4 mois, c’est l’heure du bilan!

L’Iceberg et la Rose a été publié via la plateforme Amazon pour la première fois le 11 mars 2018. Aujourd’hui, cela fait donc 4 mois! Et alors, où en sont Allie et Dorian?

Je ne peux être que très satisfaite du démarrage de mon premier roman.

Du 11 mars au 11 juillet, L’Iceberg et la Rose c’est:

1779 lecteurs (principalement en France mais aussi aux Etats-Unis, en Allemagne et au Canada)

14 commentaires Amazon (tous 5 étoiles)

1003 amis sur le profil Facebook Julie Baggio Auteur

986 vues sur le blog: https://wordpress.com/post/jecrispourvousblog (la plupart en France mais également aux Etats-Unis, Inde, Maroc, Belgique, Irlande, Algérie, Espagne, Tunisie et Canada)

170 abonnés sur la page: https://www.facebook.com/licebergetlarose/

Et le meilleur classement de L’Iceberg et la Rose a été 39ème sur plus d’un million d’ebooks vendus sur Amazon! 39 ème !!!!!! Pincez-moi !!!

À très bientôt pour savoir comment l’histoire de L’Iceberg et la Rose est née.

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Absente pour de bonnes raisons ;-)

Mon dernier article date du 14 mai… oula!! C’est loin ça le 14 mai!

Mais qu’ai-je fait depuis tout ce temps?

Mes prochains articles à venir (très vite cette fois-ci) seront consacrés à un historique des 4 dernières années. Et oui, 4 ans! J’ai commencé à écrire L’Iceberg et la Rose en juillet 2014 et nous voilà déjà en juillet 2018!

D’abord un bilan des 4 derniers mois, L’Iceberg et la Rose (L’I&R) où en sont-ils?

Et puis quelques petites anecdotes sur comment j’en suis venue à écrire ce roman, quelles ont été les étapes clés, les erreurs, les bonnes surprises et les nombreux apprentissages….

À très vite!

photo de couverture

C’est bientôt la fête des mères!

 

Votre mère est une femme aimante,  débordée, joyeuse, délicate, élégante, intelligente, agréable, très attachiante (mais c’est comme ça qu’on les aime), toujours présente, généreuse et tellement plus encore…

Vous voulez lui faire plaisir pour la fête des mères?

J’ai la recette idéale avec seulement trois ingrédients indispensables!

Premier ingrédient:

-un transat à l’ombre d’un arbre, une chaise longue sur un balcon, un canapé confortable dans son salon ou une natte de plage sur le sable fin.

Deuxième ingrédient:

-un thé, un cocktail, un verre de vin ou une coupe de champagne.

Troisième ingrédient:

-mon roman: L’Iceberg et la Rose (disponible sur Amazon, cliquez sur l’image ci-dessous)

Bonne lecture à toutes les mamans!

 

 

Comme une gamine devant un paquet de bonbons!!

 

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Voilà les nouvelles arrivées à la maison !!

Et avec elles, la correction de mon roman reçu par ma correctrice Audrey Martinez: http://audreymartinez.fr/.

Bon ok, j’ai reçu tout ça il y a quelques jours déjà mais j’ai été un peu débordée.

Il est temps de s’y remettre !!

Sinon pour les nouvelles, L’Iceberg et la Rose en est à 12 commentaires sur Amazon tous 5 étoiles !!

A ce jour, déjà 963 lecteurs tous supports confondus et ce du 11 mars au 3 mai !

 

 

Encore 1: Chapitre 3…

Samedi 27 avril : Premier événement

Les semaines passent et se ressemblent depuis que Marie est partie. Je profite de l’accès à internet de mon bureau pour me connecter à Skype et discuter avec Laure. Quasiment tous les soirs vers 22 heures, je descends et me connecte. J’ai décidé de l’aider à finir nos dossiers.

— Tu devrais tenter de valider ton diplôme, après tout, nous sommes déjà en train de finir les dossiers. Tu auras une note pour chacun d’entre eux, il ne te reste que trois partiels écrits à passer, me conseille Laure.

— Tu sais bien que je ne peux pas m’absenter comme ça.

— Avec un peu de chance, ils seront tous les trois le même jour, tu ne serais absente qu’un seul jour complet.

— Tu ne comptes pas la route ! lui dis-je comme une excuse.

— Prends l’avion !

— Je vais y réfléchir, je tente en vain de couper court à cette conversation.

— Oui, tu devrais ! Ce boulot, c’est bien, mais le jour où tu arrêtes, tu fais quoi ensuite ? Au moins si tu valides ta licence, tu auras déjà ça à noter sur ton CV.

— J’ai l’impression d’entendre mes parents !

— Ils ont raison Allie ! Tu as des points d’avance avec le premier semestre, tu auras une note sur les dossiers que l’on fait ensemble. Ton nom est toujours dessus et c’est un travail collectif de toute façon, je ne peux pas les rendre seule. Concentre-toi sur les dossiers et je te passe mes cours pour les trois partiels. Révise-les comme tu peux, si tu limites la casse, tu peux l’avoir. Ça serait dommage de ne pas le tenter si proche de la fin, argumente-t-elle convaincue.

— OK, OK, je vais voir ça. Envoie-moi tes cours. Je le ferai si j’ai le temps, lui dis-je résignée. Je sais qu’elle a raison.

Le temps que je passe avec Laure à travailler sur nos dossiers est le moment de la journée que je préfère. Comme les échanges avec mes collègues se contentent du strict minimum nécessaire au bon déroulement de nos journées respectives, Laure est ma compagnie la plus agréable, malgré l’écran qui nous sépare. Je reste souvent, une, deux voire trois heures avec elle, selon l’avancée de notre travail et parfois selon les commérages palpitants qu’elle a à me donner sur nos anciens amis communs. Je lui raconte mes journées ici, ma solitude toujours, l’attitude glaciale de mon patron, que je ne croise que cinq minutes par jour, mais qui ne semble pas porter une grande importance aux informations que je lui transmets. Il est pourtant à l’initiative de ce résumé quotidien. Elle reste persuadée que je perds mon temps et je tente désespérément de lui prouver le contraire. Mes efforts semblent vains, je ne peux pas lui en vouloir, je ne parviens pas à me convaincre moi-même d’avoir fait le bon choix en arrivant ici. Chaque soir, je repars de mon bureau rapidement, je passe devant le grand salon et accélère dans l’escalier. Chaque soir, les craquements des murs, le vent et les ombres me donnent des frissons. Je me sens observée, suivie. Je dors souvent la lumière allumée, Laure m’envoie généralement un SMS pour me demander si le fantôme ne m’a pas attaquée sur mon trajet. Elle est très amusée à l’idée qu’il y ait un fantôme au manoir. D’après elle, je suis juste dans une vieille maison qui craque. Elle a sans doute raison, je n’ai moi-même jamais vraiment cru à toutes ces histoires d’épouvante.

Demain, nous recevrons une quarantaine de personnes au domaine. Tout est presque prêt. Les invitations étaient déjà parties quand je suis arrivée, le traiteur est réservé, l’équipe est au complet. Seuls les détails de dernière minute restent à régler. J’envisage un apéritif printanier à l’extérieur, j’espère que le temps nous le permettra.

J’entends la sonnette, les premiers invités arrivent. Claire frappe à ma porte, elle me tend un complément d’uniforme à revêtir lors des réceptions.

— Tiens, à la laverie, ils m’ont prévenue que tu n’avais pas récupéré ton uniforme pour ce soir.

— Je n’étais pas au courant, pourquoi personne ne m’a prévenue avant ?

Elle s’en va, en haussant les épaules, sans même prendre la peine de me répondre. Je suis déjà prête et vêtue d’une robe de soirée. Tant pis pour l’uniforme, je soupçonne Elizabeth, l’une des blanchisseuses, qui ne semble pas m’apprécier beaucoup, d’avoir volontairement oublié de m’en informer. Je chausse mes talons aiguilles rapidement en tentant de garder l’équilibre et laisse sur le cintre la tenue qui m’était a priori destinée. Cela me vaudra certainement une remontrance de Monsieur, mais je n’ai plus le temps d’y penser. Je sors de ma chambre après un dernier regard dans le miroir. Je redresse ma silhouette, remonte les épaules ainsi que le menton et avance rapidement vers le grand escalier avec l’élégance nécessaire à l’événement. J’avais emporté avec moi une seule robe de soirée, classique et sexy à la fois. C’est une belle robe noire, avec de longues manches, sans décolleté sur le devant, mais un très beau dos nu. Proche du corps, elle descend jusqu’au sol et lorsque je marche, découvre ma jambe gauche jusqu’à mi-cuisses. Elle était vendue avec une jolie veste blanche ornée de trois boutons noirs au niveau des poignets, toutes les coutures sont également noires. Mon dos est ainsi complètement couvert et je ne risque pas de tomber malade, même si nous fêtons aujourd’hui le printemps, les températures sont encore bien loin d’être chaudes.

Je descends l’escalier, une main glissant sur la rampe dorée. Les invités sont reçus par Claire. Souriante, elle n’a pas oublié de s’adresser à eux avec les formules d’usage, réservées à leur titre. J’arrive à leur niveau et viens les accueillir en me présentant, « Appelez-moi Allie ». Je les accompagne jusqu’à la terrasse, le soleil nous fait l’honneur de sa visite. J’ai fait disposer le buffet sous les tonnelles, les parasols chauffants sont installés et nos convives pourront profiter des amuse-bouches sans craindre le rhume.

La ronde des arrivées ne se fait pas attendre. Charles, le majordome, les annonce les uns après les autres, non pas à leur entrée dans le salon, mais bien à leur sortie sur la terrasse. Je suis satisfaite de mon initiative. Marie m’avait dit qu’ils n’avaient jamais utilisé ces parasols chauffants, c’est maintenant chose faite. Nous pouvons ainsi profiter d’un apéritif printanier à l’extérieur.

Les premiers invités sont arrivés depuis bientôt quinze minutes et Monsieur ne devrait pas tarder. Je l’aperçois tandis que je discute avec le comte et la comtesse De Leicester ainsi que Monsieur Williamson, tous ces gens que je ne connaissais jusqu’alors que grâce à quelques mots écrits sur une fiche. Je sais que le comte et la comtesse connaissent Monsieur grâce aux matchs de polo, passion commune du comte et de mon patron. Le comte semble quelqu’un d’assez réservé en public et pourtant dynamique, il est élancé et sa beauté évidente s’est transformée en un séduisant charme avec les années qui avancent. Son épouse semble plus joviale. Elle paraît plus âgée que son âge et ses rides marquées ne lui font pas honneur. Je me souviens, bien entendu, de la fiche de Monsieur Williamson. Il y était indiqué « amis depuis l’Université ». Légèrement bedonnant, le sport ne semble pas être sa priorité, mais son visage montre un homme sympathique et honnête. Je leur propose une coupe de champagne. Alors qu’ils acquiescent et que nous plaisantons quelques instants, je sens le regard de Monsieur se poser sur moi. Il me dévisage, désapprobateur. Je baisse les yeux et me reconcentre sur la discussion. J’échange un sourire avec mes interlocuteurs et m’excuse afin d’aller chercher leurs coupes. Je m’avance alors vers le bar éphémère, installé là pour l’occasion. Monsieur est immobile derrière les verres en pleine vérification discrète auprès des serveuses que tout est en place. Il lève les yeux et fronce les sourcils. À mesure que j’avance, son regard perçant me trouble. J’imagine les reproches et baisse les épaules. Je prends finalement sur moi et me redresse. Il me scrute, avec un visage impassible. Une fois à sa hauteur, je prends délicatement les coupes, il s’adresse à moi.

— Vous ne portez pas votre uniforme.

— Non, Monsieur.

— Dois-je vous en demander la raison ?

— Non, Monsieur. Simplement, j’avais oublié qu’il y avait un uniforme spécial pour les événements et j’étais déjà apprêtée lorsque les premiers invités sont arrivés. J’ai préféré laisser l’uniforme et les accueillir comme il se doit.

— Vous appelez cela, comme il se doit ?

— Non, Monsieur, je vous prie de m’excuser, Monsieur.

Je baisse les yeux, honteuse. Il trouve ma tenue inappropriée. Moi qui étais fière de la porter.

— Ne les faites pas attendre, m’ordonne-t-il sèchement.

Je pars désorientée, avec mes trois coupes à la main. Je les apporte aux invités, en pleine conversation politique, et poursuis mon chemin parmi les autres convives. Les minutes passent, puis une première heure, les amis de Monsieur semblent passer un agréable moment sous le soleil timide des premiers jours de printemps. Je passe du temps avec tous, demandant des nouvelles d’enfants que je n’ai jamais vus, m’inquiétant des conflits au Mali ou encore en Syrie et tentant de répondre plusieurs fois aux interrogations sur la politique française.

