si tôt. Habillée d’un pantalon ample rouge et blanc et d’un sweat noir, je descends pieds nus, éclairée par la lumière de mon portable. J’espère ne croiser personne, je ne suis pas certaine d’avoir le droit de déambuler dans les couloirs la nuit et encore moins dans cette tenue peu professionnelle. J’avance dans la pénombre et tandis que j’arrive à quelques mètres de la cuisine, j’entends un bruit derrière moi. Je sursaute et me retourne d’un bond, personne. Je continue mon chemin, arrivée aux portes de la cuisine, je sens comme une présence derrière moi, je me retourne à nouveau, mais ne vois toujours personne. J’entre, allume et referme la porte aussitôt. J’ouvre les placards, le réfrigérateur, rien ne me tente. Je prends finalement un morceau de pain et quitte la pièce avec précaution. J’éclaire le couloir de chaque côté, personne. Je me dirige rapidement vers l’escalier et manque de rater une marche, il me semble avoir de nouveau entendu un bruit. Ou est-ce mon pied lorsqu’il a heurté la marche ? J’accélère, regarde par-dessus mon épaule plusieurs fois et arrive enfin dans ma chambre. Je mange mon morceau de pain et me rendors difficilement jusqu’au lendemain, en laissant la lumière de ma lampe de chevet allumée.

Le samedi commence dès 6 heures par ma formation concernant le nettoyage des lustres. Tâche délicate puisque la hauteur ne rend pas les choses faciles. Je passe ensuite l’après-midi à polir les couverts et autres décorations en cuivre, étain et argent. Je ne peux m’empêcher de penser que tout cela est très vieillot et mériterait un petit relooking plus moderne. Marie est très silencieuse en dehors des informations techniques et lorsque j’ai, malgré moi, commencé à chantonner doucement, elle m’a vite demandé de travailler en silence. L’heure du dîner est finalement arrivée, je me suis assise seule à la même place qu’hier soir, j’ai mangé rapidement, en écoutant mes collègues parler de leur sortie du soir. Au moment de quitter la pièce, je leur adresse un bonsoir n’attendant aucune réponse, mais contre toute attente, l’un d’entre eux m’interpelle.

— Hey ! Tu veux venir avec nous au pub ce soir ? propose Ian, le cuisinier.

— Oui, pourquoi pas.

— OK, rendez-vous à 19h15 dans l’entrée.

— OK, j’y serai.

Je suis agréablement surprise et souris en quittant la pièce, pensant que les choses s’améliorent. Mais je redescends vite de mon nuage, lorsque je les entends rire aux éclats tandis que je ferme la porte. Je me prépare sans trop y croire, m’attendant au pire, mais bien décidée à leur montrer qui je suis. Je suis presque prête quand mon portable affiche 19h, le rendez-vous est dans 15 minutes, je m’assieds sur le lit. J’entends du bruit dans l’entrée puis des voitures qui passent en dessous de ma fenêtre, je m’approche et vois mes collègues qui s’éloignent, agitant les bras par leurs vitres en guise d’au revoir à mon intention. Je pose ma veste sur le fauteuil, me rassois sur le lit et laisse échapper une larme. Je prends mon téléphone portable et envoie un SMS à Laure.

— Qu’est-ce que tu fais ?

Pas de réponse. Je le garde dans les mains, les yeux dans le vague, j’attends une minute, puis deux, puis cinq, toujours pas de réponse. Je me lève, vais dans la salle de bain, me démaquille et me mets en pyjama. 19h30, je suis assise dans mon lit. Nous sommes samedi soir et je regrette mon choix. Je meurs d’envie d’envoyer un SMS à Anthony, mais je l’imagine avec Anna, et m’abstiens. Je ne veux pas paraître désespérée même si c’est exactement l’état dans lequel je me trouve. Mon portable émet un léger bip, Laure me répond, j’espère pouvoir me confier à elle pour égayer ma soirée.

— Je suis en famille, on se parle lundi ?

— OK, bon week-end.