Je passe moi-même un bon moment. Les invités, loin d’être hautains et froids, me posent beaucoup de questions sur mon pays natal, les coutumes, mes capacités culinaires, comme si être français impliquait d’être un grand chef. Pour la première fois depuis quasiment deux mois, j’échange avec plaisir avec des personnes agréables, j’en oublie presque ma solitude. Je croise parfois le regard de Monsieur en pleine conversation avec certains de ses amis. Je tente de l’éviter lors de mes déplacements, mais il est difficile d’échapper au maître des lieux.

Alors que je le pense en pleine argumentation sportive sur les derniers matchs de polo, il arrive derrière moi et m’attrape le bras. Je sursaute, ce contact heureusement très court me met mal à l’aise.

— Très bonne idée, cet apéritif printanier.

J’ai cru voir un sourire passer en une seconde sur ses lèvres et déjà il part rejoindre ses convives. Un compliment, c’est le premier depuis mon arrivée, il y a deux mois maintenant.

Claire me tire alors de mes pensées, une personne vient de se décommander. Il faut que j’en avertisse Monsieur. Je prends mon courage à deux mains et avance vers lui. Ses yeux se tournent vers moi et il comprend que je viens à sa rencontre, il s’excuse et prend congé.

— Monsieur, je viens vous informer que monsieur Taylor ne sera pas présent au dîner de ce soir, il vous prie de l’en excuser.

— D’accord.

— Je vais faire retirer un couvert, Monsieur.

— Très bien.

Il me fait un signe de tête pour me congédier, fait un pas puis se retourne et m’attrape à nouveau le bras.

— N’en faites rien, décalez monsieur et madame Williamson vers le comte et la comtesse De Leicester et laissez la place vacante à ma gauche, je ne veux pas qu’elle soit à côté du comte. Nous aurons certainement une invitée supplémentaire.

— À votre guise Monsieur.

« Elle », « Une invitée supplémentaire »? Mais qui ? Pourquoi ne suis-je pas au courant ? Comment vais-je l’accueillir, quel est son nom, son rang ? Je me retrouve submergée de questions et la réponse me parvient d’un seul coup : une invitée, il s’agit certainement d’une amie de Monsieur, ou plutôt de la future Madame. Il ne m’en a pas fait part, je sens comme un malaise s’emparer de moi. Je me raisonne, je ne suis que sa gouvernante, pas sa confidente.

J’arrive à la table et exécute les ordres. Je ne mets pas de nom, ne sachant pas quoi y inscrire. Je vérifie que tout est en ordre et retourne sur la terrasse. J’aperçois Monsieur discutant avec Monsieur Williamson, ils me scrutent, son ami lui glisse quelque chose à l’oreille, Monsieur me déshabille du regard et lui sourit.

Je frissonne, un courant d’air frais vient de passer sur mes reins. J’accélère le pas et me rends vers le bar pour m’assurer que tout se déroule parfaitement, me retrouvant ainsi à l’opposé de Monsieur et de ses regards qui me déstabilisent tant.

Charles, le majordome, vient à ma rencontre, le dîner est prêt. Je vais avertir l’hôte et sens un stress m’envahir comme je m’approche de lui. Il acquiesce avant de se retourner vers ses amis et de leur proposer de passer dans la salle de réception. Guidés par Charles, ils entrent peu à peu et se placent autour de l’immense table.

Les convives avancent, Monsieur m’attrape une fois encore le bras tandis que je m’éloigne en cuisine.

— Allie, vous avez impressionné mes invités.

« Allie », c’est la première fois qu’il utilise mon prénom lorsqu’il s’adresse à moi. Et un second compliment ! Je baisse la tête alors que mes joues rougissent légèrement.

— Merci, Monsieur, je dois aller voir en cuisine.

Je fais mine de m’éloigner, toujours aussi mal à l’aise de ce contact entre nous, mais il ne lâche pas mon bras et continue de marcher. Me voilà forcée de le suivre.

— Allie, vous ne pouvez pas aller en cuisine maintenant.

Alors que ma veste blanche avait jusque-là, bien caché le dos nu de ma robe, Monsieur pose sa seconde main sur mon dos, son pouce et son index se déposent sur ma veste, mais ses trois doigts suivants se retrouvent directement en contact avec ma peau dans le creux de mes reins. Il hausse les sourcils.

— Votre robe est décidément pleine de surprises.

Je sens une bouffée de chaleur envahir mon visage, je suis écarlate et très embarrassée. Il sourit, amusé par ma timidité. Je ne peux soutenir son regard pénétrant et reste bêtement immobile.

— Comme je vous le disais, vous ne pouvez pas aller en cuisine maintenant. Vous allez devoir faire quelque chose pour moi. Mes invités vous ont prise, comment dire, pour une amie. Enfin, ils pensent que vous êtes, ou plutôt que vous n’êtes pas que la gouvernante.

— Je ne comprends pas, Monsieur, dis-je toujours rouge de honte.

— Ils vous prennent pour mon amie.

— Quelle amie, Monsieur ?

Tandis que je pose la question, je vois son regard encore plus intense se plonger dans le mien avec ce petit air interrogateur. Il veut que je comprenne par moi-même, mais je n’ose pas formuler la pensée qui me traverse l’esprit.

— Ils pensent que vous et moi, nous sommes ensemble. Alors, installez-vous à table à ma gauche et faites semblant. Si vous restez discrète, tout se passera bien.

— Excusez-moi Monsieur, mais je ne pense pas que j’en sois capable. Ce n’est pas une bonne idée.

— S’il vous plaît, Allie…

Je le contredis et il me répond par un « s’il vous plaît ». Il me sourit et ce regard ! Comment refuser ? Comme s’il comprenait mes pensées, ses yeux se font encore plus insistants et il ne me laisse pas le temps de dire non à nouveau.

— Très bien, mais je dois prévenir Claire qu’elle est en charge du repas.

Il fait un signe à Charles et lui demande d’avertir Claire que je dîne à la table. Il garde sa main dans mon dos, sans même essayer de la mettre intégralement sur ma veste. Je suis comme prise au piège, la petite brebis égarée face au loup.

Il m’indique le chemin, tire ma chaise avec galanterie, s’assied à mes côtés et lève le verre de Champagne que lui tend la serveuse. Je suis gênée et mal à l’aise alors qu’il porte son toast.

Contrairement à ce qu’avait dit Monsieur, il m’est difficile de me faire discrète pendant le repas. Tous les regards sont tournés vers moi. Madame Rushmore, une dame légèrement forte et un peu trop maquillée, commence la première question de l’interrogatoire.

— Allie, vous êtes consciente, que vous faites beaucoup d’envieuses ?! Un homme beau et riche comme Dorian, nous en rêvons toutes !

Je balbutie une réponse aussi claire que ridicule, espérant que l’intérêt général change de victime. Mais après un léger rire collectif, la seconde question arrive déjà.

— Depuis quand vous connaissez-vous ? interroge la comtesse De Leicester.

— Quelques semaines.

Je reste vague, ils vont se lasser.

— Je sais que c’est indiscret, mais vous avez au moins dix ans d’écart, c’est beaucoup, non ? intervient, à nouveau, madame Rushmore.

L’audience acquiesce, Monsieur baisse les yeux. Je n’ai pas le temps de réfléchir à une réponse qu’une autre question arrive déjà.

— Imaginez si Dorian avait des enfants, vous auriez presque leur âge ! Non ? se moque-t-elle dans un rire hautain, presque vulgaire.

— Qu’est-ce qui vous amène en Angleterre ? Vous avez des terres dans le secteur ? Quel est le nom de votre père, je le connais peut-être ? s’intéresse Monsieur Williamson.

— Delonnay, mais je n’ai pas de famille en Angleterre.

De Lonnay, ah oui, les Français disent « De » comme nous disons Sir, n’est-ce pas ? Lonnay est une région ? renchérit-il semblant essayer de me sortir d’un faux pas, un sourire aimable aux lèvres.

— Non, pas du tout, c’est en un seul mot, dis-je simplement.

— Et comment vous êtes-vous rencontrés ? me questionne son épouse, madame Williamson.

Monsieur vient à mon secours.

— Je cherchais une gouvernante.

Il boit une gorgée de champagne.

— J’en cherche toujours une, dit-il en reposant sa coupe.

Les invités rient. Il répond encore à quelques questions à « notre » sujet et dirige la conversation vers quelqu’un d’autre. La suite du repas se passe plutôt bien.

Après le dessert, alors que les hommes se retirent dans le petit salon pour des discussions qui leur sont réservées, les femmes, elles, se dirigent vers le grand salon. Je m’excuse en prétextant devoir vérifier les cuisines. Elles hochent la tête d’approbation et me félicitent d’avoir déjà obtenu le respect du personnel de Monsieur. À peine ai-je fait quelques pas, que je les entends ricaner comme des hyènes après un bon repas. Je m’attarde un instant, une première voix s’exclame.

— Il va se lasser, ces petites jeunes sont mignonnes, mais c’est tout ce qu’elles ont et la fraîcheur ne dure pas éternellement !

— Vous avez bien raison ma chère, les hommes sont faibles dès qu’il s’agit de leur agiter un joli petit bout de viande bien frais devant le nez, mais ça ne durera pas ! rajoute une seconde invitée que je ne reconnais pas.

— Tout à fait, tant qu’il ne se fait pas avoir ! Après tout, elle débarque d’on ne sait où, qui nous dit qu’elle n’est pas là pour l’argent ! Heureusement, Dorian n’est pas né de la dernière pluie ! claironne une troisième dame, qu’il me semble être madame Rushmore. J’aperçois Charles arrivant dans le couloir à ce moment-là et je m’éclipse aux cuisines, espérant que les conversations soient toutes autres dans le petit salon de ces messieurs, mais j’ai l’intime conviction que si la présence de Monsieur les en empêche, ces gentlemen n’en pensent pas moins. Qu’importe, je n’ai fait que jouer un rôle ce soir, mais je comprends mieux l’une des raisons, peut-être, du célibat de Monsieur.

Peu à peu, les invités quittent les lieux. Je les accompagne à la porte. Tandis que les derniers partent, Monsieur Williamson complimente Monsieur sur « sa trouvaille ». Ce dernier passe alors son bras autour de moi et vient poser sa main sur ma hanche.

— Ne la laisse pas filer, Dorian, lui recommande Monsieur Williamson, son plus vieil ami à en croire les fiches.

— Je n’en ai pas l’intention, répond simplement Monsieur.

Aussitôt la porte fermée, il me fixe.

— Merci, Allie, vous vous en êtes très bien sortie. Ne vous y habituez pas.

Il retire sa main et s’en va sans un autre mot. Décidément, Monsieur a ses humeurs. Il me dit de ne pas m’y habituer, mais il oublie que je n’ai rien demandé. Je n’ai pas le temps de m’attarder davantage, je suis éreintée, mais il me reste encore beaucoup de choses à faire. L’équipe a bien travaillé, les lieux sont propres, la table est débarrassée, la terrasse est rangée. Je les ai congédiés, c’est à moi de finir, après tout, je suis restée assise à profiter du repas pendant qu’eux travaillaient. Je vais ouvrir les fenêtres et vider les cendriers du petit salon occupé par ces messieurs, l’odeur du cigare empeste le rez-de-chaussée. Ensuite, je vais ranger le salon des dames, je débarrasse les tasses, remets les coussins, nettoie les tables, passe un coup d’aspirateur, tire les rideaux. Une bonne chose de faite. Je retourne dans le premier salon, l’air frais du soir est entré. Je ferme les fenêtres, l’odeur de cigare a presque disparu. Je pose ma veste sur l’accoudoir du sofa et effectue les mêmes gestes que précédemment. Je m’assieds un instant afin de retirer mes chaussures, mes jambes sont lourdes. Je les relève sur le sofa et ferme les yeux une seconde. Mon corps se relâche et mon inconscient s’évade, la fatigue a raison de moi et je plonge dans mes rêves, accompagnée comme souvent par Anthony. J’entends au loin une porte qui s’ouvre, des pas s’approchent, je sens sa présence juste derrière moi, mon visage fait face au dossier et je garde les yeux fermés. Délicatement, sa main frôle mon dos. Ses doigts me caressent doucement de bas en haut. Après quelques secondes, le bout de ses doigts vient effleurer ma hanche dépassant légèrement les limites du tissu de ma robe. Je remue légèrement, comme dérangée dans mon sommeil. Sa main s’immobilise et quitte ma peau. Il soulève ma veste tombée sur le sol et la dépose sur mon dos. En une seconde, je me retrouve dans ses bras. Je sens son odeur, mélange d’eau de parfum et de cigare. Il monte l’escalier, je reste la tête sur son épaule, les yeux clos. Il ouvre la porte de ma chambre et me dépose doucement sur mon lit. Je me niche contre lui, apaisée dans ses bras, comme toujours.

Réveillée en sursaut par un bruit de porte, j’ouvre les yeux. Perdue, je cherche un repère, une lueur, la forme d’un meuble qui puisse m’indiquer où je suis. Avec mes mains, je tâtonne et soupçonne une couette. D’un bond, je tente d’atteindre ma lampe de chevet. La lumière s’allume, je suis, en effet, sur mon lit, le côté resté libre de ma couette est posé sur moi. Je suis pieds nus et ma veste est sur le fauteuil. Une sensation étrange m’envahit. Je ne me souviens pas être montée me coucher. Je ne sais absolument pas comment je suis arrivée là. J’ai dû me réveiller, aller me coucher, me rendormir aussitôt et mon cerveau embué par la fatigue ne s’en souvient plus.

Je me lève et vais vers la salle de bain. Je me démaquille, me décoiffe et me déshabille. Je vais déposer ma robe sur la chaise. Je me recouche et éteins la lumière. Finalement, je me relève et vais fermer ma porte à clef, je ne voudrais pas me retrouver hors de ma chambre demain matin. Je m’allonge et reprends mon rêve là où il avait été interrompu. Je me blottis dans les bras d’Anthony. Anthony, qui m’a prise dans ses bras pour me porter jusqu’à ma chambre, a monté l’escalier. Et si ce n’était pas un rêve ? Qui alors ? Charles, le majordome ? Non, il m’aurait réveillée. Monsieur ? Non, il se serait indigné de mon attitude. Le fantôme ? Je repasse le rêve dans ma tête, la main qui me caresse, l’odeur de cigare, les bras qui me portent. Où s’arrête le rêve et où commence la réalité ? Non, je suis juste montée seule et endormie.

Je me réveille d’un sommeil agité et peu réparateur. J’ai des cernes et je bâille devant le miroir. Je me prépare, m’habille, prête à descendre, je pose la main sur la porte. Une appréhension m’envahit, je vais devoir croiser le regard de Monsieur. Il me déstabilisait déjà, mais après notre jeu de rôle d’hier, le dîner, sa main sur ma hanche, ses doigts qui me frôlent sous ma veste, je ne vais plus oser me retrouver dans la même pièce et me sens incapable de soutenir ses deux yeux bleus qui me fixent tant.

Je descends, passe par le salon récupérer mes chaussures restées sur place et rejoins les cuisines pour un petit-déjeuner bien mérité. Elles sont presque vides, beaucoup d’employés sont en congé aujourd’hui. Je me sers, choisis du pain et de la confiture avec un bol de lait chaud. C’est le petit-déjeuner que je prenais enfant. Seule à ma table, toujours embuée, je pose mes mains sur le bol qui les réchauffe, ferme les yeux et me revois un instant à la table familiale. Je ne peux m’empêcher de repenser à cette nuit et à ce rêve étrange. Comment ai-je rejoint mon lit ?

Je fais le tour de la maison, tout est normal. Les gardes sont à leur place, pas de courrier aujourd’hui, nous sommes dimanche. Je suis moi-même en congé, mais je ne peux m’empêcher de faire le parcours habituel, de me lever tôt et de vérifier que tout va bien comme chaque matin. Je passe à mon bureau sans raison particulière, cette fois-ci. J’entre et m’assieds, je prends le planning des choses à faire cette semaine et m’aperçois que plusieurs ont été rayées. Des rendez-vous de Monsieur à préparer, des dîners et un Post-it sur lequel il est noté : À ANNULER.

Claire ne m’en a pas parlé, peut-être que Monsieur le lui a demandé hier soir. Quelqu’un frappe à ma porte, mon cœur s’emballe. Charles apparaît.

— Bonjour, Allie. Je voulais te prévenir, je vais chez ma mère, je serai de retour mardi.

— Mais, tu ne peux pas. Monsieur aura besoin de toi demain !

— Non, c’est bon lorsqu’il est à l’étranger, nous pouvons partir quelques jours à tour de rôle.

— Quoi ? Mais il n’est pas à l’étranger ?

— Bien sûr que si, il me l’a dit ce matin en partant à l’aéroport. Il va au Japon pour deux semaines. Tu n’étais pas au courant ?

— Non, je dois dire que non. Mais il est parti à quelle heure ?

— Vers 7h45, je sortais les chiens. J’ai laissé un mot dans la cuisine. Tu ne l’as pas vu ?

— Non. Il a laissé un message pour moi ?

— Non, il était très pressé.

— Bon, très bien merci Charles, bon week-end.

Charles referme la porte. Au Japon pour quinze jours, mais ce n’était pas prévu. Il est parti ce matin à 7h45, je descends chaque dimanche à 8 heures. Il aurait pu m’attendre. Il aurait aussi pu me prévenir ou me laisser un mot. Mes yeux retombent sur le planning. Le voilà son mot : À ANNULER. Décidément, il est difficile à suivre.

Ceci est un extrait du livre: L’Iceberg et la Rose que vous pouvez vous procurer via Amazon.

J’ai encore besoin de votre aide!!! Juste pour quelques mots…

Bonjour à tous!!

Je suis ravie de voir qu’en 11 jours seulement, déjà 16 lecteurs (dont la plupart ne me connaissent pas du tout) m’ont fait confiance et se sont procuré L’Iceberg et la Rose au format Kindle actuellement disponible.

Je suis également ravie de voir les statistiques de mon blog et de ma page Facebook et constater qu’elles comptent à elle deux déjà plus de 1000 vues en seulement 3 semaines! Je vous en remercie!! Chaque jour, de nouveaux abonnés arrivent sur ces deux pages, des têtes connues avec qui je suis très heureuse de partager ce rêve mais aussi des têtes totalement inconnues qui ont eu la curiosité de pousser la porte et à qui je suis enchantée de faire découvrir mon petit monde imaginaire.

Je reçois tous les jours des commentaires (sur le blog ou sur Facebook) mais aussi beaucoup de sms et de mp très gentils de votre part, pour me féliciter, m’encourager et corriger quelques fautes tenaces! Ce serait génial que vous puissiez guider mes futurs lecteurs et laisser ces commentaires sur la page d’Amazon.

Voici le lien vers la page Amazon où vous pourrez laisser les commentaires :  http://www.amazon.fr/dp/B07BCST6WR

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Encore merci d’avoir pris la route avec moi en avant vers mes rêves…

Chapitre 4: Mai : Premier retour

Une dizaine de jours se sont écoulés. J’avoue que la maison est plus détendue quand Monsieur n’est pas là. Chacun s’affaire à sa tâche, ses employés sont disciplinés et honnêtes, malgré notre mésentente, ils restent fidèles à eux-mêmes. Je les trouve même trop sérieux. Pourquoi devrais-je me lever à 5 heures du matin quand je sais qu’il y a moins de travail que d’habitude, car le maître des lieux n’est pas là ? Il n’y a pas de visites, de dîners et de repas à préparer autres que pour le personnel. Je décide, dès le mercredi, d’instaurer un rythme de travail plus léger, en musique, et d’octroyer davantage de pauses à chacun, sous les rayons timides du soleil. Marie m’avait laissé un mode d’emploi des périodes d’absence de Monsieur. Elle y décrit ce que j’ai pu constater, des semaines plus calmes, mais en insistant sur le fait que le travail doit être impeccable. Et comme chaque jour, je dois faire mon rapport à Monsieur. Je laisse donc une petite note sur son bureau, chaque soir. Elle me demande d’y inclure tous les détails. Monsieur souhaite tout savoir. J’y note les libertés que j’ai instaurées et comme d’habitude, les informations du jour. L’absence de Monsieur me permet de me consacrer à la révision de mes partiels. Je ne lui ai pas encore demandé l’autorisation de m’absenter, mais j’espère qu’il acceptera. Je révise chaque soir, pendant une bonne heure, et également, quasiment deux heures durant la journée, bien installée dans mon bureau. Je n’ai, bien sûr, pas le droit, mais la distance qu’ont instaurée mes collègues entre eux et moi, me permet de le faire sans risquer d’être démasquée. Les cours de Laure sont bien pris et vont à l’essentiel, malgré mon absence, je comprends presque tout et lui demande assez peu d’éclaircissements.

Mes collègues ont d’abord été surpris du nouveau rythme de travail que je leur proposais, voire sceptiques, mais ils semblent y prendre goût. Peut-être même, commencent-ils à apprécier ma façon de gérer la maison ? Pour le leur annoncer, j’ai provoqué une réunion improvisée à l’heure du déjeuner. Alors qu’ils étaient tous attablés, je suis arrivée, et me suis adressée à eux.

— Je vous propose, lorsque Monsieur n’est pas là, de commencer deux heures plus tard. Le travail devra, bien sûr, être d’aussi bonne qualité que d’habitude, mais j’estime qu’il y a moins de ménage à faire, pas de dîners ou autres à préparer, moins de linge à changer, donc moins de lessives. Je reste cependant à votre écoute si certains estiment que leurs tâches quotidiennes ne peuvent pas être faites en moins de temps. Bien entendu, ces aménagements ne concernent pas les gardes qui continuent à se relayer sur 24 heures. Je vous propose également de mettre un peu de musique, je me chargerai d’allumer et d’éteindre chaque jour la chaîne Hi-Fi. J’ai pensé à une radio locale, qui diffuse à la fois de la musique moderne, mais aussi de grands classiques du répertoire anglophone ou encore des informations, mais je reste ouverte à d’autres propositions. Avez-vous des remarques, des questions, des suggestions ?

Le silence habituel est brisé par de légers murmures.

— Mais on devra mentir à Monsieur à son retour ? m’interpelle Claire.

— Non, je vais l’en avertir.

— Mais tu as son autorisation ? me demande Charles.

— Non, j’ai pris l’initiative de cette décision, dont je vais lui faire part, mais ça reste un aménagement ne concernant que ses périodes d’absence. Si le travail est bien fait et qu’il est satisfait de retrouver une maison impeccable à son retour, je suis convaincue que ça ne posera pas de problème.

— Et si ça en pose, c’est nous qui prendrons ! s’exclame Elizabeth, la blanchisseuse.

— Mais non, pas du tout, je prends l’entière responsabilité de cette décision. Sauf si vous préférez continuer sur le même rythme que d’habitude ?

Pas de réponse, ils échangent des regards, des chuchotements. Je poursuis dans ma lancée.

— Et pour la musique, est-ce que ça vous convient ?

Encore des marmonnements.

— Très bien, je prends ça pour un oui. Je mets en route la musique dès maintenant. Pour les horaires, le changement sera effectif dès demain, merci d’avertir vos collègues qui ne travaillent pas aujourd’hui. Demain, nous commençons donc tous deux heures plus tard par rapport à nos horaires habituels. Pour les cuisiniers, ça signifie 7 heures du matin, pour les autres, 8 heures du matin. Des questions ?

Je patiente quelques secondes, passe mon regard sur chaque visage, même s’ils m’ignorent les uns après les autres.

— Très bien, bon appétit à tous.

Je quitte la pièce et retourne dans mon bureau. J’irai déjeuner dans une heure lorsqu’ils seront tous partis.

Je rejoins toujours Laure, plusieurs soirs par semaine sur Skype, nous continuons les dossiers que nous devions rendre ensemble. Je n’ai presque plus la sensation d’être suivie ou observée. Je dois m’habituer aux lieux et la météo s’améliore avec le printemps, il pleut moins et il y a moins de vent. Mon fantôme n’était certainement qu’un peu de mauvais temps et de bruits d’une vieille demeure. Malgré tout, je ne m’attarde jamais, les couloirs sombres de ce vieux manoir ne me rassurent quand même pas dans la pénombre de la nuit.

Un jour, alors que je dépose le rapport de la journée sur le bureau de Monsieur, je me surprends à fermer la porte derrière moi. Je déambule, regarde les étagères, frôle le bois de son bureau. Il n’y a aucune photo, pas d’objet personnel. Bien sûr, il est chez lui, ces meubles sont les siens, ces livres sont les siens, mais je pense plus à un souvenir, une chose plus intime qu’une bibliothèque. Je m’approche des livres : Hugo, Verne, Maupassant, Perrault, De La Fontaine. Monsieur aime la littérature française, ceci explique sa maîtrise parfaite de cette langue. Il y a aussi quelques auteurs que je ne connais pas et Shakespeare, bien sûr.

Je continue ma visite, j’observe les tableaux. Ce bureau ressemble à un vieux musée, sombre et peu accueillant. Je ne pourrais pas passer mes journées ici. Au fond de la pièce, j’aperçois une poignée, derrière un rideau vert en velours. J’hésite et y pose la main. La porte est fermée. Il ne s’agit pas d’un placard, mais bien de l’entrée d’une pièce. La seule pièce que je ne connais pas. Je ne me souviens pas l’avoir vue sur les plans non plus. Monsieur est un cachotier. Qu’a-t-il de si personnel à cacher et qui ne nécessite pas d’entretien. Un trésor ? Une garçonnière ? Un cachot ? Ou pire, est-ce qu’il y enferme les corps de ses amantes décédées, tel Barbe Bleue ?

J’ai passé assez de temps dans ce bureau vert, j’en pars rapidement. Monsieur sera de retour dans quatre jours. Demain, je dois m’assurer que tout est en ordre. Je n’ai eu aucune nouvelle, pas d’appel, pas d’email, rien. Je connais la date et l’heure de son arrivée grâce à son chauffeur qui a priori a eu des nouvelles, lui. J’aimerais éclaircir tout cela lorsqu’il reviendra, si je suis sa gouvernante, ne dois-je pas tout savoir ? Les nuits suivantes sont agitées, je suis anxieuse.