J’enfouis ma tête dans l’oreiller et pleure de toutes mes forces. Ce n’est pas le renouveau que j’espérais. Je m’endors difficilement, je me pose beaucoup de questions sur les raisons de mon départ et tente de me convaincre de tenir encore quelque temps ici. Je ne veux pas vivre un échec professionnel après mon échec sentimental. Ça ne ferait que confirmer ce que pensait mon entourage. Ils m’ont tous déconseillé de partir, je fuyais Anthony, j’arrêtais mes études à cause de lui, j’étais la seule enthousiaste par ce départ précipité. Revenir si tôt confirmerait ce que mes parents et mes amis me disaient. Seule Laure m’a soutenue, mais je sais qu’elle était d’accord avec le reste de mes proches.

Je passe toute la journée du dimanche dans ma chambre mis à part pour les repas. Je descends tardivement le midi comme le soir afin de ne pas croiser mes collègues dans la salle à manger. J’ai lu toutes les fiches deux fois. J’ai fait une sieste pour récupérer de ma nuit agitée, appelé mes parents quelques minutes pour ne pas ruiner mon forfait en tentant de sembler enjouée par cette nouvelle expérience et me suis ennuyée à mourir le reste du temps en étant presque pressée pour la première fois de ma vie que lundi arrive afin d’avoir une occupation.

Cela fait maintenant une semaine que je suis ici. Cette première semaine a été marquée par le ménage, les courbatures, les douleurs au dos, la fatigue et beaucoup d’informations à retenir. Je n’ai jamais croisé Monsieur, je ne l’ai aperçu qu’au loin par la fenêtre lors de son jogging matinal. Je ne croise mes collègues que lors du petit-déjeuner et du dîner. Ils m’ignorent, j’en fais de même. Je me sens tout de même assez seule. Je tente de ne pas être touchée par leur conduite, mais je ne compte pas me laisser impressionner ou décourager par ce genre d’attitude puérile. La seule personne avec qui j’ai des échanges est Marie, mais ils ne concernent que ma formation dont elle s’occupe elle-même. J’apprends beaucoup de choses techniques sur l’entretien d’une maison, mais je m’attendais à autre chose en arrivant ici. Les jours défilent vite et finalement une routine s’installe dans les tâches que j’exécute, dans mes activités quotidiennes et dans ma solitude. Ma seule bouffée d’oxygène est Laure, fidèle à elle-même. Tous les soirs, lorsque je rejoins ma chambre, je découvre des messages envoyés sur mon portable, des photos de ce qu’elle a mangé, de nos amis, en train de trinquer à ma santé, même un selfie d’elle à la bibliothèque. Il faut dire que je l’ai laissée dans un beau pétrin en quittant l’Université, du jour au lendemain. Nos dossiers ne sont pas terminés et elle est maintenant seule à travailler dessus.

— J’ai besoin de tes compétences, ma poulette ! T’es dispo quand pour un Skype ?

— Je n’ai pas accès à internet pour l’instant, mais dès que ma boss est à la retraite, je pourrai me connecter comme je veux. Je suis désolée, tu vas devoir attendre deux semaines encore. Ça ira ?

— Je vais me débrouiller d’ici là, t’inquiète ! Comment ça se passe dans ton château, toujours aussi glauque ?

— Oui, mes collègues m’ignorent toujours et je ne croise jamais le patron.

— Sympa l’ambiance ! T’es sortie un peu ?

— Non, il pleut tout le temps, c’est déprimant !

— Je vais pas enfoncer le clou, mais t’aurais dû rester avec moi ! On s’en fout qu’Anthony soit un salaud. On se serait éclatées toutes les deux comme au bon vieux temps, on serait sorties, t’aurais retrouvé un mec, et t’aurais oublié l’autre con.

— Merci de me remonter le moral !! Tu sais que j’avais besoin de partir un peu. Et puis, si les choses ne s’arrangent pas, je rentrerai. Ne dis rien à mes parents, stp, je leur dis que tout va bien. J’ai vraiment pas besoin de leur morale en ce moment.

— Pas de soucis, tout va bien dans le meilleur des mondes pour leur bébé parti se jeter dans l’antre de la bête !

— Ah,ah,ah, très drôle ! Allez bonne nuit ma Laurette !

— Bonne nuit, Cendrillon !