Dernier jour sans le maître des lieux, le stress monte. Je vérifie tout, pièce après pièce. Il faut qu’il soit satisfait de retrouver sa maison comme il l’a laissée, qu’il ait confiance en moi lors de son prochain départ. Je vais me coucher, nerveuse. Son retour signifie que je vais devoir lui parler tous les jours. Les souvenirs de notre dernière soirée passée ensemble remontent à la surface. J’ignore quelle attitude je vais devoir adopter avec lui. Il va quand même falloir que je lui fasse comprendre que je ne suis pas à sa disposition pour tout. Mon rôle n’est pas de jouer à être sa compagne. Il ne faut pas que cela se reproduise.

Nous sommes vendredi. Jour J. Je me lève et vaque à mes occupations matinales comme chaque jour, la maison est silencieuse, je n’ai pas mis de musique aujourd’hui. Chacun est à son poste, comme s’il n’était pas parti. 13 heures, il ne devrait plus tarder, dois-je l’accueillir à son retour ?

Je vais à la porte, une boule au ventre. Charles arrive, valises à la main. Je vois son ombre avancer sur la terrasse, je lève les yeux et croise son regard.

— Bonjour, Monsieur. Avez-vous fait bon voyage ?

— Oui, merci.

Il passe devant moi et part s’enfermer dans son bureau.

L’Iceberg est de retour. Ma journée se poursuit avec un sentiment étrange, je ne sais pas quoi en penser. J’arrête de me torturer, Monsieur est lunatique, ça ne doit pas m’affecter. Par contre, je décide que ça ne m’empêchera pas de mettre les points sur les i.

L’heure de mon rapport arrive. Je me présente devant le bureau, il m’autorise à entrer. Je fais mon laïus, il ne lève pas la tête de ses dossiers. Une fois terminé, il me congédie. Finalement, cette situation va être plus facile à gérer que je ne l’imaginais.

Le lendemain, même scénario, je prends mon courage à deux mains et lui demande l’autorisation de m’absenter pour mes partiels.

— Monsieur, puis-je vous demander une faveur ?

Il lève la tête, enfin !

— De quoi s’agit-il ? m’interroge-t-il froidement.

— J’ai besoin de rentrer en France dans une semaine, j’aimerais partir le dimanche et rentrer le mercredi dans la journée. Est-ce possible ?

— Si ça reste exceptionnel, pourquoi pas. Ça sera décompté de vos congés annuels, me précise-t-il sans me poser la moindre question sur la raison de l’absence.

— Merci Monsieur. Soulagée, je quitte son bureau avant qu’il ne change d’avis.

Plusieurs jours passent et se ressemblent. À la fin de la semaine, comme convenu, je pars pour la France. J’ai décidé de prendre l’avion. Je me rends à l’aéroport avec ma voiture et la laisse là-bas. J’atterris à l’aéroport de Roissy où mes parents m’attendent. Nous passons la soirée ensemble. Le lundi matin, après avoir fait la route avec leur voiture, je retrouve Laure sur le parking de la Faculté. Je suis ravie de la retrouver, mais le stress des partiels gâche un peu notre plaisir. Les deux premiers sont aujourd’hui et le troisième est demain matin. Je dors chez elle le soir et repars le lendemain, en fin d’après-midi. Nous avons déjeuné ensemble après l’examen et profité du soleil pour nous promener en ville. Nous nous quittons difficilement, mais je lui promets de revenir vite. Je passe la dernière soirée avec mes parents, leur raconte ma vie au château, en évitant les histoires de fantôme, de patron irritable et de collègues distants. Finalement, je ne leur parle que de banalités pour ne pas les inquiéter. Ils sont ravis de ma décision de passer mes partiels et mon départ le mercredi matin est encore plus difficile qu’avec Laure, la veille. Je me sens ressourcée. Passer du temps avec les gens que j’aime m’a fait du bien, et je retrouve, sous la pluie, les grilles sombres du domaine avec appréhension.

Le jeudi, Monsieur est toujours aussi peu loquace que jovial. Chaque jour, j’ai droit à quelques formules de politesse qui arrivent comme une obligation et j’ai l’impression de le déranger à chacun de mes passages. Je crois que je vais garder le petit surnom d’Iceberg. Il lui va parfaitement, glacial, impénétrable, avec une petite partie visible et une énorme, cachée de tous, changeant d’humeur en fonction des courants. Il n’aborde même pas le sujet des libertés que j’ai instaurées durant son absence. Peut-être n’a-t-il même pas lu les notes que j’avais laissées sur son bureau.

Je m’habitue à son attitude et ne m’en offense plus. Je pense qu’il s’en rend compte. Un soir, alors que j’ai terminé mon rapport, ma main sur la poignée, je m’apprête à partir.

— Souhaiteriez-vous emprunter un de mes livres ?

Surprise par la question, je lui réponds que non.

— Très bien, je pensais que vous aviez une curiosité littéraire. Il appuie sur les derniers mots.

— J’aime lire, en effet.

Ses yeux me fixent avec insistance. Il sourit. Un sourire entendu comme si j’étais dans la confidence de quelque chose. Il sait ! Il sait, je ne sais pas comment, mais il sait que j’ai fait le tour de son bureau. Il a accentué le mot « curiosité ».

Je lui souhaite une bonne soirée et en partant, lui tourne le dos, gênée.

— Vous ne dormiez pas ?

— Pardon, Monsieur ?

— Le soir du dîner, quand je vous ai trouvée dans le salon, vous ne dormiez pas.

Ce n’est plus une question, c’est une affirmation. C’était lui. Je suis bouche bée, muette, mon esprit reste bloqué sur cette information. Déboussolée, je baisse la tête et ferme la porte derrière moi en partant. Je ne lui ai pas répondu. Je dois toujours répondre à Monsieur. Je sais maintenant que ce n’était pas un rêve. Monsieur m’a portée jusqu’à ma chambre. Qu’en est-il des caresses sur ma peau ? Est-ce que je rêvais ? Moi qui voulais mettre les choses au clair avec lui sur mon rôle ici, me voilà maintenant à soupçonner mon patron d’avoir eu des gestes plus que déplacés envers moi. Et je suis partie comme une enfant vexée, sans même avoir saisi l’occasion d’en savoir plus, de comprendre ce qui s’était passé, ce soir-là.

Je peine à m’endormir, je me repasse le rêve encore et encore. Je me souviens maintenant avoir rêvé du bruit de la porte du salon qui s’ouvre et des pas d’Anthony qui s’approchent. Je suppose qu’il s’agissait en réalité de ceux de Monsieur, mais ai-je rêvé des mains sur ma peau ? Je comprends aussi cette odeur de cigare et d’eau de parfum lorsqu’Anthony me prenait dans ses bras. Monsieur avait passé la fin de soirée à fumer le cigare avec ses amis. J’aurais dû faire le lien plus tôt. Pourtant, je me souviens avoir rêvé me blottir dans ses bras, une fois couchée dans mon lit et c’est totalement impossible puisque j’étais juste contre mon oreiller, alors ses doigts sur ma peau, étaient certainement aussi un rêve. Je me torture l’esprit, mais ne parviens pas à en être absolument certaine. Rêve, réalité. Je préfère me dire qu’il m’a juste raccompagnée dans ma chambre. En dehors de ce jour-là, il n’a jamais eu d’autres gestes déplacés envers moi, c’est la preuve la plus crédible pour étayer mes pensées. Et pour plus de sérénité, je préfère m’en tenir à cette version.

Deux jours plus tard, je suis décidée à tout de même mettre les choses au clair. Peut-être essayait-il de me parler de ce soir-là, de s’excuser, et je suis partie sans lui laisser la chance de le faire. J’arrive devant son bureau à l’heure habituelle. Il m’invite à entrer. Je fais mon rapport, une fois terminé, j’inspire à fond et remonte les épaules. Il lève le nez de ses dossiers.

— Oui ?

— Je dois vous parler.

Il hausse les sourcils.

— Je voulais dire, puis-je vous parler, Monsieur ?

— Bien sûr, je vous écoute.

— Pourriez-vous me prévenir lorsque vous partez ? Je suis votre gouvernante, il me semble que je devrais tout savoir sur vos déplacements.

Il pose son stylo, se redresse puis s’adosse à son fauteuil. Il me fixe les bras croisés, je me déconcentre.

— Enfin, je veux dire, je devrais être en mesure d’informer mes collègues quant à vos déplacements et non l’inverse.

— Vous avez raison. Je ne le ferai plus. Autre chose ?

— Euh… Non, enfin, si. Je ne jouerai plus à être votre amie lors de vos soirées, je suis là en tant que gouvernante uniquement. Tout autre rôle me semble déplacé.

— C’est noté.

— Et j’aimerais être tenue informée des changements de dernière minute avec autre chose qu’un Post-it sur lequel serait inscrit : « À ANNULER ».

Il fronce les sourcils.

— Vous avez terminé ? J’ai du travail.

— Oui, Monsieur, pardonnez-moi.

Je quitte la pièce, à la fois fière et prête à subir le retour de bâton. Je m’éloigne rapidement. Le jour suivant, nos échanges se réduisent de nouveau au minimum.

Un matin, alors que chacun s’affaire à sa tâche, Claire frappe à la porte de mon bureau.

— Monsieur te demande.

— Très bien, j’y vais, merci, Claire.

— Je ne sais pas ce que tu as fait, mais il semble très en colère. Je ne l’ai jamais vu comme ça du temps de Marie ! rit-elle l’air moqueur, avant de quitter la pièce.

J’arrive, tremblante, devant le bureau. Je sonne.

— Entrez ! Le ton ferme et agacé de sa voix me rend encore plus nerveuse.

— Vous m’avez fait demander, Monsieur ? Je baisse les yeux et rougis malgré moi, honteuse d’une faute commise que j’ignore encore à ce moment-là.

— Suivez-moi.

Il se lève et avance vers la porte de sa chambre, l’ouvre et me fait signe d’entrer. Je pense à mon rêve, dois-je accepter ? Pourquoi m’emmène-t-il dans sa chambre ? J’entre, les épaules basses, comme un oiseau blessé tombé du nid lors de son premier vol, espérant que sa mère arrive à temps pour le sauver du chat témoin de la scène, perché sur sa branche, prêt à bondir tel un félin affamé.

— Regardez !

Debout juste derrière moi, il pointe de son doigt la commode de sa chambre.

— Vous ne remarquez rien ? poursuit-il fâché.

Je tente de comprendre, me repasse en boucle les images de la chambre de Monsieur. Habituée à y entrer seule, je me sens toujours comme une touriste dans les appartements d’un roi, ayant jadis existé. Être là, à ses côtés, me ramène à ma réalité et au fait que ce roi-là est bel et bien contemporain, vivant et exigeant.

— Le hibou, Monsieur. Il n’y est plus, je réponds, sûre de moi.

— La chouette, exactement. Elle a disparu, c’est une chouette en or, avec deux émeraudes à la place des yeux. Trouvez qui a fait ça, je veux la récupérer, elle appartenait à ma mère, m’informe-t-il sèchement, avant de sortir de sa chambre d’un pas décidé.

Il s’assied et se plonge dans ses dossiers. J’en déduis que notre entretien est terminé. Je quitte la pièce sans un mot de plus.

Je retourne à mon bureau, vérifie qui était de service ces deux derniers jours, et commence à réfléchir à qui pourrait être l’auteur de cette disparation. Mon esprit se fixe sur Elizabeth. Je vérifie sa fiche, dix ans d’ancienneté, 45 ans, elle est blanchisseuse. Elle est venue ce matin, dans la chambre de Monsieur, récupérer le linge à laver. Particulièrement froide avec moi depuis mon arrivée, j’espère ne pas me focaliser sur elle à cause de cette attitude. J’ai remarqué, depuis quelques jours, un changement dans sa façon d’être. Suspicieuse, je lui demande de me rejoindre dans mon bureau.

— Elizabeth, est-ce que vous allez bien ?

— Qu’est-ce que ça peut vous faire ?

— OK, pour une raison que j’ignore, je pense que vous ne m’appréciez pas, mais là n’est pas la question. Je m’interroge sur vous, vous semblez préoccupée ces derniers jours et je trouve que cela a des répercussions sur votre travail. Vous n’avez peut-être pas envie d’en parler, je comprends, mais si vous en avez besoin, je suis là aussi pour vous écouter.

— Si vous le dîtes.

— J’ai aussi une question délicate à vous poser. Il manque une chouette dans la chambre de Monsieur, est-ce que vous sauriez ce qu’il en est advenu ?

Elle me fixe du regard et je vois que ses yeux se brouillent, ils se teintent de rouge et les larmes refoulées inondent ses pupilles.