Cette nuit-là, je tente à nouveau une sortie vers la cuisine. Mon estomac crie famine et je ne compte pas laisser quelques craquements me faire mourir de faim. Je m’éclaire de la lampe torche de mon téléphone portable. Arrivée en bas des escaliers, pas de bruit, pas de fantôme. J’arrive légèrement moins tendue, attrape un morceau de pain et repars, je n’ai pas très envie de traîner ici. Je fais rapidement les quelques mètres qui me séparent de l’escalier et crois voir une ombre se déplacer furtivement derrière moi. Je monte l’escalier à toute vitesse et m’enferme dans ma chambre. Comme si une serrure pouvait empêcher un spectre de passer. J’allume toutes les lumières de ma chambre et de la salle de bain. Je lutte afin de rester éveillée et succombe finalement. Je me réveille vers 5 heures, les lumières sont restées allumées toute la nuit. Je me lève difficilement, aujourd’hui, je vais assister au petit résumé que Marie fait tous les jours en fin d’après-midi à Monsieur. Je vais enfin le voir en face à face pour la première fois depuis mon entretien, il y a déjà deux semaines.

La journée passe et nous voilà devant le fameux bureau vert. Marie sonne.

— Come in !

Nous entrons, elle avance de quelques pas, je la suis, elle s’arrête face à Monsieur et attend qu’il l’invite à parler. Lorsqu’il lui fait signe, elle explique, en anglais, le déroulement de la journée.

— Nous avons poursuivi la formation d’Allie, nous avons surtout vu l’aspect administratif aujourd’hui, planning, gestion du personnel et du budget notamment pour les cuisines. Les femmes de ménage ont effectué toutes les tâches prévues pour la journée, les jardiniers également. Rien à signaler du côté des gardes. Nous avons reçu de nouvelles réponses pour l’événement d’avril. Nous serons très certainement une quarantaine. Nous allons rapidement passer à cet aspect de la formation d’Allie afin qu’elle sache organiser les soirées prévues. Avez-vous des questions, Monsieur ?

— Non, vous pouvez disposer.

Il n’a pas levé la tête un seul instant, en pleine étude de je ne sais quel document. Pourquoi demander un tel résumé s’il n’écoute pas ? Nous repartons aussitôt et Marie me dit que notre journée s’arrête là. Je retourne dans ma chambre, j’irai dîner à l’heure française, au moins je ne croiserai personne.

Une semaine, deux semaines, un mois, le temps est finalement passé assez vite. Depuis deux semaines, je fais le rapport de la journée chaque soir dans le bureau de Monsieur, d’abord avec Marie et seule depuis son départ, il y a deux jours. Je suis très impressionnée par Monsieur. Je ne reste que quelques minutes, mais je me sens stressée comme un acteur avant une représentation. J’ai les mains moites, je les garde derrière mon dos afin qu’il ne s’aperçoive pas qu’elles tremblent. Il n’est pas méchant, en fait, il parle peu, il m’écoute seulement, enfin, je pense. La plupart du temps, il reste les yeux rivés sur ses dossiers, c’est d’ailleurs la situation que je préfère. Je perds mes moyens lorsque ses yeux me fixent, son regard perçant me déstabilise. Hier, lors de mon premier rapport de journée, seule, il m’a adressé la parole pour la première fois depuis mon entretien, il souhaite que nous échangions en français. J’avais répété mon texte en anglais et étais un peu déçue, pour une fois que j’ai l’occasion de dire quelques phrases dans ma longue journée de solitude, je dois les dire en français. J’ai eu un peu peur du départ de Marie, mais finalement, mes collègues, qui m’ignorent toujours, connaissent tellement bien leur poste qu’ils n’ont pas besoin d’être dirigés. J’ai la chance qu’ils soient très respectueux de Monsieur, ils semblent vouloir bien faire leur travail pour le satisfaire pleinement. Je n’ai quasiment pas besoin d’intervenir. En ce qui les concerne, je ne sers qu’à vérifier que tout est fait et bien fait, nos échanges sont donc limités au minimum. Finalement, la situation est moins difficile à gérer que je ne pouvais l’imaginer. Une routine s’est installée et leur attitude à mon égard en fait partie. J’organise mes heures de repas en fonction des leurs et ne leur adresse la parole que pour des besoins professionnels, ça semble convenir à tous. Je pense qu’ils sont surpris de me voir tenir, ils ne me donnaient pas une semaine, pourtant un mois est passé, ma période d’essai est terminée et je suis maintenant leur responsable, qu’ils le veuillent ou non.

Chapitre 1: Jeudi 28 février 2013: Jour J

Je passe la porte d’entrée, elle me fait signe de la suivre. J’entre dans le vestibule alors que la pluie tombe de plus en plus fort. Un courant d’air froid me fait frissonner lorsque le portier la referme derrière moi. Le temps a été maussade pendant les nombreux miles que j’ai parcourus depuis ce matin à la sortie du bateau. J’ai quand même fini par trouver ce manoir perdu au milieu de nulle part. Après m’être présentée, hésitante, à l’immense grille noire, l’un des gardes, me scrutant de haut en bas, m’a ouvert la porte et indiqué le chemin. J’ai roulé lentement sur l’allée de cailloux, observant les pierres du château, grisées par le temps. J’ai garé Philibert, ma petite citadine rouge, au pied de l’escalier principal, j’ai gravi, doucement malgré la pluie, les marches de pierre et ai toqué à la grande porte avec appréhension.

— Je m’appelle Claire, Monsieur va vous recevoir. M’annonce-t-elle en anglais.

Angoissée, impatiente, j’ai les mains moites. Je dois obtenir ce job, il le faut.

J’entre dans un bureau immense et sombre. Les fenêtres sont interminables et leurs rideaux n’en finissent pas. Quelle horreur ce vert ! Je chasse cette pensée de ma tête et avance de quelques pas. Mon futur est assis au centre de cette salle, j’entrouvre les lèvres pour lui adresser les politesses d’usage, lorsqu’il s’adresse à quelqu’un d’autre. Personne dans la pièce, la demoiselle a refermé la porte en partant. Il est au téléphone, le regard baissé, concentré. J’attends.

Finalement, il me fait signe de m’asseoir, toujours sans m’adresser le moindre regard. Je m’exécute. J’observe cette immensité, dans laquelle un bureau a été placé en plein centre. Tout est en ordre, à sa place. L’homme qui me reçoit semble avoir entre 40 et 50 ans, quelques cheveux blancs épars viennent éclaircir sa chevelure noire.

— Alright. Il raccroche le combiné. Rappelez-moi votre prénom, demande-t-il sèchement.

Il lève les yeux. Surprise, je sursaute et détourne rapidement le regard. Il a coupé la conversation, sans même un au revoir, froid et autoritaire. Il me parle en français avec un léger accent, je pensais que l’entretien serait en anglais.

— Votre prénom ? s’enquiert-il à nouveau, ses yeux trahissent une certaine impatience.

— Allie.

— Bien Allie, j’ai rapidement vu votre CV, je ne veux pas savoir ce qui vous amène ici aujourd’hui ni vos motivations. Marie a déjà vu cela avec vous par téléphone, elle pense que vous ferez l’affaire et je lui fais confiance. J’ai simplement deux questions pour vous : acceptez-vous les missions du poste ?

Son ton est monotone, il marque à peine l’interrogation, il semble réciter son texte. Je ne parviens pas à définir s’il a peu de temps à m’accorder, s’il est blasé ou juste naturel.

Il me dévisage avec ses yeux bleu-gris. Son regard est profond et impénétrable. Il hausse un sourcil. Il attend ma réponse.

— Oui, dis-je fébrilement.

Sans réaction, il me pose la seconde question.

— Êtes-vous prête à adopter une attitude respectueuse en tout temps à mon égard et à vous conformer aux règles ?

Cette question me donne un frisson. J’ai l’impression d’être une collégienne dans le bureau du principal. La tête baissée, les mains sur les genoux et les yeux mouillés par la honte. L’image me fait sourire. Je me reprends aussitôt. J’acquiesce.

— Très bien, voici le contrat, signez en bas. Claire vous indiquera votre chambre et ma gouvernante, Marie, vous formera dès demain et pendant un mois. Ensuite, elle prendra sa retraite, vous serez donc en charge de la maison. Des questions ?

— Non.

— Non, Monsieur, rectifie-t-il.

Son regard est perçant.

— Non, Monsieur, je me reprends nerveusement.