— Mon mari et mon fils ont eu un accident de voiture, ils sont tous les deux hospitalisés. Ils sont sortis d’affaire, mais j’ai eu très peur. Mon fils aimerait un vélo pour son anniversaire, il a eu 10 ans hier et il l’a fêté sur son lit d’hôpital. Je voulais juste lui faire plaisir. Mon mari conduisait trop vite et c’est à cause de lui s’ils ont eu un accident. Il était chauffeur routier, mais il n’a plus de permis maintenant et son employeur l’a licencié. Je voulais juste lui faire plaisir, répète-t-elle à bout de souffle.

Elizabeth s’effondre devant moi et je ne peux qu’avoir pitié de cette maman affolée, et ne cherchant qu’à réconforter son fils, mais malheureusement je ne peux pas laisser passer ce vol.

— Je comprends, mais vous devez la rendre à Monsieur.

— S’il apprend que c’est moi, il me licenciera, et qu’est-ce qu’il se passera ? Comment je vais nourrir mon fils si je perds aussi mon travail ?

— Vous ne pouvez pas la garder, et puis faute avouée à demi pardonnée. Monsieur saura faire preuve de clémence si vous vous excusez. Je suis certaine qu’il comprendra. Et puis, il ne l’apprendra peut-être pas aujourd’hui ou dans quelques jours, mais s’il l’apprend par lui-même dans quelques mois, ce sera pire. C’est un homme bon, j’en suis certaine.

— Vous avez raison, je la lui rapporterai demain.

— C’est une sage décision. Vous savez, je ne suis pas là pour vous rendre la vie difficile. Je fais mon travail. Je sais que l’équipe ne m’apprécie pas beaucoup et je ne cherche pas à me faire des amis. Nous sommes collègues, et il se trouve que je suis votre supérieure. Je ne compte pas devenir votre meilleure amie, mais je sais écouter et comprendre si vous en avez besoin. N’hésitez jamais à pousser la porte de mon bureau.

— Merci.

Elle quitte la pièce, le regard bas, mais un léger sourire de soulagement sur les lèvres et je me vois investie de la mission de la protéger.

Pour le rapport du jour, je me rends dans le bureau de Monsieur, anxieuse et coupable du secret que je détiens et choisis de ne pas le lui révéler.

— Alors, vous avez découvert qui a fait ça ? me questionne-t-il le regard noir.

— Non, pas encore Monsieur, mais j’y travaille. Je sens mes joues rougir malgré moi.

— Dépêchez-vous. Je n’aime pas la malhonnêteté, encore moins entre mes murs !

Son regard est pénétrant, je me sens percée à jour. Je bombe le torse, je ne veux pas éveiller ses soupçons et puis j’ai réglé cette affaire. Sa chouette lui sera rendue demain. Je dois être fière de moi et non honteuse de lui mentir. Je quitte la pièce rapidement, je ne suis vraiment pas à l’aise, je suis pressée qu’Elizabeth remplisse sa part du marché maintenant que j’ai rempli la mienne.

Vers 11 heures le lendemain matin, Elizabeth vient frapper à la porte de mon bureau.

— Entrez !

— Bonjour, Allie, je vais au bureau de Monsieur. J’ai pensé que peut-être vous pourriez m’accompagner ?

— Bien sûr, je vous suis. Ça va bien se passer, rassurez-vous.

Je prononce cette phrase comme pour m’en convaincre, mais les mots de Monsieur résonnent encore dans ma tête. « Je n’aime pas la malhonnêteté encore moins dans mes murs. »

Nous avançons d’un pas hésitant. Elizabeth semble épuisée ce matin. Des cernes sous ses yeux gonflés montrent les épreuves difficiles qu’elle traverse depuis quelques jours.

Arrivées devant le bureau, je frappe.

— Entrez ! Ah ! Vous avez du nouveau ? me demande-t-il impatient.

— Monsieur, pouvons-nous entrer ? Nous aimerions vous parler ? dis-je m’adressant à lui en anglais, le ton hésitant.

Nous ? Je vous écoute, répond-il également en anglais en s’adossant à son fauteuil, les bras croisés, les sourcils froncés.

Elizabeth entre dans la pièce, le regard baissé, les épaules rentrées, la chouette visible entre ses mains. Elle s’approche doucement sans dire un mot puis sous le regard agacé de Monsieur, dépose l’objet du délit sur son bureau et dans un murmure, s’adresse à lui.

— Je suis désolée.

— Vous êtes renvoyée. Sortez de mon bureau, ordonne-t-il sans un mot de plus.

Comme frappée en plein vol, elle s’effondre en larmes et s’éloigne sans un regard. Je reste plantée, stupéfaite. Je comprends qu’il soit déçu d’avoir été trahi par l’une de ses employées, mais il n’a même pas cherché à comprendre son acte.

— Merci pour votre aide. Ce sera tout, me dit-il.

J’avance vers la porte bouche bée, ahurie par la scène dont je suis témoin. Je fais appel au peu de courage qu’il me reste et relève les épaules.

— Vous ne pouvez pas faire ça.

Je le fixe droit dans les yeux et poursuis en anglais.

— Pardon ? Il me regarde, abasourdi.

— Vous ne pouvez pas virer quelqu’un comme ça ! C’est insensé !

— Et pourquoi donc, je vous prie ? Elle m’a dérobé un objet, je ne vais quand même pas la garder. Je vous rappelle qu’elle travaille pour moi, travaillait, sous mon toit, sous mes règles, elle vit grâce à mon argent. Elle me doit le respect, l’obéissance et je ne peux tolérer un voleur parmi mes équipes.

— Je vois. Dès que quelqu’un fait un pas de travers, vous vous en séparez. Vous ne faites jamais d’erreur, je suppose ! Si vous me le permettez, Monsieur, je vais vous dire le fond de ma pensée, même si ça doit me coûter ma place. Vous vous croyez fort, parce que vous avez tout, mais n’oubliez pas que votre personnel vous permet d’être celui que vous êtes. Ils s’occupent de vous comme de petites mains invisibles. Je ne connais pas de personnel plus dévoué que le vôtre et pour une raison que j’ignore, ils vous sont fidèles et vous respectent comme je ne l’ai jamais vu ailleurs. Sans eux, Monsieur, votre vie serait bien différente, bien moins agréable, et ils ne le font pas parce que c’est grâce à votre argent qu’ils vivent, mais parce que, une fois de plus, pour une raison que j’ignore, ils vous apprécient. C’est pour tout cela que vous ne pouvez pas renvoyer Elizabeth comme une simple voleuse. Que savez-vous d’elle ? Que savez-vous de votre personnel en général ? Les connaissez-vous seulement ? Pourquoi a-t-elle pris la décision de vous dérober cette chouette ? Vous êtes-vous seulement posé la question ? Ou êtes-vous sans cœur au point de vous en moquer complètement ? La vie des autres ne vous intéresse pas, seule votre vie et votre argent semblent vous importer réellement. Sur ce, excusez-moi, j’ai des documents administratifs à élaborer pour qu’elle puisse au moins prétendre à ses droits.

— Vous avez dit « permettez-moi », et bien non, je ne vous permets pas de me parler sur ce ton, mais a priori, vous ne me respectez pas autant que le reste de mon personnel.

— Quand vous me donnez la possibilité de le faire, je vous respecte autant que je le peux, malheureusement aujourd’hui, vous ne m’en avez pas donné l’occasion.

Je quitte la pièce aussitôt ma phrase terminée. Je baisse les yeux au sol, la main encore sur la poignée. Je fixe la moquette du couloir, les yeux dans le vague. J’inspire puis expire à fond. Je lève les yeux et aperçois Claire, quelques mètres plus loin, son regard en dit long. Elle a tout entendu.

— Où est Elizabeth ?

— Elle est partie. Elle a quitté le domaine très vite après votre entrevue, elle a juste récupéré ses affaires, me répond-elle.

— Merci, Claire.

— Merci à toi de l’avoir défendue comme tu l’as fait. À ta place, je n’en aurais pas eu le courage.

— J’ai simplement tenté d’être en adéquation avec les valeurs qui sont les miennes.

Monsieur sort de son bureau, juste à temps pour surprendre ma dernière phrase.

— Claire, j’ai à vous parler, lui dit-il.

Elle croise mon regard. Nous pensons la même chose, elle va peut-être enfin obtenir la place qu’elle convoite depuis si longtemps.

Je rejoins mon bureau et m’affaire à effectuer rapidement les documents nécessaires à Elizabeth, après son licenciement. La situation est déjà assez délicate pour elle, j’aimerais lui faciliter les choses au maximum et c’est certainement la dernière tâche que je vais effectuer ici. L’envie me prend d’en préparer d’identiques pour moi, mais je m’abstiens. Mon esprit s’évade et je reviens aux raisons de ma venue ici, ma rupture avec Anthony. Laure sera ravie de me voir revenir, mes parents aussi. Je suis coupée dans mes pensées alors que quelqu’un frappe à ma porte.

— Entrez !

Je m’attends à voir Claire, porteuse de mauvaises nouvelles me concernant.

— Allie, excuse-moi de te déranger, me dit Claire avec une gentillesse que je ne lui connaissais pas encore.

— Non, je t’en prie.

— Je voulais juste te prévenir. Monsieur est en entretien dans son bureau avec Elizabeth. Il m’a demandé de la rappeler. Je ne sais pas ce qu’il s’y passe, mais j’ai supposé que tu aimerais le savoir.

— Merci de m’avoir prévenue, Claire.

Elle quitte mon bureau. Je ne sais pas quoi penser de cette nouvelle, mais ne peux m’empêcher d’esquisser un léger sourire. Quelques minutes plus tard, elle frappe à nouveau.

— Monsieur aimerait te voir, me dit-elle le regard complice.

Je me rends de nouveau à son bureau, j’ai les mains moites et le cœur qui bat très vite. Je frappe à la porte, j’ai comme une impression de déjà-vu. Contre toute attente, alors que je m’apprête à l’ouvrir, celle-ci s’ouvre d’elle-même. Monsieur se tient debout devant moi, nos corps se font face, nos regards se croisent et notre proximité me met mal à l’aise.

— Entrez, Allie.

— Que puis-je pour vous, Monsieur ?

Mon ton inquisiteur a disparu et a laissé la place à une voix bien plus douce, presque fébrile, malgré moi.

— J’ai réintégré Elizabeth à l’équipe, je voulais que vous le sachiez. J’aimerais vous confier une nouvelle mission, dès que son mari sera de nouveau sur pied nous l’intégrerons également à l’équipe. Je vous fais confiance pour lui trouver un poste correspondant à ses compétences. Je n’en ai pas parlé à Elizabeth, mais je pense que c’est la meilleure chose à faire. Qu’en pensez-vous ?

— Merci, Monsieur.

— Merci ? me demande-t-il surpris.

— Oui, merci. Je m’assurerai personnellement que vous ne soyez plus déçu par l’un des membres de votre personnel.

— Je n’en attendais pas moins de vous, Allie. Vous pouvez disposer.

Un sentiment de légèreté m’envahit lorsque je quitte le bureau. Le sourire aux lèvres, sans me soucier de l’heure, je marche vers les cuisines, tout cet épisode m’a mise en appétit. Je pousse les portes et me rends compte que mes collègues sont encore à table. Ils se taisent comme à leur habitude lorsque je passe la porte. Elizabeth se lève et s’approche de moi, elle me prend les mains.

— Merci infiniment, Allie. Sans vous, je n’aurais plus de travail à l’heure qu’il est. Vous avez risqué votre place pour moi. Je vous dois beaucoup.

— Je vous en prie, Elizabeth.

Elle retourne s’asseoir et je pars me servir au buffet. Je rejoins ma place habituelle à la table opposée à la leur.

— Allie, viens donc t’asseoir avec nous, me lance Claire.

Elle me sourit généreusement et j’accepte, apaisée, enfin admise dans leur équipe.

— Avec plaisir.

Le lendemain après-midi, au moment où j’arrive devant le bureau de Monsieur, je vois un mot scotché sur la porte. Il m’est adressé :

« Rendez-vous pour le rapport, sur la terrasse sud. SVP »

Surprise, je le rejoins. Il est debout face au jardin. Au bruit de mes pas, il se retourne. Un rayon de soleil sur son visage donne à ses yeux un bleu éclatant.

— Allie, asseyez-vous, je vous en prie.

Je m’exécute. L’Iceberg n’a pas oublié mon prénom.

— J’ai réfléchi à ce que vous m’avez dit. Du thé ?

— Oui, s’il vous plaît. À quel sujet, Monsieur ?

Il remplit les deux tasses posées sur la table, repose la théière, boit une gorgée. Je suis mal à l’aise. Claire ne m’a pas avertie de sa demande d’avoir son thé servi sur la terrasse.

— Je disais donc, j’ai réfléchi et je souhaite vous proposer quelque chose. Voici un téléphone portable, il est pour vous, vous ne l’utiliserez que pour nos conversations. Peut-être qu’ensuite, j’équiperai le reste des employés, nous verrons bien. J’ai pensé que je pourrai ainsi plus facilement vous tenir informée de mes déplacements et des mises à jour de mon planning. Qu’en pensez-vous ?

Il me regarde, fier de lui.