J’attrape maladroitement le stylo. Il m’observe et je rougis malgré moi. Je signe le contrat en deux exemplaires. Il vérifie, m’en tend un et appuie sur un bouton. Claire apparaît.

— Lisez-le, c’est important.

— Oui.

Il hausse un sourcil.

— Oui, Monsieur, dis-je timidement.

D’un geste de la main, il me congédie. Ses yeux restent posés sur moi tandis que je me lève et rejoins Claire. Je le salue d’un signe de tête en quittant la pièce, gênée par son regard insistant.

Elle me précède dans l’obscurité du couloir, il pleut toujours et la nuit est tombée. J’aperçois un salon immense plongé dans le noir. Les fenêtres sont démesurées, les lustres titanesques et les meubles imposants : rien de moderne, rien de modeste. L’escalier est colossal, les marches sont en marbre, surplombées d’une moquette épaisse de couleur grenat, moelleuse sous mes pieds. Au fur et à mesure que je monte, j’ai la sensation de marcher sur un nuage, j’imagine qu’il est interdit d’y marcher pieds nus. Je vais m’installer et partirai à la découverte de cette gigantesque demeure. Nous arrivons au bout d’un second couloir. Claire ouvre une porte et m’indique qu’il s’agit de ma chambre.

J’entre, elle doit faire quarante mètres² à elle seule. J’avance, décidément le vert et le rouge sont déclinés dans toutes les pièces. Le lit est assez grand pour quatre personnes comme moi. Une armoire monumentale en bois, ornée de plusieurs miroirs, lui fait face, un quart de ce meuble suffit à entreposer ma vie entière. Le sol est recouvert d’une moquette verte et rouge à motifs et les murs d’une tapisserie aux lignes des deux mêmes couleurs. À l’autre bout de la pièce, une porte, je découvre une salle de bain peu éclairée, au centre, une baignoire à l’ancienne avec quatre pieds. Il y a également une large douche à l’italienne ainsi que deux vasques et un chauffe-serviettes sur lequel attend un peignoir bleu et blanc.

Claire m’explique les horaires des repas du personnel et à qui m’adresser en cas de besoin. Un dossier épais, reprenant tous les détails de ma future vie ici, est à ma disposition dans le tiroir de la table de chevet. Marie viendra me chercher demain à 6 heures et commencera ma formation. Je pose quelques questions. L’air un peu hautain, Claire n’en est pas moins souriante, elle doit avoir quelques années de moins que moi, peut-être 20 ou 22 ans. Elle est assez mince, ses cheveux blonds sont remontés en chignon et quelques taches de rousseur ornent son visage.

Elle s’approche de la porte, fait mine de partir et finalement se retourne.

— Qu’en avez-vous pensé ? Il est charmant, non ? Ici, nous craquons toutes pour lui, me confie-t-elle.

De qui parle-t-elle ? De Monsieur ? Les trois minutes de ce qui semblait être un entretien m’ont laissé un sentiment glacial.

Claire me montre la sortie, je reprends ma voiture afin de la mettre au bon endroit. Elle doit être garée dans le garage des employés, un peu éloigné de la maison, ou plutôt devrais-je dire du château. Je porte ma valise à bout de bras, le sol est trempé par la dernière averse. L’homme de main vient à ma rencontre, il propose de m’aider, je décline poliment son offre. Je n’ai emporté qu’une seule valise et un sac à dos. L’annonce indiquait : « Uniforme fourni ».

Je rejoins ma chambre, il me faut peu de temps pour ranger mes affaires et prendre mes marques dans cette immensité. Mon dernier appartement me semble minuscule maintenant. Je découvre également un balcon donnant sur le jardin et une porte menant au toit. Je monte, des chaises longues mouillées sont installées. Tout est très propre. Les employés du château doivent y venir pendant leur temps libre.