— Très bien, en effet, ce sera plus simple.

— Buvez votre thé, il va être froid.

Je prends ma tasse et l’observe, son regard est tourné vers le jardin. Il m’a fait venir ici juste pour ça ?

— Il fait bon, non ?

— Oui, Monsieur.

L’Iceberg fond. Je l’imagine, un sourire aux lèvres, se liquéfier sur la terrasse.

— Autre chose, Allie.

— Oui, Monsieur ?

— Vous savez que j’ai un dîner dans trois jours avec quelques messieurs dont certains étaient présents la dernière fois. J’ai bien compris que vous ne souhaitiez plus jouer à la parfaite épouse. Mais je ne veux pas qu’ils sachent que vous n’êtes que la gouvernante. Je ne veux pas qu’ils vous voient en uniforme. Pourriez-vous remettre une robe ?

Je pense qu’il comprend mon air désapprobateur.

— Vous ne participerez pas au dîner, il se fera entre hommes de toute façon, comme vous le savez leurs femmes ne sont pas conviées donc vous non plus. Je veux dire, vous ne le seriez pas si vous étiez, enfin si nous étions, bref vous n’êtes pas conviée.

Monsieur Iceberg perd pied, je suis amusée de sa maladresse soudaine. Il m’observe, interrogateur, alors que ma tête me crie de refuser, j’accepte presque malgré moi, sans vraiment savoir pourquoi.

— Très bien, je mettrai une robe, mais je ne veux pas de contact, quel qu’il soit entre vous et moi.

Il acquiesce, je décèle un léger air gêné. Je pense à mon rêve. Je prends le contrôle quelques secondes et je les savoure ! Je finis mon thé, et quitte avec sa permission la table. C’est seulement en y repensant le soir, que je m’aperçois que je n’ai pas fait le rapport de la journée. Je regarde le téléphone, allumé et silencieux, posé sur ma table de chevet. J’ouvre le répertoire, aucun numéro n’est enregistré. Je ne peux pas le contacter, pas avant qu’il l’ait décidé, en espérant qu’il ait enregistré celui-ci. Demain, j’irai en ville m’acheter une nouvelle robe.

Je pars en fin de matinée et me rends dans un magasin de vêtements chics et commence à essayer plusieurs tenues. La vendeuse me conseille, très souriante. Elle me tend une très jolie robe de soirée bleue, avec un bustier en forme de cœur. Elle est décorée de dentelle et de sequins. Vêtue d’un tissu opaque jusqu’à mi-cuisses, un joli drapé en tulle bleuté transparente vient terminer la robe jusqu’au sol. Elle est magnifique, mais j’indique à la vendeuse que je cherche quelque chose de plus classique, voire austère. Elle m’apporte une robe longue, noire, manche jusqu’aux coudes, proche du corps, mais sans artifice. Elle est élégante, classique et ne risque pas d’envoyer un mauvais message à Monsieur. 200 £, je fais la grimace, il me faut une robe, je la prends.

Nous préparons le dîner prévu avec les amis de Monsieur pendant les deux jours suivants. La table est dressée, le salon est prêt pour la fin de soirée. Le premier invité sonne, Charles l’accueille. Je descends l’escalier, le bas de la robe frotte délicatement chaque marche derrière moi.

Au fur et à mesure de leur arrivée, j’accompagne nos visiteurs dans le premier salon, discute avec chacun d’entre eux. Monsieur Williamson m’offre un verre, je cherche Monsieur du regard, il hoche la tête. J’accepte le verre. Quelques minutes plus tard, je m’excuse poliment, les laissant entre hommes. Je passe la porte et m’éloigne. Mon portable vibre pour la première fois depuis le thé sur la terrasse, je sursaute.

— Très jolie robe.

— Merci, jolie cravate.

Le champagne, bu rapidement, me fait répondre sans réfléchir et regretter aussitôt ma réponse.

— Vous avez votre portable avec vous ?

— En effet.

— Mais où l’aviez-vous mis ?

— Secret de femmes.

— Je préfère quand même votre première robe.

— J’aime celle-ci.

Je me dirige vers les cuisines, prends quelques restes dans le réfrigérateur, me fais un plateau-repas et m’éclipse dans mon bureau.

Je pose le portable et allume l’ordinateur. Depuis que Marie m’a donné les fiches sur les invités, j’ai décidé de les étoffer un peu. Je note les dates où ils sont venus et à quelles occasions. J’y note également tout ce que je peux trouver sur eux sur internet, métier, famille, à côté de qui les placer ou non lors des repas, etc. Rien de secret et aucune remarque déplacée, je veux juste être certaine de réellement bien les connaître. Le téléphone vibre à nouveau.

— Prochain dîner dans quinze jours. Il faudra changer de robe.

— Il va falloir augmenter mon salaire si vous voulez que je change de tenue aussi souvent.

Décidément, je suis plus douée pour la discussion via téléphone qu’en face à face.

— Très bien, je vous rembourse toutes vos robes, à hauteur de 250£ maximum, à commencer par celle-ci.

— C’est très gentil. Merci. Mais ce soir était la dernière fois, il me semble.

— C’est normal, vous les achetez pour moi.

— Pour vous ? Souhaitez-vous que je vous les prête ?

Je vais peut-être un peu loin, mais il semble de bonne humeur ce soir.

— Je veux dire dans le cadre de votre emploi. Et non, elles vous vont bien mieux qu’elles ne m’iraient !

— Je serais curieuse de voir ça.

— Jamais.

— Vos invités ne s’ennuient pas trop ?

— Vous avez raison, ce n’est pas correct. Bonne soirée.

— À vous également, Monsieur.

Je travaille depuis trois heures dans mon bureau, lorsque mon téléphone professionnel vibre sur mes dossiers.

— Nos invités s’en vont. Où êtes-vous ?

Je lis le message, me lève et avance vers l’entrée. Il m’aperçoit, et sourit.

Je souhaite une bonne nuit à chacun des invités et échange avec eux les politesses d’usage. Monsieur Williamson me prend la main.

— Votre présence nous a manqué, très chère.

— Je ne voudrais pas m’imposer lors de vos réunions, cher monsieur Williamson.

— Mademoiselle, Dorian, bonne soirée à vous, nous dit-il amicalement.

Charles ferme la porte sur le dernier invité et s’en va. Monsieur entre dans le salon et me fait comprendre qu’il m’invite à le suivre. Je m’exécute.

— J’avais peur que vous ne soyez couchée.

— Non, Monsieur, pas tant qu’il y a du monde dans la maison.

— Tant mieux, lors du prochain dîner le Premier ministre sera présent. Il va vous falloir une très jolie robe.

— J’ai trouvé le bon magasin pour cela en ville. Mais nous avions dit que…

Il me coupe la parole.

— Parfait. Vous pouvez aller vous coucher Allie.

— Très bien, bonne nuit Monsieur.

— Bonne nuit, Allie.

Je quitte la pièce.

— Allie ?

— Oui, Monsieur ?

— Vous étiez très élégante ce soir.

Je ne réponds pas et m’éloigne vers l’escalier, les joues rouges.

On continue, Chapitre 2!

Mars: Premières semaines

5 heures du matin, mes yeux s’ouvrent sans mal. Je n’ai pas beaucoup dormi. Je n’entends aucun bruit, tout est calme. Le léger rai de lumière des lampes du jardin est visible à travers le rideau. Il ne fait pas encore jour. Je soulève la couette épaisse et pose mes deux pieds sur le sol. Je reste assise un instant, prends une grande inspiration et aidée de mes deux bras, me lève. Je passe par la douche, bien chaude, je profite et prolonge cet instant de détente en prévision d’une journée certainement fatigante. Je sors enfin, me sèche les cheveux, les coiffe en chignon, me maquille légèrement, juste un peu de fond de teint, du fard à paupières pâle et du mascara.

Je sors de la salle de bain et vais m’habiller, un pantalon noir et un chemisier blanc, je passe un gilet noir par-dessus. Je n’ai pas encore mon uniforme.

5h30, j’hésite à mettre mes chaussures ou descendre en chausson, voire pieds nus. Je reste prudente et mets mes ballerines noires. Je regarde le plan des pièces de la maison pour vérifier le chemin et descends pour le petit-déjeuner. Je traverse les couloirs encore plongés dans la pénombre, tout est calme. Je ne croise personne. Je fais appel à ma mémoire et retrouve la salle à manger des employés. Certains sont installés, je leur adresse un bonjour, pas de réponse. Une tasse de thé, des tranches de pain de mie grillées, du beurre et de la confiture de fraises, j’ai toujours adoré le thé et le pain de mie en Angleterre, croustillant, fondant. Je m’installe à l’immense table et croise le regard de mes nouveaux collègues, je leur adresse un sourire timide, mais encore une fois, ils ne me répondent pas. Ils sont très calmes, plus calmes qu’au dîner, l’heure matinale a eu raison de leur dynamisme. Je finis rapidement mon petit-déjeuner. Bien tentée par les céréales et le jus d’orange frais, je préfère m’abstenir pour aujourd’hui. Je quitte la pièce et entends l’un d’eux s’adresser aux autres.

— On pourrait être plus sympa avec elle.

— Pourquoi faire ? Dans une semaine, elle est partie !

Je m’attarde un instant dans le couloir.

— Peut-être pas !

— Mais si, elle fera comme les autres ! Et puis Claire veut le poste, on a dit qu’on l’aiderait !

— OK, j’ai rien dit. À tout à l’heure.

J’entends des pas s’approcher de la porte, j’avance rapidement, mais je ne me suis pas suffisamment éloignée pour ne pas éveiller les soupçons sur le fait que j’ai entendu leur conversation. Mon collègue me fixe, méfiant, je baisse les yeux et rougis, coupable.

De retour dans ma chambre, 5h50, je me brosse les dents, vérifie mes cheveux, mon maquillage et ma tenue. Je n’ai pas le temps de m’attarder sur ce que je viens d’entendre. 5h56, je m’assieds sur le lit et attends Marie qui doit venir me chercher à 6 heures.

Mon réveil affiche 5h59, quelqu’un frappe à la porte, je sursaute et mon cœur s’accélère. Je me lève, ouvre la porte, une dame d’une soixantaine d’années se tient debout devant moi. Elle se présente en anglais comme étant la gouvernante. Elle est vêtue d’une jupe noire descendant un peu en dessous des genoux, d’un chemisier blanc et d’une veste noire. Ses cheveux sont remontés en un chignon soigné, son maquillage est discret. Je me félicite d’avoir opté pour quelque chose d’assez similaire.

Nous descendons et allons dans un petit bureau. Pas d’insigne sur la porte, j’entre et découvre une pièce ornée d’une tapisserie crème, d’une moquette sombre, vert et rouge, d’une grande fenêtre et devant elle un bureau en bois, certainement du chêne. Les autres meubles sont également en bois. Ils ont tous le même motif floral incrusté. Deux fauteuils se font face de chaque côté du bureau. Elle m’invite à m’installer et commence à m’expliquer en quoi vont consister mon poste et ma formation durant le prochain mois.

— Comme je vous l’avais mentionné lors de notre entretien téléphonique, votre rôle principal sera d’assister Monsieur : gérer le personnel, les plannings, la vérification de leur travail, etc. Assurer une maison et des jardins propres et entretenus en tout temps et enfin organiser, préparer et veiller au bon déroulement de chaque événement. Vous devez savoir absolument tout faire dans cette maison. Le ménage, la cuisine, le jardin, connaître les points sensibles de la surveillance du domaine, intérieurs et extérieurs, connaître le personnel, les invités et surtout connaître et anticiper les besoins et demandes de Monsieur. Nous allons débuter votre formation par l’entretien. Je vais commencer par prendre vos mesures pour votre uniforme. Préférez-vous une jupe ou un pantalon?

— Je préfère un pantalon.

— Très bien, je vous ferai quand même préparer les deux, l’été vous pourriez apprécier une jupe. Vous aurez du rechange, surtout en chemisier, afin que vous puissiez vous changer plusieurs fois par jour si besoin. Il faut garder une tenue convenable en toutes circonstances.

— Merci.

— Aujourd’hui, nous allons principalement visiter la maison et les jardins, rencontrer le personnel présent et commencer par l’aspect technique du ménage. Vous savez certainement passer l’aspirateur et le balai, mais il vous faut apprendre quel produit utiliser pour quelle surface, faire les vitres sans laisser aucune trace, et ainsi de suite.

— Très bien.

— Lorsque nous aurons terminé l’entretien, nous passerons à la cuisine, vous devez connaître où se situe chaque chose, établir la liste des courses avec les cuisiniers, gérer le budget, et le plus important être capable de cuisiner parfaitement quelques plats au cas où il y aurait un besoin en cuisine. J’allais oublier et bien sûr servir les plats. Avez-vous l’habitude de cuisiner ?

— Pas énormément, non.

— Nous verrons cela ensemble, ensuite, je vous apprendrai l’essentiel du jardinage. Les jardiniers finiront votre formation après mon départ si nous n’avons pas tout vu.

Je hoche la tête.

— Et enfin, nous passerons la plus grande partie du mois à organiser l’événement prévu le samedi 27 avril. Ainsi vous apprendrez à prendre en charge la mise en place et connaître vos invités. Dans ces armoires, vous avez les fiches de chacune des personnes amenées à venir ici, elles sont à tenir à jour, et à compléter à chaque nouvel invité. Monsieur souhaite que nous connaissions bien nos convives. Vous ne pouvez pas accueillir un chef d’entreprise comme un comte.

— Non, évidemment.

— Vous devrez connaître toutes ces fiches par cœur, vous pourrez en emmener dans votre chambre, dès ce soir. Commencez par ceux prévus ce mois-ci et lors du prochain gala. Ensuite, vous complèterez votre formation au fur et à mesure. Rassurez-vous, ce sont souvent les mêmes qui reviennent. Monsieur a peu d’amis, mais les mondanités imposent d’inviter certaines personnes, que vous les appréciiez ou non. Monsieur aime que tout soit fait dans les règles.

— Je comprends.

— Le dernier aspect de votre formation, que nous verrons ensemble, concerne Monsieur. Je vous expliquerai au fur et à mesure, les points importants à connaître, ses habitudes, ses besoins, ses souhaits, ses demandes fréquentes, et également les interdictions. Monsieur souhaite avoir un résumé chaque soir de la journée écoulée. Pour l’instant, je le ferai moi-même et seule. Les dernières semaines, vous serez présente et enfin le ferez vous-même. Avez-vous des questions ?

— Non pas pour l’instant, mais je n’hésiterai pas à vous les poser lorsque j’en aurai.

— Parfait, alors allons-y, il est déjà 6h30, nous n’avons pas de temps à perdre, je vais prendre vos mesures, ensuite nous irons visiter le domaine.

Pendant que Marie prend mes mesures, je laisse mes pensées divaguer. Je n’aurai pas le temps de m’ennuyer ici. C’est exactement ce qu’il me faut.

Les mesures prises, nous partons visiter la maison. Le ciel s’éclaircit doucement derrière les nuages. Les femmes de ménage sont déjà en plein travail. Marie regarde sa montre en permanence. La visite nous prend presque une heure. Elle me détaille chaque pièce, m’explique où mène chaque porte, sur quel côté de la maison donnent les fenêtres et me présente chaque personne que nous rencontrons, le personnel comme les quelques portraits sur les murs. Nous arrivons près des portes qui donnent sur le jardin. Marie regarde sa montre : 7h45.

— Monsieur commence son jogging, actuellement il doit avoir avancé sur la partie droite du jardin, nous allons emprunter le même chemin.

Nous avançons, elle m’explique les garages, en réalité d’anciennes écuries. Nous entrons dans celui des invités qui est vide, celui des employés où de nombreuses voitures modestes et plusieurs motos sont entreposées.

— Votre voiture va être nettoyée aujourd’hui.

En effet, elles sont toutes brillantes sauf la mienne. Les nombreux kilomètres sous la pluie auront eu raison de la propreté de ma carrosserie.

Et enfin, le garage de Monsieur, de magnifiques voitures les unes à côté des autres, une Ferrari rouge, une Porsche grise, une limousine et quelques-unes dont je ne reconnais pas la marque.

— Monsieur n’a que quelques véhicules, il n’est pas collectionneur.

J’aimerais connaître le prix de ces « quelques véhicules ». Nous ressortons, Marie regarde sa montre. Nous traversons les chemins, je vois les pelouses impeccables, les fleurs magnifiques tandis que le printemps n’est pas encore là. Nous approchons une petite maison, une première dépendance pour les invités, plus loin, une seconde, les jardiniers et femmes de ménage dorment là-bas. Nous continuons, et entrons dans les écuries, deux chevaux y habitent à temps plein.

— Ce sont deux pur-sang, Miss Wendy et Millésime. Monsieur fait du polo et parfois de la chasse à courre, me précise-t-elle.

Nous arrivons à l’orée d’une petite forêt, nous suivons la courbe du chemin et laissons le bois derrière nous. Le domaine s’étend sur plusieurs hectares. Nous voilà finalement face au château. Maintenant, il fait jour et un rayon de soleil perce les nuages, il tombe sur le toit. J’observe ce domaine immense, les pelouses magnifiquement vertes et profite du paysage, je laisse mon regard aller à sa guise. C’est alors que j’aperçois une silhouette au loin qui nous précède, il court faisant face à sa demeure. Monsieur est sportif. Un petit vent frais me caresse la joue. Je frissonne et rejoins Marie qui est déjà quelques mètres devant moi. Nous continuons et finissons par longer les murs afin d’arriver sur le devant du château, nous rencontrons le garde à l’entrée. Marie m’explique que même s’il n’y a jamais eu d’incident, Monsieur préfère que les portes soient gardées.

Nous finissons le tour du terrain et rentrons par la petite porte de la buanderie sur le côté du grand escalier de pierre. Marie nettoie ses chaussures et m’invite à faire de même. Elles ne sont pas très sales grâce au sentier orné de petits cailloux gris, mais le « parfaitement propre » est de rigueur ici.

Je regarde ma montre, il est 8h45. Nous avons mis une heure à faire le tour du jardin et autant pour la maison. Marie me propose un thé, j’accepte volontiers. Le vent est frais et l’air est humide, j’ai les doigts gelés. Nous arrivons dans les cuisines et dix minutes plus tard, nous repartons.

Il est 9 heures, nous commençons le ménage. Marie me montre où se situe l’aspirateur de cette pièce. Avec une telle maison, des placards dissimulés un peu partout renferment les ustensiles nécessaires à l’entretien. Nous commençons par un des salons. Marie m’indique que chaque salle est nettoyée de la même manière et avec les mêmes produits. Elle m’explique les horaires à respecter en fonction des habitudes de Monsieur, il ne faut pas le déranger et s’adapter à son emploi du temps comme de petites mains invisibles.

L’heure du déjeuner arrive. Mes genoux sont rouges, mon dos me fait souffrir, j’ai mal aux bras. Marie quant à elle, semble en pleine forme. Quelque part, cela me rassure, je m’y habituerai certainement. Nous prenons notre repas rapidement et seules, dans une salle à manger encore vide et poursuivons ensuite ma formation. Encore plus de moquettes à aspirer, de vitres à nettoyer, de meubles à dépoussiérer, de bois à cirer et de lustres à faire briller.

Je remarque que nous ne sommes que deux à chaque moment de la journée. Comme si ma formation était secrète. Pas une seule fois, nous ne croisons Monsieur. Le soir venu, Marie m’annonce que notre journée de ménage s’arrête là. Il est 17 heures. Elle m’invite à aller me reposer si je le souhaite et à aller dîner. Elle me donne rendez-vous à 18h30 dans son bureau.

De retour dans ma chambre, j’ai l’impression de l’avoir quittée depuis une semaine. Je vais dans la salle de bain, me rafraichis un peu et ne peux m’empêcher de m’allonger quelques instants sur mon lit. Je ferme les yeux, et les rouvre en sursaut, 17h45, je dois aller dîner. Je me lève difficilement et retrouve mon chemin vers les cuisines. Marie n’est pas là. Personne ne répond à mon « bonsoir ». Je décide de m’installer seule à une table. Ils m’ignorent, très bien, autant leur rendre la tâche plus facile. Une soupe bien chaude réchauffe mon cœur et mon esprit fatigués. 18h25, je pars rejoindre Marie dans son bureau. Fière d’avoir trouvé sans m’être égarée. Souriante, je frappe à la porte.

Marie vient m’ouvrir, m’offre de m’installer face à elle et m’explique le programme du lendemain. Mon cerveau ne retient qu’un mot : Ménage.

Elle me confie des fiches, j’y vois des noms : Mr Adams, Mrs Bradford,… Je dois commencer à les étudier ce soir. Marie me les donne dans leurs boîtes, il y en a environ deux cents, « seulement », d’après Marie.

19h30, je sors de son bureau, mon futur bureau, et me dirige vers ma chambre, les mains pleines de boîtes, elles-mêmes pleines de noms. Je m’installe sur le fauteuil à côté des fenêtres, pose les boîtes et en ouvre une. Elle m’a donné la liste des invités du prochain événement. Je prends la fiche correspondante au premier nom.

Mr Hadrien Williamson : friends since college

CEO of a Telecom Company

Married to Diana

Two children: Eleonore (1999) and Henry (2002)

 

Je lis quelques fiches, tente de retenir les informations annotées sur chacune d’entre elles. Je remarque que seuls titres, fonctions et situations familiales sont indiqués, ainsi que quelques brèves informations sur les enfants. Je suis soulagée, elles devraient prendre peu de temps à apprendre, mais je ne connaîtrai pas réellement les invités avec ces descriptions sommaires.

20h30, la fatigue commence à se faire sentir, je décide de me faire couler un bain. J’ai vu ce matin, en ouvrant un placard, des billes de savon ainsi que du bain moussant. Deux parfums sont à ma disposition, pêche et fraise. Je choisis fraise. L’odeur de la pêche me rappelle trop de souvenirs avec Anthony que j’essaie d’oublier. L’arbre magique pendu à son rétroviseur avait cette odeur, ses habits en étaient parfumés. Je chasse cette pensée et ouvre les robinets. Je laisse l’eau couler. J’éteins le plafonnier et ne laisse que les petites lumières au-dessus des deux vasques. Quelques minutes plus tard, je me glisse dans l’eau très chaude comme sous une couette. Je ferme les yeux et laisse mes muscles se relâcher. Mes douleurs s’amenuisent peu à peu, je me détends.

Mes idées s’échappent et je me vois descendre l’escalier majestueux, pieds nus et vêtue d’une robe somptueuse. Il est là, à la porte d’entrée, m’attend les yeux pleins d’étoiles. Il me manque, je sais que j’ai pris la bonne décision, mais je ne peux m’empêcher de penser encore à lui. Une larme rejoint l’eau chaude de mon bain et je décide qu’un petit rêve ne peut pas me faire de mal. Cette robe est magnifique, Anthony est lui-même très beau dans un costume noir. La limousine nous attend dehors, il m’ouvre la portière, je m’assieds avec élégance. Le chauffeur nous conduit, je déguste une coupe de champagne et me tourne vers mon compagnon de rêve. Mais il ne s’agit plus de l’homme que j’aime, mais de Monsieur. Il me regarde, il s’approche, ses yeux bleu-gris me fixent puis se ferment et je sens ses lèvres chaudes se poser sur les miennes. D’un bond, j’ouvre les yeux, les lèvres chaudes n’étaient autre que l’eau venue recouvrir les miennes, au fur et à mesure que mon corps glissait. Je décide de sortir du bain, je m’endors, ce n’est pas prudent. Je sors de l’eau et vide la baignoire, j’y laisse mes douleurs et mes rêves, aussi étranges soient-ils.

Quelques minutes plus tard, je suis dans mon lit. Je ferme les yeux, le même rêve revient à mon esprit, je le chasse et m’endors après quelques instants.

Je me réveille vers 2 heures, j’ai faim. J’hésite et finalement me décide à sortir de mon lit et à me rendre aux cuisines. Mon estomac de Française n’est pas encore habitué à dîner si tôt. Habillée d’un pantalon ample rouge et blanc et d’un sweat noir, je descends pieds nus, éclairée par la lumière de mon portable. J’espère ne croiser personne, je ne suis pas certaine d’avoir le droit de déambuler dans les couloirs la nuit et encore moins dans cette tenue peu professionnelle. J’avance dans la pénombre et tandis que j’arrive à quelques mètres de la cuisine, j’entends un bruit derrière moi. Je sursaute et me retourne d’un bond, personne. Je continue mon chemin, arrivée aux portes de la cuisine, je sens comme une présence derrière moi, je me retourne à nouveau, mais ne vois toujours personne. J’entre, allume et referme la porte aussitôt. J’ouvre les placards, le réfrigérateur, rien ne me tente. Je prends finalement un morceau de pain et quitte la pièce avec précaution. J’éclaire le couloir de chaque côté, personne. Je me dirige rapidement vers l’escalier et manque de rater une marche, il me semble avoir de nouveau entendu un bruit. Ou est-ce mon pied lorsqu’il a heurté la marche ? J’accélère, regarde par-dessus mon épaule plusieurs fois et arrive enfin dans ma chambre. Je mange mon morceau de pain et me rendors difficilement jusqu’au lendemain, en laissant la lumière de ma lampe de chevet allumée.

Le samedi commence dès 6 heures par ma formation concernant le nettoyage des lustres. Tâche délicate puisque la hauteur ne rend pas les choses faciles. Je passe ensuite l’après-midi à polir les couverts et autres décorations en cuivre, étain et argent. Je ne peux m’empêcher de penser que tout cela est très vieillot et mériterait un petit relooking plus moderne. Marie est très silencieuse en dehors des informations techniques et lorsque j’ai, malgré moi, commencé à chantonner doucement, elle m’a vite demandé de travailler en silence. L’heure du dîner est finalement arrivée, je me suis assise seule à la même place qu’hier soir, j’ai mangé rapidement, en écoutant mes collègues parler de leur sortie du soir. Au moment de quitter la pièce, je leur adresse un bonsoir n’attendant aucune réponse, mais contre toute attente, l’un d’entre eux m’interpelle.