Je redescends, m’installe sur mon lit et commence à lire la Bible du bon employé. Tout y est, les horaires à respecter, le plan de la maison, enfin, de cette gigantesque demeure. Y sont dessinés : une immense cuisine, trois salles à manger, trois salons, de nombreuses chambres et autant de salles de bain, deux bureaux, deux terrasses immenses, plusieurs dépendances pour loger employés ou invités. Il y a aussi une salle de réception, comme une mini galerie des Glaces. Monsieur ne se refuse rien. Deux salles de sport, différenciées par Nord (pour les employés) et Sud (réservée à Monsieur), une piscine couverte au sous-sol également réservée à Monsieur. Une cave, trois garages, un pour les employés, un pour les invités et un pour Monsieur. Une buanderie, une salle de repos pour les employés ainsi que le toit qui semble avoir la même utilité. La liste n’en finit plus. Je vais devoir jouer les vacancières et prendre un plan à chaque déplacement. Je prendrai aussi un appareil photo, quitte à ressembler à une touriste, autant l’être jusqu’au bout !

L’heure du repas des employés arrive, Claire frappe à ma porte alors que je m’apprêtais à l’ouvrir. Elle est venue me chercher pour être sûre que je ne me perde pas. Je la remercie de l’attention, elle me répond que Monsieur reçoit des invités ce soir. Je comprends qu’elle a agi à sa demande, et non par gentillesse. Je ne dois pas déranger. Autant dire que la visite touristique est compromise.

Lorsque j’entre dans la cuisine, l’ambiance est bonne. Tous parlent anglais. Quasiment tous les employés sont présents à la table, nous sommes dans la salle à manger accolée à la cuisine. Seuls manquent à l’appel le garde à l’entrée et ceux qui sont de repos. Je compte quatorze personnes. Claire m’explique rapidement qu’ils sont une vingtaine, en comptant les femmes de ménage, les cuisiniers, les gardes, les jardiniers, deux chauffeurs, un homme de main, Marie la gouvernante et elle-même qui est son adjointe. Tout est prévu, les repos, les absences, il semble avoir assuré ses arrières. Claire ne me présente pas aux autres, elle finit de se servir et va s’installer entre deux de ses collègues. Je m’assieds en bout de table, tente de leur adresser un sourire, mais aucun ne me regarde.

Le repas ne s’éternise pas. Certains retournent travailler, d’autres vont se coucher en prévision d’une longue journée de travail, les derniers passent en salle de repos. Je semble invisible et me retrouve très vite seule assise à la table. Je suis un peu déçue de l’accueil et n’ayant pas d’autre choix, je retourne dans ma chambre. De toute façon, il me reste de la lecture à faire pour être prête demain.

Je m’installe confortablement sur le lit, allongée sur le ventre, le contrat devant les yeux.

Je ne signe jamais de contrat sans lecture préalable, mais j’étais tellement impressionnée que je n’ai pas réfléchi. J’entends la voix de mon père qui résonne dans ma tête : « Ne signe jamais rien, sans savoir ce que tu signes ».

Après les formules d’usage, je rentre dans le vif du sujet.

« Clauses principales :

L’employée fera preuve de respect et d’obéissance envers l’employeur.

L’employeur sera désigné par le nom de Monsieur.

Description du poste :

L’employée gérera le personnel de maison afin que le domaine soit parfaitement entretenu en tout temps, autant à l’intérieur du domicile que dans les jardins.

Chaque événement sera organisé par l’employée. L’employée devra très bien connaître les invités de Monsieur afin de leur réserver l’accueil en adéquation avec leur rang.

Interdictions :

Il est interdit de déranger Monsieur pendant qu’il reçoit des invités.

Il est strictement interdit d’entrer dans le bureau de Monsieur sans y avoir été invité et il en est de même pour toutes les pièces accessibles via le bureau de Monsieur.

Clause de confidentialité :

L’employée a l’obligation de respecter une clause de confidentialité en ce qui concerne le domaine et Monsieur. Aucune information ne pourra être divulguée sans autorisation préalable de Monsieur.

Aménagements pour l’employée :

La semaine de l’employée dure 6 jours. Les horaires sont variables en fonction des besoins de Monsieur.

L’employée dispose d’une chambre et d’une salle de bain privée, aucun invité ne sera toléré.

Les pièces réservées au personnel sont à disposition durant les jours et heures de repos.

Des congés annuels seront accordés à l’employée en fonction des différents événements importants prévus par Monsieur.

Durée du contrat :

À partir du 1er mars, une période d’essai d’un mois débutera. À l’issue de cette période d’essai, un préavis de deux mois est à déposer en cas de démission. Il n’est pas prévu de date de fin pour ce contrat.