— Hey ! Tu veux venir avec nous au pub ce soir ? propose Ian, le cuisinier.

— Oui, pourquoi pas.

— OK, rendez-vous à 19h15 dans l’entrée.

— OK, j’y serai.

Je suis agréablement surprise et souris en quittant la pièce, pensant que les choses s’améliorent. Mais je redescends vite de mon nuage, lorsque je les entends rire aux éclats tandis que je ferme la porte. Je me prépare sans trop y croire, m’attendant au pire, mais bien décidée à leur montrer qui je suis. Je suis presque prête quand mon portable affiche 19h, le rendez-vous est dans 15 minutes, je m’assieds sur le lit. J’entends du bruit dans l’entrée puis des voitures qui passent en dessous de ma fenêtre, je m’approche et vois mes collègues qui s’éloignent, agitant les bras par leurs vitres en guise d’au revoir à mon intention. Je pose ma veste sur le fauteuil, me rassois sur le lit et laisse échapper une larme. Je prends mon téléphone portable et envoie un SMS à Laure.

— Qu’est-ce que tu fais ?

Pas de réponse. Je le garde dans les mains, les yeux dans le vague, j’attends une minute, puis deux, puis cinq, toujours pas de réponse. Je me lève, vais dans la salle de bain, me démaquille et me mets en pyjama. 19h30, je suis assise dans mon lit. Nous sommes samedi soir et je regrette mon choix. Je meurs d’envie d’envoyer un SMS à Anthony, mais je l’imagine avec Anna, et m’abstiens. Je ne veux pas paraître désespérée même si c’est exactement l’état dans lequel je me trouve. Mon portable émet un léger bip, Laure me répond, j’espère pouvoir me confier à elle pour égayer ma soirée.

— Je suis en famille, on se parle lundi ?

— OK, bon week-end.

J’enfouis ma tête dans l’oreiller et pleure de toutes mes forces. Ce n’est pas le renouveau que j’espérais. Je m’endors difficilement, je me pose beaucoup de questions sur les raisons de mon départ et tente de me convaincre de tenir encore quelque temps ici. Je ne veux pas vivre un échec professionnel après mon échec sentimental. Ça ne ferait que confirmer ce que pensait mon entourage. Ils m’ont tous déconseillé de partir, je fuyais Anthony, j’arrêtais mes études à cause de lui, j’étais la seule enthousiaste par ce départ précipité. Revenir si tôt confirmerait ce que mes parents et mes amis me disaient. Seule Laure m’a soutenue, mais je sais qu’elle était d’accord avec le reste de mes proches.

Je passe toute la journée du dimanche dans ma chambre mis à part pour les repas. Je descends tardivement le midi comme le soir afin de ne pas croiser mes collègues dans la salle à manger. J’ai lu toutes les fiches deux fois. J’ai fait une sieste pour récupérer de ma nuit agitée, appelé mes parents quelques minutes pour ne pas ruiner mon forfait en tentant de sembler enjouée par cette nouvelle expérience et me suis ennuyée à mourir le reste du temps en étant presque pressée pour la première fois de ma vie que lundi arrive afin d’avoir une occupation.

Cela fait maintenant une semaine que je suis ici. Cette première semaine a été marquée par le ménage, les courbatures, les douleurs au dos, la fatigue et beaucoup d’informations à retenir. Je n’ai jamais croisé Monsieur, je ne l’ai aperçu qu’au loin par la fenêtre lors de son jogging matinal. Je ne croise mes collègues que lors du petit-déjeuner et du dîner. Ils m’ignorent, j’en fais de même. Je me sens tout de même assez seule. Je tente de ne pas être touchée par leur conduite, mais je ne compte pas me laisser impressionner ou décourager par ce genre d’attitude puérile. La seule personne avec qui j’ai des échanges est Marie, mais ils ne concernent que ma formation dont elle s’occupe elle-même. J’apprends beaucoup de choses techniques sur l’entretien d’une maison, mais je m’attendais à autre chose en arrivant ici. Les jours défilent vite et finalement une routine s’installe dans les tâches que j’exécute, dans mes activités quotidiennes et dans ma solitude. Ma seule bouffée d’oxygène est Laure, fidèle à elle-même. Tous les soirs, lorsque je rejoins ma chambre, je découvre des messages envoyés sur mon portable, des photos de ce qu’elle a mangé, de nos amis, en train de trinquer à ma santé, même un selfie d’elle à la bibliothèque. Il faut dire que je l’ai laissée dans un beau pétrin en quittant l’Université, du jour au lendemain. Nos dossiers ne sont pas terminés et elle est maintenant seule à travailler dessus.

— J’ai besoin de tes compétences, ma poulette ! T’es dispo quand pour un Skype ?

— Je n’ai pas accès à internet pour l’instant, mais dès que ma boss est à la retraite, je pourrai me connecter comme je veux. Je suis désolée, tu vas devoir attendre deux semaines encore. Ça ira ?

— Je vais me débrouiller d’ici là, t’inquiète ! Comment ça se passe dans ton château, toujours aussi glauque ?

— Oui, mes collègues m’ignorent toujours et je ne croise jamais le patron.

— Sympa l’ambiance ! T’es sortie un peu ?

— Non, il pleut tout le temps, c’est déprimant !

— Je vais pas enfoncer le clou, mais t’aurais dû rester avec moi ! On s’en fout qu’Anthony soit un salaud. On se serait éclatées toutes les deux comme au bon vieux temps, on serait sorties, t’aurais retrouvé un mec, et t’aurais oublié l’autre con.

— Merci de me remonter le moral !! Tu sais que j’avais besoin de partir un peu. Et puis, si les choses ne s’arrangent pas, je rentrerai. Ne dis rien à mes parents, stp, je leur dis que tout va bien. J’ai vraiment pas besoin de leur morale en ce moment.

— Pas de soucis, tout va bien dans le meilleur des mondes pour leur bébé parti se jeter dans l’antre de la bête !

— Ah,ah,ah, très drôle ! Allez bonne nuit ma Laurette !

— Bonne nuit, Cendrillon !

Cette nuit-là, je tente à nouveau une sortie vers la cuisine. Mon estomac crie famine et je ne compte pas laisser quelques craquements me faire mourir de faim. Je m’éclaire de la lampe torche de mon téléphone portable. Arrivée en bas des escaliers, pas de bruit, pas de fantôme. J’arrive légèrement moins tendue, attrape un morceau de pain et repars, je n’ai pas très envie de traîner ici. Je fais rapidement les quelques mètres qui me séparent de l’escalier et crois voir une ombre se déplacer furtivement derrière moi. Je monte l’escalier à toute vitesse et m’enferme dans ma chambre. Comme si une serrure pouvait empêcher un spectre de passer. J’allume toutes les lumières de ma chambre et de la salle de bain. Je lutte afin de rester éveillée et succombe finalement. Je me réveille vers 5 heures, les lumières sont restées allumées toute la nuit. Je me lève difficilement, aujourd’hui, je vais assister au petit résumé que Marie fait tous les jours en fin d’après-midi à Monsieur. Je vais enfin le voir en face à face pour la première fois depuis mon entretien, il y a déjà deux semaines.

La journée passe et nous voilà devant le fameux bureau vert. Marie sonne.

— Come in !

Nous entrons, elle avance de quelques pas, je la suis, elle s’arrête face à Monsieur et attend qu’il l’invite à parler. Lorsqu’il lui fait signe, elle explique, en anglais, le déroulement de la journée.

— Nous avons poursuivi la formation d’Allie, nous avons surtout vu l’aspect administratif aujourd’hui, planning, gestion du personnel et du budget notamment pour les cuisines. Les femmes de ménage ont effectué toutes les tâches prévues pour la journée, les jardiniers également. Rien à signaler du côté des gardes. Nous avons reçu de nouvelles réponses pour l’événement d’avril. Nous serons très certainement une quarantaine. Nous allons rapidement passer à cet aspect de la formation d’Allie afin qu’elle sache organiser les soirées prévues. Avez-vous des questions, Monsieur ?

— Non, vous pouvez disposer.

Il n’a pas levé la tête un seul instant, en pleine étude de je ne sais quel document. Pourquoi demander un tel résumé s’il n’écoute pas ? Nous repartons aussitôt et Marie me dit que notre journée s’arrête là. Je retourne dans ma chambre, j’irai dîner à l’heure française, au moins je ne croiserai personne.

Une semaine, deux semaines, un mois, le temps est finalement passé assez vite. Depuis deux semaines, je fais le rapport de la journée chaque soir dans le bureau de Monsieur, d’abord avec Marie et seule depuis son départ, il y a deux jours. Je suis très impressionnée par Monsieur. Je ne reste que quelques minutes, mais je me sens stressée comme un acteur avant une représentation. J’ai les mains moites, je les garde derrière mon dos afin qu’il ne s’aperçoive pas qu’elles tremblent. Il n’est pas méchant, en fait, il parle peu, il m’écoute seulement, enfin, je pense. La plupart du temps, il reste les yeux rivés sur ses dossiers, c’est d’ailleurs la situation que je préfère. Je perds mes moyens lorsque ses yeux me fixent, son regard perçant me déstabilise. Hier, lors de mon premier rapport de journée, seule, il m’a adressé la parole pour la première fois depuis mon entretien, il souhaite que nous échangions en français. J’avais répété mon texte en anglais et étais un peu déçue, pour une fois que j’ai l’occasion de dire quelques phrases dans ma longue journée de solitude, je dois les dire en français. J’ai eu un peu peur du départ de Marie, mais finalement, mes collègues, qui m’ignorent toujours, connaissent tellement bien leur poste qu’ils n’ont pas besoin d’être dirigés. J’ai la chance qu’ils soient très respectueux de Monsieur, ils semblent vouloir bien faire leur travail pour le satisfaire pleinement. Je n’ai quasiment pas besoin d’intervenir. En ce qui les concerne, je ne sers qu’à vérifier que tout est fait et bien fait, nos échanges sont donc limités au minimum. Finalement, la situation est moins difficile à gérer que je ne pouvais l’imaginer. Une routine s’est installée et leur attitude à mon égard en fait partie. J’organise mes heures de repas en fonction des leurs et ne leur adresse la parole que pour des besoins professionnels, ça semble convenir à tous. Je pense qu’ils sont surpris de me voir tenir, ils ne me donnaient pas une semaine, pourtant un mois est passé, ma période d’essai est terminée et je suis maintenant leur responsable, qu’ils le veuillent ou non.

Ceci est un extrait, à suivre, livre disponible sur Amazon en format papier ou kindle.

C’est l’heure du premier bilan!!

Et oui nous sommes le premier avril… Rassurez-vous pas de blague de prévue!

Pour ceux qui suivent les aventures d’Allie, je souhaitais partager avec vous quelques chiffres au 31 mars mais pas que!

Création du blog et de la page Facebook le 28 février et depuis 75 abonnés (les deux pages confondues)!

Sortie du livre en format Kindle (liseuse Amazon) le 11 mars 2018 et 39 exemplaires vendus par ce biais!

Sortie du livre broché (format papier), le 17 mars pour un « faux départ », que j’ai retiré de la publication le 18 mars pour changer la couverture: 1 exemplaire vendu.

Sortie officielle du livre broché (format papier) le 25 mars (avec la couverture définitive cette fois-ci 😉 )  et 9 exemplaires vendus.

Ouvrage disponible pour les abonnés Amazon depuis le 25 mars avec une lecture à la page et déjà 12 152 pages lues par ce biais soit plus de 51 exemplaires lus.

Vous avez fait le calcul??? Soit un total de 100 exemplaires lus en à peine une vingtaine de jours!!!!!! (Pour info, la maison d’édition qui souhaitait le publier, me proposait d’en imprimer 300 exemplaires maximum pour la première année).

Est-ce vraiment utile de vous exprimer ma joie?????

Je vous remercie infiniment pour votre soutien, vos encouragements et votre participation quelle qu’elle soit à ce rêve!

J’ai choisi l’auto-édition parce que cette solution me convient mieux à l’heure qu’il est et je suis donc en charge de tout y compris la communication, bien sûr je ne suis ni une pro du marketing (malgré d’excellents cours de Dominique KREZIAK 😉 ), ni suffisamment disponible pour pouvoir  y consacrer énormément de temps et soyons clairs ni crésus pour pouvoir y consacrer un budget.

Alors pour conclure, vous l’aurez compris, vos avis, commentaires, likes et autres sont essentiels à la poursuite de ce projet et à sa réussite. J’ai pris 4 ans à écrire ce livre, je vous demande 4 secondes pour écrire un petit commentaire (sincère avant tout) sur Amazon!

Encore merci à tous et à bientôt… Le programme de cette semaine, les premiers chapitres pour ceux qui seraient passés à côté!!!