Clauses annexes :

L’employée se doit de préserver sa santé, afin d’éviter toute absence ou contamination des autres employés ou de Monsieur.

D’autres clauses annexes peuvent être ajoutées au fur et à mesure du contrat.»

Je lève la tête un instant, je me sens comme Anastasia Steele dans Cinquante Nuances de Grey. Pour qui se prend-il ?

« L’employée fera preuve de respect et d’obéissance envers l’employeurL’employée se doit de préserver sa santé, afin d’éviter la contamination de Monsieur. »

Il est le « dominant » et je suis la « soumise ». Il est riche et peut tout se permettre. Certainement qu’il obtient toujours ce qu’il veut. Je me console, en me disant qu’au moins, il s’agit d’un contrat de travail et non d’un contrat entre amants. Peu importe, j’ai besoin de cet emploi, d’être ici, d’avoir l’esprit occupé. Je retourne à ma lecture et parcours les dernières lignes.

Il sera mon employeur dès demain, il me suffit de respecter ces quelques clauses et tout se passera bien. Il ne demande rien d’infaisable. Il semble juste un peu froid et autoritaire, mais ma première impression n’est peut-être pas la bonne. Claire le trouve charmant, il était peut-être préoccupé aujourd’hui. Demain sera un autre jour.

Il est tard, j’envoie un texto à mes parents.

— J’ai le job, je vais me coucher dans ma nouvelle chambre, la maison est immense. Je commence demain à 6h. Bisous et à bientôt.

Mon téléphone émet un léger bip.

— Félicitations, bon courage pour demain, passe une bonne nuit. Nous pensons fort à toi. Bisous.

J’envoie ensuite un message à Laure. Je me souviens de la première fois que j’ai rencontré Laure. Je venais d’arriver dans cette nouvelle école et je ne connaissais personne. À la récréation, j’étais assise seule dans un coin de la cour. Elle était arrivée vers moi et m’avait emmenée visiter l’école. Nous avions discuté de tout et de rien, elle avait parlé beaucoup, j’avais surtout écouté. En cinq minutes, je connaissais presque toute sa vie et même le nom de son chien. Ensuite, elle m’avait présentée aux autres élèves. « C’est Allie, ma nouvelle copine, elle est trop cool. » Et Alice était devenue Allie. Depuis, tout le monde m’appelle Allie, même mes parents. Après ça, nous avons traversé les classes, les années, le collège, le lycée et même la faculté. Même si nous n’étions pas toujours ensemble, nous nous retrouvions systématiquement lors des pauses et aux heures de repas. Nous avions emménagé dans le même appartement pour nos études et puis un jour, j’ai rencontré Anthony lors d’une soirée étudiante, Laure ne l’aimait pas plus que ça, mais elle ne me l’a jamais montré. Elle était soulagée lorsque je l’ai quitté. Après deux années de relation, cette décision a été difficile pour moi, même si c’était la meilleure chose à faire. Je suis restée quelques mois à le croiser avec Anna sa nouvelle copine, à souffrir de fréquenter toujours les mêmes lieux où j’avais des souvenirs avec lui, les mêmes bars, à le croiser au restaurant universitaire, à côtoyer nos amis communs. J’avais besoin de partir, m’éloigner, changer d’air. Laure va me manquer, je suis triste de l’avoir laissée en France.

— J’ai le job, ma Laurette !

— Well done, poulette ! Alors tu as rencontré ton prince, Cendrillon ?

— Non, je suis plutôt chez La Bête !

— Tant que ça ??

— Le manoir fait flipper, le proprio est glacial et mes futurs collègues ne me calculent pas.

— Quelle idée t’as eue ! Tu pouvais pas rester avec moi ?

— Non, tu sais bien que j’ai besoin de prendre l’air !

— Tu vas finir coupée en morceaux au fond d’une forêt, tu changeras d’avis sur ton envie de prendre l’air!

— Tu me vengeras ! Bon allez ma Laurette, je vais me coucher. Demain, debout 5h !

— Ouch ! Bon courage et bonne chance avec tes Britishs !

Mes pensées s’emmêlent : ai-je fait le bon choix ? Le temps me le dira.

J’éteins la lumière.